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La chercheuse Natalie Phillips de Concordia examine le lien entre l’acuité sensorielle et la cognition durant le vieillissement

Les facteurs sociaux n’expliquent pas leur relation, selon une nouvelle étude
11 août 2020
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« Nous cherchions à expliquer l’existence de cette relation entre nos capacités sensorielles et cognitives », affirme Natalie Phillips.

Il existe un lien largement reconnu depuis longtemps entre le déclin de l’acuité sensorielle – particulièrement l’ouïe et la vision – et la cognition. Les données de l’Étude longitudinale canadienne sur le vieillissement, menée auprès de dizaines de milliers de participants âgés de 45 à 85 ans dans tout le pays, appuient d’ailleurs ce constat.

Pilotée par des chercheurs montréalais, une récente étude s’est interrogée sur le pourquoi de cette relation. Natalie Phillips, de l’Université Concordia, et ses collègues ont notamment déterminé qu’une mauvaise ouïe était liée à un déclin de la mémoire et de la fonction exécutive chez des personnes âgées par ailleurs relativement en santé, autonomes et membres d’une communauté.

Leur article, publié dans la revue Scientific Reports, abordait également le rôle de facteurs sociaux tels que la solitude ou la dépression dans le déclin cognitif.

« Nous tenions à étudier des personnes dont le réseau social était plus restreint et qui recevaient moins de soutien social, explique Natalie Phillips, professeure de psychologie à la Faculté des arts et des sciences, et coauteure de l’article. Les personnes dont le cerveau est moins stimulé et dont la vie sociale est moins riche voient-elles leur cognition s’affaiblir? »

Selon la Pre Phillips, l’équipe n’a trouvé aucune preuve concluante à cet égard.

« À ce stade, tout ce que nous pouvons affirmer est que les personnes aux capacités sensorielles amoindries présentent un déclin de leurs facultés cognitives, ce qui ne s’explique pas par les limites de leur réseau social ou de leur fonctionnement social. »

La Pre Phillips ajoute que l’isolement vécu par de nombreuses personnes âgées en raison du confinement lié à la COVID-19 pourrait avoir d’autres incidences négatives sur leur cognition.

L’équipe de recherche comprenait Natalie Phillips, Walter Wittich, de l’Université de Montréal, Kathleen Pichora-Fuller, de l’Université de Toronto, et Paul Mick, de l’Université de la Saskatchewan. L’auteure principale de l’étude, Anni Hämäläinen, était une boursière postdoctorale collaborant avec l’équipe.

Le pourquoi et le pourquoi pas

Les auteurs ont examiné les données colligées par l’Étude longitudinale canadienne sur le vieillissement entre 2012 et 2015. Aucun des répondants ne vivait dans un établissement ou ne souffrait de quelque trouble cognitif que ce soit. Les chercheurs ont également tenu compte d’autres facteurs tels que l’âge, le genre, l’éducation et l’état de santé. Ils ont ainsi découvert que le lien entre l’acuité sensorielle et la fonction cognitive demeurait fort dans toutes les circonstances.

« Nous cherchions à expliquer l’existence de cette relation entre nos capacités sensorielles et cognitives », affirme Natalie Phillips.

Celle-ci énumère quatre hypothèses. La première est une cause courante de détérioration : à mesure qu’une personne vieillit, sa cognition se dégrade simplement, tout comme son ouïe et sa vision.

Selon la deuxième hypothèse, un problème sensoriel signifie que le cerveau reçoit une information de mauvaise qualité. À long terme, celle-ci entraîne un mauvais fonctionnement cognitif.

Une troisième idée concerne la dépense des ressources. Si le cerveau dépense beaucoup d’énergie à tenter de comprendre ce qui est dit ou montré, il restera relativement peu de ressources pour le traitement cognitif de cette information.

Les chercheurs n’ont pas pu tester les trois premières hypothèses, car ils avaient besoin de données de base de suivi longitudinal aux fins de comparaison avec leurs résultats de base. Ils ont toutefois pu vérifier la quatrième hypothèse, qui examinait le lien établi entre le déclin sensoriel et les conséquences sociales négatives comme le potentiel de dépression ainsi que de retrait et d’isolement sociaux accrus.

« Il devient difficile de naviguer dans son monde, de s’adonner à des activités sociales ou d’entretenir des conversations, explique la Pre Phillips. Nous voulions donc savoir si la relation entre la fonction sensorielle et la cognition d’une personne dépendait des limites de son réseau social. » En fin de compte, les chercheurs ont découvert que ce n’était pas le cas.

Évaluation cognitive de Montréal et COVID-19

Selon elle, la pandémie a révélé les défis considérables auxquels font face les aînés atteints d’une perte sensorielle et leurs fournisseurs de soins de santé, qui doivent s’adapter à une nouvelle réalité.

Immédiatement après le début des mesures de confinement au Canada, la chercheuse et ses collègues à Concordia ont entrepris diverses activités de transfert de connaissances, dont une série de lettres adressées à la rédaction du prestigieux Journal of the American Geriatric Society ainsi que des webinaires. Leur objectif était de guider les travailleuses et travailleurs de la santé qui adaptaient les mesures d’évaluation cognitive à la volée. Ils se sont concentrés sur l’Évaluation cognitive de Montréal – un test utilisé dans le monde entier, notamment par le président américain Donald Trump –, qu’ils considèrent comme un bon exemple didactique au regard de la continuité des évaluations cognitives dans des conditions difficiles.

L’équipe a signalé les inconvénients que comporte l’Évaluation cognitive de Montréal pour les personnes âgées atteintes d’une perte sensorielle lorsque le test est réalisé par téléphone ou que les travailleurs de la santé portent un masque et que d’importants repères visuels de la parole sont absents. « Nous entendons fournir des conseils utiles pour l’adaptation du test et souligner l’importance du jugement clinique en cette période éprouvante », affirme la Pre Phillips.

L’étude a été financée par le Consortium canadien en neurodégénérescence associée au vieillissement, les Instituts de recherche en santé du Canada et le Réseau québécois de recherche sur le vieillissement.

Consultez l’étude citée : « Sensory-cognitive associations are only weakly mediated or moderated by social factors in the Canadian Longitudinal Study on Aging ».



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