Glenn Patterson

Glenn Patterson

Candidat au doctorat en ethnomusicologie à l’Université Memorial

Pouvez-vous me parler brièvement de vous et des projets qui vous occupent en ce moment?

J’ai grandi dans la région du Grand Toronto et j’ai déménagé à Montréal en 2005 après avoir obtenu mon baccalauréat en ingénierie. Une fois ici, je me suis rapidement impliqué dans les scènes musicales country et folk. Je fais des études doctorales en ethnomusicologie à l’Université Memorial de Terre-Neuve sur les pratiques d’enregistrement fait à domicile de la communauté anglophone de Gaspé et je monte une banque d’archives sonores numériques. En 2019 et 2020, j’ai travaillé pour le Réseau du patrimoine anglophone du Québec (RPAQ) sur le projet intitulé « A Different Tune », une enquête à l’échelle provinciale sur la culture musicale visant à documenter et à célébrer le patrimoine musical des différentes communautés anglophones du Québec. Actuellement, je les aide avec la programmation et le contenu numérique en ligne.

Comment vous êtes-vous retrouvé dans l’univers musical anglophone du Québec?

Quand je me suis installé à Montréal, j’ai vécu dans l’ouest de l’arrondissement de Notre-Dame-de-Grâce, près de La Roue, un club de musique country. Chaque lundi soir, j’y jouais du violon accompagné d’autres musiciens. Les habitués du bar étaient pour la plupart des gens assez âgés originaires de Gaspé, qui se sont retrouvés à Montréal dans les années d’après-guerre. J’étais étonné qu’ils viennent d’une paroisse à majorité anglophone – avant les années 1970 en tout cas. Je m’intéressais déjà aux styles de violon régionaux du sud des États-Unis, alors j’étais naturellement curieux de savoir à quoi ressemblait le son des Gaspésiens anglophones. Plus tard, j’ai rencontré un guitariste dont le père était un violoneux de Gaspé et il m’a envoyé quelques enregistrements numérisés de ce dernier. J’ai été stupéfait par sa maîtrise de l’instrument; il était aussi bon que tous les violoneux que j’avais jamais entendus jouer.

À partir de 2010, je suis allé à Gaspé chaque été pour les festivals et, en 2015 et 2016, j’ai eu la chance d’y vivre lors de mes travaux pratiques pour mon doctorat. J’ai énormément interagi avec la minorité anglophone et ses organismes communautaires.

Selon vous, qu’est-ce qui distingue la musique des communautés anglophones du Québec?

Je ne peux pas parler de ces communautés comme d’un ensemble homogène, ça se manifeste différemment selon les régions; comme dans tout contexte où il existe une minorité, la musique est souvent liée à nos premières années de formation et à notre identité. Cela évoque le chez-soi pour les gens, leur communauté d’origine. Les anglophones du Québec ont tendance à s’identifier fortement à des identités très locales et régionales, qu’elles soient urbaines ou rurales. Ce n’est pas lié tant que ça à la langue, mais plutôt à leur sentiment d’appartenance et à leur place au Québec. Dans les communautés rurales où j’ai surtout travaillé, le violon et la musique country expriment souvent un sens très fort de la mémoire locale, profondément ancrée dans les souvenirs de certains membres de la famille et de voisins ou de fêtes saisonnières.

D’après votre expérience, comment la musique peut-elle contribuer au bien-être d’une communauté?

La musique est une forme culturelle qui a le pouvoir de réunir et que la plupart des gens peuvent apprécier, quel que soit leur sens musical. J’ai constaté que la musique locale est souvent au cœur de la vie communautaire et de l’action sociale (par exemple, durant des collectes de fonds, de festivals, de célébrations) dans de nombreuses communautés anglophones du Québec, si bien qu’il est difficile d’imaginer la vitalité de ces communautés sans la musique.

Quelles sont les différentes scènes musicales des communautés anglophones auprès desquelles vous avez travaillé au Québec?

J’ai surtout travaillé sur la musique traditionnelle sur laquelle on pratiquait autrefois la danse carrée et la gigue à claquettes à Gaspé et dans la vallée de la Châteauguay, qui est une culture musicale commune aux francophones et aux anglophones. Le projet « Different Tune » m’a permis de travailler un peu avec la communauté antillaise de Montréal par l’intermédiaire de l’organisation West-Can Folk Performing Co; avec la scène musicale gospel de la Petite-Bourgogne par l’intermédiaire de Kim Sherwood, directrice du chœur de la Union United et du People’s Gospel Choir; et avec KlezKanada, un organisme communautaire qui soutient la musique et la culture yiddish à Montréal et ailleurs dans le monde.

À part l’annulation de tous les événements en personne, quelles ont été les principales répercussions de la COVID-19 sur votre travail?

Quelques semaines après le début de la pandémie, on m’a demandé d’aider les soirées « micro ouvert » dans la vallée de la Châteauguay, de la Brysonville Schoolhouse Revisited, à passer à une formule virtuelle. J’ai dû apprendre rapidement à produire et à animer des spectacles en direct avec des artistes qui se joignent à distance sur Zoom. Ensuite, j’ai pu mettre ces nouvelles compétences au service du RPAQ et nous avons organisé près de 50 événements avec divers partenaires depuis le début de la pandémie. La possibilité de produire des événements en ligne s’est révélée très positive pour les communautés anglophones du Québec, surtout à l’extérieur de l’île, où elles sont géographiquement plutôt dispersées. Malgré l’étrangeté de se retrouver à travers un écran d’ordinateur ou de téléphone, le sentiment de communauté et d’unité est toujours bien présent lors de ces événements.

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