Cathy Martin, Ph.D.

Dr. Cathy Martin

Consultante indépendante

Parlez-nous un peu de vous.

Je m’appelle Cathy Martin. Je suis de la Première Nation Mi’gmaq de Listuguj, et membre élue du conseil de ma communauté. Je travaille pour I’Association des administrateurs de l’éducation des Premières Nations, organisme national du Canada. Je suis également mère de cinq enfants, et j’ai cinq merveilleux petits-enfants.

Vous avez soutenu un doctorat en leadership éducatif et en enseignement curriculaire. Quel était le sujet de votre thèse?

À l’époque, j’étais orthophoniste, et j’ai beaucoup travaillé avec des psychologues et des enfants dyslexiques. Par chance, la Commission scolaire Eastern Shore a adopté pour tous les élèves une méthodologie d’enseignement de la lecture axée sur une démarche kinesthésique. Celle-ci vise à utiliser les mouvements de la bouche pour établir des associations avec les lettres, plutôt que de privilégier seulement l’association de sons avec les lettres. Il s’agit d’une approche multimodale de la lecture. Dans mes recherches, j’ai découvert qu’elle accroît généralement les notes des enfants. J’ai pu intégrer cela à mon travail auprès d’enfants ayant de la difficulté à lire ainsi que transmettre mes connaissances aux aides-enseignantes et aides-enseignants qui facilitent l’orthopédagogie en lecture.

Pouvez-vous nous parler des principes de PCAP des Premières Nations, qui abordent différemment les notions de savoir et d’éthique dans la recherche?

Il s’agit des principes de propriété, de contrôle, d’accès et de possession (PCAP) des connaissances. Nous utilisons ces principes pour tout ce qui implique le collectif, car l’information obtenue par des recherches n’appartient pas nécessairement à l’individu, mais plutôt à la communauté. Le peuple conserve la propriété des résultats obtenus. Il peut accorder ou non l’accès à ces connaissances à des organismes externes pour d’autres études. Les principes de PCAP ne font pas encore l’objet d’une exigence juridique, mais je constate que les établissements d’enseignement tendent à les respecter.

Pendant des décennies, voire des siècles, les peuples des Premières Nations ont vu des gens venir dans leurs communautés recueillir des connaissances à des fins personnelles, financières ou autre, et ce, sans en demander l’autorisation. Et par la suite, ces chercheurs et chercheuses ne leur donnaient parfois plus de nouvelles et ne leur transmettaient pas de copie de leurs travaux, ce qui a engendré beaucoup de méfiance. Les principes de PCAP sont axés sur les relations et les liens avec la communauté – valeur importante pour les peuples autochtones – afin qu’une confiance soit établie lors de recherches menées dans leurs communautés. Et il faut respecter le fait que si la réponse est « non », c’est vrai « non » – un « non » collectif, et non pas celui d’une seule personne.

À votre avis, comment peut-on concilier les connaissances venant de milieux universitaires et les savoirs qui reflètent les points de vue autochtones?

Quand on parle d’éducation dans une communauté autochtone, il faut respecter le savoir traditionnel et les gardiens du savoir. Leurs connaissances ne viennent pas du monde universitaire, de livres, de recherches, de tests ou d’autres sources de ce type. Elles viennent plutôt d’années et de siècles d’écoute d’histoires orales et de vie en forêt. Les gardiens du savoir peuvent vous parler des comportements environnementaux des animaux ainsi que des plantes, et vous expliquer comment tout est relié dans le temps et l’esprit. Souvent, les recherches universitaires omettent cette composante, qui est très profondément ancrée chez les communautés autochtones. Il n’est donc pas seulement question de se dire d’un point de vue universitaire « Bon, voici la durée de vie et la structure de sommeil et d’hibernation d’un ours, etc. ». Cela va bien au-delà de ces connaissances. Je parle de l’interconnectivité ressentie – et je dis « ressentie », parce dès l’enfance, on nous apprend à établir ces connexions, on nous enseigne qu’il y a d’autres êtres vivants, que l’être humain n’est pas supérieur, qu’on fait juste partie de ce monde naturel, alors on se montre respectueux et on bâtit des liens spirituels avec notre environnement. Cette perspective du savoir est très différente. Je pense qu’il y a de la place pour les deux, et que les deux doivent être valorisées.

À quels projets travaillez-vous actuellement?

Je participe à de nombreux projets de bénévolat dans ma communauté. Par exemple, je mène un projet communautaire visant à construire un refuge pour les personnes sans-abri et fondé sur nos valeurs Mi’gmaq d’inclusion et de droit de chaque être humain à un espace pour dormir, manger, se laver et être inclus – l’inclusion est ici essentielle. En raison de la crise du logement, nous nous sommes réunis et avons trouvé une solution en tant que communauté – sans aucun financement gouvernemental. Nous avons recueilli assez de fonds en un an pour acheter une maison à convertir en refuge. Il s’agit d’une initiative entièrement communautaire, dirigée par le peuple, pour le peuple, sur une base volontaire. Cela illustre bien notre culture – nous prenons soin les uns des autres.

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