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Une chercheuse de l’Université Concordia élabore un nouvel outil permettant de réduire les erreurs de diagnostic des troubles du langage

« J’ai choisi de consacrer ma carrière à faire en sorte que chaque enfant puisse montrer ce qu’il ou elle est capable d’apprendre, quelle que soit la langue parlée à la maison », explique Anne Laurie, postdoctorante en sciences de l’éducation.
January 19, 2026
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Une jeune femme souriante, aux cheveux longs et bruns, portant une robe rouge sur un fond bleu. « Lorsque les outils d’évaluation linguistique tiennent compte de la diversité linguistique, chaque enfant a une chance plus équitable de réussir », fait valoir Anne Laurie.

Un nouvel outil d’évaluation linguistique initialement conçu à Concordia permet de mesurer de manière plus équitable les capacités d’apprentissage des enfants bilingues et multilingues. L’évaluation dynamique basée sur les programmes d’études (ÉDPÉ), qui évalue le potentiel d’apprentissage des enfants indépendamment de leur langue d’usage, pourrait contribuer à réduire le nombre d’enfants recevant à tort un diagnostic de’ trouble développemental du langage. 

Conçue pour analyser la manière dont les enfants réagissent à un enseignement guidé plutôt que leur performance à un test unique, l’ÉDPÉ est déjà utilisée par le personnel clinique et éducatif sur une plateforme en ligne. Disponible en anglais et en français, elle se fonde sur les récits oraux des enfants et mesure leur capacité d’apprentissage dans un contexte où ils bénéficient d’un soutien structuré. Au lieu de comparer les capacités d’un enfant par rapport à une norme restrictive, elle examine son potentiel d’apprentissage, une variable qui reste stable indépendamment des langues parlées par l’enfant. 

« Mon objectif n’est pas seulement de voir ce qu’un enfant sait déjà. Je veux déterminer sa capacité d’acquérir une compétence particulière, dans quelle mesure il ou elle peut l’acquérir et à quoi ressemble ce processus d’apprentissage », explique Anne Laurie, chercheuse postdoctorale au Département des sciences de l’éducation

La chercheuse s’est intéressée à l’évaluation adaptée à la culture dès ses débuts auprès des communautés des Premières Nations et des enfants réfugiés. Dans le cadre de ses fonctions, elle a observé le même phénomène sous différents angles : soit les apprenants se voyaient diagnostiquer’ un trouble parce que les outils ne prenaient pas en compte leur contexte culturel et linguistique, soit des troubles n’étaient pas détectés parce que les évaluations existantes n’étaient tout simplement pas utilisées. 

« Le diagnostic ou l’absence de diagnostic reposait non pas sur les capacités des enfants, mais sur l’adéquation des évaluations à leur expérience vécue », précise-t-elle. 

Un outil au service des enfants, de leurs familles ainsi que du personnel éducatif et clinique 

Selon Anne Laurie, les évaluations classiques passent souvent à côté de points forts importants que les enfants expriment différemment selon les cultures. L’ÉDPÉ pallie cette lacune en analysant 14 compétences narratives et en proposant une médiation guidée pour les compétences nécessitant un soutien. L’outil génère également des échelles objectives permettant de faire le suivi du niveau d’aide dont un enfant a besoin et de sa capacité à mettre en pratique ce qu’il apprend. 

La transcription et la génération de rapports automatisées simplifient le processus, permettant au personnel clinique de se concentrer sur l’interprétation et le suivi avec les praticiens et les familles. 

Les retombées de cet outil vont au-delà de l’évaluation individuelle. Il permet au personnel enseignant de mieux comprendre ce que les élèves sont en mesure d’apprendre lorsqu’ils bénéficient d’un accompagnement, et offre au personnel clinique des données quantitatives et qualitatives plus riches. Les familles peuvent ainsi avoir l’assurance que les décisions sont fondées sur le potentiel d’apprentissage plutôt que sur un simple aperçu ponctuel des performances. 

« Lorsque les évaluations tiennent compte de la diversité linguistique, chaque enfant a une chance plus équitable de réussir », indique la chercheuse. 

Un groupe d'une douzaine d'individus, posant pour le photographe, après la cérémonie de prix Mitacs Anne Laurie: « Lorsque les outils d’évaluation linguistique tiennent compte de la diversité linguistique, chaque enfant a une chance plus équitable de réussir », fait valoir Anne Laurie.

Une démarche s’inscrivant dans une mission élargie 

Anne Laurie s’est récemment vu décerner le prix Innovation inclusive ― lauréat·e de l’année de Mitacs en reconnaissance de ses travaux lors de la cérémonie nationale des Prix Innovation de Mitacs 2025, qui s’est tenue à Ottawa. Si elle considère cette distinction comme importante, elle la voit avant tout comme la preuve de la pertinence de sa mission élargie. 

« Ce prix vient renforcer ma décision de consacrer ma carrière à faire en sorte que chaque enfant puisse montrer ce qu’il ou elle est capable d’apprendre, quelle que soit la langue parlée à la maison. » 

Anne Laurie et son équipe mettront prochainement au point une version espagnole de cet outil et exploreront les moyens d’intégrer des activités d’apprentissage générées par l’IA en fonction des résultats des évaluations. Grâce à des partenariats continus avec les familles, les communautés et le personnel clinique, la chercheuse espère que cet outil continuera d’évoluer de manière à favoriser un accès équitable à l’intervention précoce. 

« Mettre en place des modes d’évaluation adaptés à la culture n’est pas facultatif, affirme-t-elle. Il s’agit d’une condition essentielle à l’établissement de systèmes dans lesquels tous les enfants se sentent à leur place et compris. » 

 

Apprenez-en plus sur la recherche menée au Département des sciences de l’éducation.



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