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Un voyage en train marque l’histoire du journalisme canadien

Linda Kay, professeure de journalisme, met en lumière un club de presse avant-gardiste
March 3, 2015
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By Linda Kay

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Première femme embauchée comme journaliste sportive au Chicago Tribune dans les années 1980, je croyais être une pionnière dans mon domaine. Or, j’ai découvert qu’une autre femme avait exercé cette profession au Globe and Mail… dans les années 1930.

Cette découverte m’a incitée à retracer l’histoire de ces pionnières méconnues qui ont marqué le journalisme canadien. En effet, j’avais envie d’en savoir plus sur ces femmes dont le nom a disparu des manuels de journalisme… et ne figurait même pas dans les autobiographies de leurs collègues masculins. J’étais curieuse de connaître ces femmes audacieuses qui, dès le XIXe siècle, ont défié les conventions sociales pour devenir journalistes.

Ma quête a débuté lors d’un week-end à Ottawa, en 2004. Je participais à un événement commémoratif organisé à l’occasion du centenaire du Canadian Women’s Press Club (« cercle des journalistes canadiennes ») – une association dont j’ignorais jusqu’alors l’existence.

J’ai appris que ce club avait vu le jour en 1904 dans un wagon de train du Canadien Pacifique. À bord, 16 femmes journalistes – huit francophones et autant d’anglophones – se rendaient à Saint‑Louis afin de couvrir l’exposition universelle.

Par la suite, j’ai découvert que le Canadian Women’s Press Club constituait un puissant levier pour les femmes de l’époque. En effet, elles étaient privées du droit de vote et de l’accès au pouvoir politique. Par ailleurs, peu d’entre elles poursuivaient des études postsecondaires. Pour la plupart, le mariage, de même que la maternité, s’imposait comme une évidence.

J’ai entrepris de documenter la fondation du club. Pour ces journalistes dont le travail se limitait normalement à rédiger des articles sur les femmes, assurer la couverture d’une exposition universelle constituait un mandat exceptionnel. Afin qu’elles puissent couvrir l’un des plus importants événements médiatiques du monde, le voyage en train leur était offert gratuitement – un privilège auparavant réservé à leurs collègues masculins. 

Leurs articles sur ce séjour à Saint‑Louis m’ont été fort utiles – non seulement pour reconstituer les débuts du club, mais aussi pour retracer le parcours de ses membres. À l’époque, nombre d’entre elles étaient considérées comme de grandes vedettes. Parmi elles, Robertine Barry, la première femme embauchée comme journaliste au Québec, a ensuite fondé un journal. Léonise Valois, quant à elle, fut la première femme à publier un recueil de poésie au Québec. Kathleen « Kit » Coleman fut la première Canadienne à devenir correspondante de guerre. Anne‑Marie Gleason, pour sa part, a fondé une populaire revue québécoise. Enfin, Kate Simpson Hayes, qui a écrit la biographie d’un prêtre québécois, a été louangée par le New York Times.

Pourquoi ces femmes de talent ont-elles été oubliées? Leur rôle dans les équipes de rédaction y est pour quelque chose. À l’époque, les femmes journalistes étaient affectées à ce qu’on appelait « les pages féminines ». Ciblant les femmes, elles étaient publiées dans l’intérêt des annonceurs. On y trouvait les observations personnelles d’une journaliste, des extraits de poèmes et de textes en prose provenant de diverses sources, la chronique mondaine et le courrier des lectrices (accompagné de réponses). Malgré le succès et la popularité de ces rubriques, la plupart des journalistes masculins n’y accordaient aucune importance. Pendant des décennies, les femmes qui les rédigeaient et les publiaient ont été marginalisées par leurs collègues. D’ailleurs, dans la salle de rédaction, elles étaient physiquement séparées de ces derniers; dans certains cas, elles étaient même contraintes de travailler à un autre étage!

À l’occasion du centenaire de la fondation du Canadian Women’s Press Club, les membres – dont certaines étaient octogénaires – se sont réunies à Ottawa. Ces joyeuses retrouvailles ont cependant été empreintes d’émotion, puisqu’on y a annoncé la fermeture du club. En effet, le nombre de membres avait graduellement diminué au cours des quatre dernières décennies, passant de 700 adhérentes à seulement quelques dizaines. Pour les femmes de ma génération, les portes étaient grandes ouvertes : l’idée d’une association féminine avait perdu sa raison d’être.

Quoi qu’il en soit, de jeunes femmes qui exercent actuellement la profession de journaliste m’ont fait part de leur intérêt à former une association de ce genre. Feront-elles revivre le club? À suivre.

 

Lire un extrait d'Elles étaient seize.

Apprenez-en plus sur les débuts de Linda Kay à titre de chroniqueuse sportive à Chicago.

 



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