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De l’Université Concordia aux Oscars

Faites connaissance avec Jaclyn Lee, monteuse de films et conteuse, dont le travail était en nomination aux Oscars cette année
27 juin 2022
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Par Lucas Napier-Macdonald, Dipl. de 2e cycle 2017

Jaclyn Lee au gala du National Board of Review Jaclyn Lee (à l’extrême droite) et son équipe, lors du gala du National Board of Review, à New York.

Qu’il s’agisse de Civil War de Ken Burns, de Supersize Me de Morgan Spurlock ou de Bowling for Columbine de Michael Moore, nous avons tendance à percevoir le documentaire comme une réalisation individuelle, un produit issu du génie d’un seul réalisateur.

En fait, il y a derrière tout réalisateur ou réalisatrice de documentaires une immense équipe de soutien qui contribue à la concrétisation d’une vision. Sans le travail des monteurs et monteuses de films comme Jaclyn Lee, B. Bx-arts 1996, cette vision demeurerait ensevelie sous des heures et des heures de métrage brut – inaccessible au grand public. Comme l’indique Mme Lee, c’est à elle que revient la tâche de faire émerger l’histoire que le réalisateur ou la réalisatrice souhaite raconter, et ce, « d’une manière cohérente et divertissante, qui gardera les spectateurs en haleine. »

Plus récemment, Jaclyn Lee et monteur Aljernon Tunsil ont travaillé en collaboration avec les réalisateurs Stanley Nelson et Traci Curry sur Attica (2021), un documentaire sur l’émeute survenue en 1971 au centre correctionnel d’Attica, situé dans le nord de l’État de New York. Cette mutinerie, qui a duré cinq jours et entraîné la mort de 33 détenus et de dix gardiens, demeure l’événement du genre le plus meurtrier de l’histoire des États-Unis.

Le film était en nomination cette année au gala de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences dans la catégorie du meilleur long métrage documentaire.

Bien que l’histoire de la mutinerie d’Attica ait déjà fait l’objet d’œuvres cinématographiques tant dramatiques que documentaires, Stanley Nelson croyait fermement que la perspective des détenus avait été négligée. C’est pourquoi sa proposition devait être davantage axée sur ce que les prisonniers avaient à dire.

Comme le fait observer Mme Lee, « il voulait montrer aux spectateurs à quel point les conditions de détention à l’époque étaient mauvaises, pourquoi les prisonniers ont fait ce qu’ils ont fait, et ce qu’ils ont vécu durant ces cinq jours. »

Un lien avec Concordia

Jaclyn Lee et son équipe au Four Seasons Jaclyn Lee (à gauche), accompagnée de Rosemary Rotondi, archiviste pour Attica (au centre) et de son collègue monteur Aljernon Tunsil (à droite).

Jaclyn Lee voit une certaine similarité entre les projets auxquels elle a travaillé alors qu’elle fréquentait l’Université Concordia et ceux auxquels elle s’intéresse dans sa carrière actuelle.

« Il faut comprendre que lorsqu’il est question de documentaires, dans bien des cas, l’œuvre est réalisée en raison d’un amour pour le sujet traité », souligne-t-elle. « L’argent n’est pas toujours au rendez-vous, mais [ceux et celles qui réalisent ces films] sont des personnes passionnées par leur travail. »

Mme Lee mentionne que cette approche créative lui rappelle les jours passés à son alma mater. Alors qu’elle étudiait en vue d’obtenir son baccalauréat ès beaux-arts dans les années 1990, elle s’est liée d’amitié avec des collègues du programme de production cinématographique et parfois leur venait en aide dans le cadre de tournages.

« Il existait à l’époque un sentiment de camaraderie inégalé », se rappelle Mme Lee. « Je crois que ça venait des longues heures passées à travailler ensemble [sur les films], cet état d’esprit où tout le monde est mis à contribution et doit mettre la main à la pâte. Les plateaux des documentaires auxquels j’ai collaboré étaient tous animés de ce sentiment. »

Qui dit grands défis dit grandes réussites

Quand elle a commencé à travailler sur Attica, Jaclyn Lee a d’abord passé en revue les documents existants. En effet, l’émeute avait été largement couverte par les médias à l’époque. L’équipe a convenu que la meilleure façon de relater cet événement consistait à utiliser des séquences d’archives, fournies par l’archiviste attitrée du projet, Rosemary Rotondi, et d’enrichir ce contenu de nouvelles entrevues avec les détenus. Ils se sont donc retrouvés devant des heures et des heures de métrage à examiner, et très peu de temps pour le faire.

Qui plus est, une résurgence de la COVID-19 est venue compliquer les choses. « En temps normal, pour obtenir des séquences d’archives, on peut se présenter en personne à un centre d’archives, examiner des documents, puis présenter une demande de numérisation », explique Mme Lee. « Toutefois, nous étions limités dans ce que nous pouvions faire parce que la plupart des centres d’archives étaient fermés. Nous avions seulement accès au matériel déjà numérisé. »

Qu’à cela ne tienne. La monteuse et son équipe ont surmonté les obstacles et construit ensemble une œuvre puissante et efficace. En effet, en regardant le documentaire constitué d’extraits de film à l’aspect granuleux, vieux de cinquante ans, juxtaposés à des entrevues filmées en haute définition au moyen de la technologie moderne, il est impossible de ne pas se laisser emporter, de ne pas avoir de sympathie pour la cause des prisonniers, de ne pas s’indigner face à l’injustice qu’ils ont vécue. Dans les mots d’un critique de la revue Variety, « [Attica est] un récit documentaire émouvant, dévastateur et exhaustif sur l’émeute de 1971 ».

Jaclyn Lee est ravie que le film ait été reconnu par l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences cette année.

« Faire partie d’un film en nomination aux Oscars – c’est assez extraordinaire », commente-t-elle. « Pour quiconque fait des études cinématographiques, les Oscars, c’est la consécration d’une carrière. »



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