Une détective des médias, une boîte de biscuits et quelques découvertes surprenantes
Soumis par Timea Nagy
Que se passe-t-il quand on prépare un atelier pour vingt personnes étudiantes, mais qu’une seule se présente? Quand on est passionnée par la littératie médiatique, qu’on a une boîte de biscuits et deux heures devant soi, on en profite au maximum – et on apprend peut-être même une chose ou deux au passage.
La littératie médiatique critique me tient à cœur, tant sur le plan personnel qu’universitaire. Elle est également au centre de mon projet de recherche dirigée, qui explore la façon dont nous naviguons dans un environnement informationnel façonné par les plateformes numériques, la sélection algorithmique des contenus et les informations trompeuses. Alors, quand l’occasion d’organiser un atelier au CEAP s’est présentée, j’ai tout de suite su que je voulais rendre ces questions accessibles, concrètes et, surtout, amusantes.
C’est ainsi qu’est né l’atelier AI & Media Detective: Can You Trust What You See?, une activité interactive tenue le 22 octobre et conçue pour aider les personnes étudiantes de premier cycle et des cycles supérieurs à examiner les contenus numériques, à remettre en question leurs premières impressions et à évaluer les preuves avant de décider ce qui mérite leur confiance.
J’avais prévu une véritable aventure de détective de deux heures, avec des défis pratiques, des enquêtes en groupe, des collations, du thé et du chocolat chaud. Mais la participation en a décidé autrement. Au bout du compte, il n’y avait que moi, une personne participante et une boîte de biscuits.
Alors, le spectacle a continué!
Nous avons commencé par un cours accéléré sur ce que j’aime appeler la jungle informationnelle, en explorant la mésinformation, la désinformation, la sélection algorithmique des contenus, les bulles de filtres et la fragmentation épistémique. Certains concepts étaient déjà familiers à la personne participante, tandis que d’autres ont soulevé de nouvelles questions. Ce qui m’a le plus marquée, toutefois, c’est sa volonté de réfléchir à ces enjeux et à la manière dont l’information façonne notre compréhension du monde. Cette expérience m’a donné espoir en une génération qui, malgré le fait qu’elle grandisse dans un environnement numérique de plus en plus complexe, est capable d’aborder ces défis avec curiosité et conscience de soi.
Nous sommes ensuite passés à la première mission de détective : Ne jugez pas une publication à ses pixels. À partir d’exemples concrets, nous avons exploré comment les images et les affirmations peuvent nous induire en erreur lorsqu’il manque du contexte, que les légendes sont trompeuses ou que l’information est présentée de manière sélective. Nous avons pris le temps d’examiner chaque cas, de remettre en question nos hypothèses et de réfléchir à ce qu’une enquête plus approfondie pourrait révéler. Pendant ce temps, les biscuits ont connu un franc succès.
Un moment a particulièrement retenu mon attention. Lorsque je lui ai demandé comment il vérifierait une image ou un article douteux, mon participant s’est instinctivement tourné vers Google Lens.
Ce qui m’a surprise, ce n’était pas l’outil lui-même, mais la facilité avec laquelle on pouvait lui déléguer le travail d’enquête. Les outils numériques peuvent rendre la vérification plus rapide et plus accessible, mais ils ne peuvent pas remplacer le jugement nécessaire pour évaluer les informations qu’ils fournissent. Tout au long de la séance, j’ai donc encouragé un principe simple : utilisez la technologie pour soutenir votre enquête, pas pour réfléchir à votre place.
La deuxième moitié de l’atelier devait initialement être consacrée à des défis collaboratifs, mais comme nous n’étions que deux dans la salle, j’ai adapté la séance. Nous avons passé plus de temps à discuter des exemples, à suivre les questions au fil de leur apparition et à explorer des idées sans avoir à respecter le rythme de plusieurs groupes. Parfois, un public plus restreint ouvre la voie à une autre forme d’apprentissage.
Mon participant est reparti avec une trousse d’outils AI & Media Detective, en me disant qu’il avait appris quelque chose de nouveau et apprécié la séance. De mon côté, je suis repartie avec une précieuse expérience concrète de l’animation d’un atelier que j’avais conçu de A à Z, une meilleure compréhension de la façon dont les personnes étudiantes abordent la vérification de l’information en ligne et plusieurs idées pour améliorer les activités lors de prochaines séances.
L’atelier a attiré moins de monde que prévu, mais les questions qu’il a soulevées étaient loin d’être petites. Comment décidons-nous de ce qui est digne de confiance? À quel moment disposons-nous de suffisamment de preuves? Et comment pouvons-nous continuer à consommer et à partager l’information de manière réfléchie alors que tant de contenus se disputent notre attention?
Pas besoin d’être spécialiste de l’IA ou de la vérification des faits pour commencer à se poser ces questions. La curiosité, une bonne dose d’esprit critique et la patience de regarder les choses d’un peu plus près constituent un excellent point de départ.
Et peut-être qu’une boîte de biscuits ne fait pas de mal non plus.