À quoi ressemble l’apprentissage d’une langue étrangère à Montréal? L’exemple du japonais
Apprendre une langue peut signifier différentes choses selon la langue, le lieu et l’objectif poursuivi. Montréal peut être considérée comme l’une des villes les plus multiculturelles et multilingues au monde, mais le discours public est souvent centré sur le rôle essentiel du français dans la culture et l’identité québécoises, ainsi que dans l’intégration sociale. L’apprentissage et l’usage du français sont particulièrement valorisés pour les nouveaux arrivants provenant de l’extérieur de la province, y compris les Canadiens d’autres provinces, les étudiants internationaux et les immigrants. Dans ce contexte, que signifie l’apprentissage d’une autre langue au-delà du français et de l’anglais? Prenons par exemple le japonais, une langue minoritaire dont la communauté demeure relativement petite au Québec et au Canada (environ 4 000 personnes japonaises de première génération et plus de 8 000 personnes d’origine japonaise au Québec). Pour les apprenants, les occasions de rencontrer des locuteurs japonais semblent limitées à moins de se rendre au Japon, et les possibilités de pratiquer régulièrement le japonais à Montréal sont encore plus rares.
Afin de relever ce défi, la Concordia Japanese Language and Culture Community (JLCC) a organisé deux séances d’immersion en japonais les 16 et 31 mai au CEAP, en collaboration avec immersionjaponais, un nouveau groupe animé par Mai Katsuna et Saki. Animées par ces deux locutrices japonaises dynamiques, les séances visaient à offrir une expérience entièrement immersive en japonais aux membres de la communauté montréalaise, notamment aux étudiants et aux personnes sur le marché du travail souhaitant améliorer et pratiquer la langue, mais peut-être aussi vivre quelque chose de plus.
La première séance s’est déroulée entièrement en japonais et s’adressait principalement aux apprenants de niveau intermédiaire avancé et avancé. Dix participants y ont pris part et se sont engagés dans diverses activités, notamment des jeux de mots, des exercices sur les onomatopées, des saynètes et bien d’autres activités, tout en s’immergeant complètement dans la langue. Lors d’un exercice, les participants ont partagé les différentes raisons qui les avaient amenés à apprendre le japonais : intérêt pour les anime et les jeux vidéo, passion générale pour l’apprentissage des langues, désir de maintenir une langue héritée de la famille, intérêt pour certains aspects culturels comme la musique et les instruments traditionnels, ou encore projets d’études ou de travail au Japon.
Les animatrices ont mis l’accent sur l’apprentissage d’un japonais pratique, notamment les onomatopées permettant de décrire avec vivacité les cris d’animaux, les sons du quotidien, les états physiques, les mouvements et même les émotions. Les participants ont pris des notes avec enthousiasme sur les mots et leurs significations, puis les ont mis en pratique dans une activité de création d’histoires sous forme de saynètes. Pour les apprenants avancés, la séance représentait un défi, mais tous ont réussi à écouter, comprendre et s’exprimer presque entièrement en japonais, sans recourir à la traduction. Pour certaines personnes, apprendre le japonais peut signifier ajouter une nouvelle langue à leur répertoire linguistique, devenir davantage multilingues ou plurilingues, ou encore poursuivre un engagement de longue date envers l’apprentissage de cette langue. Pour d’autres, cela peut représenter une curiosité culturelle, une exploration identitaire, un gain de confiance ou une nouvelle forme d’expression de soi.
Toutefois, tous les apprenants ne possèdent pas un niveau suffisamment avancé pour tout comprendre en japonais ni ne sont prêts à évoluer dans un environnement entièrement immersif. La deuxième séance a donc été conçue comme une immersion plus « décontractée », destinée à des participants de niveaux variés, particulièrement les débutants et les apprenants intermédiaires. En plus des deux animatrices, deux bénévoles japonophones ont offert leur soutien pendant l’activité. Sept apprenants y ont participé, dont un étudiant de Concordia. L’activité consistait à peindre des masques festifs traditionnels représentant des kitsune (esprits-renards), tout en conversant en japonais avec l’aide de langues partagées comme l’anglais et le français. Assis en cercle, les participants ont interagi de manière informelle avec leurs pairs et les locuteurs japonais, tout en apprenant quelques mots comme enogu (peinture), kitsune (renard) et omen (masque).
Les participants ont non seulement été exposés à la langue japonaise, mais aussi à la culture japonaise, en découvrant la signification des masques kitsune, et ont créé des liens avec d’autres personnes, qu’il s’agisse de locuteurs japonais ou de leurs pairs, grâce à cette langue étrangère. Ils sont également devenus eux-mêmes des artistes créatifs, peignant leurs masques selon leurs propres couleurs et styles et exprimant leur identité.
Alors, que signifie pour les Montréalais l’apprentissage d’une autre langue comme le japonais? Cela peut constituer une voie vers le multilinguisme en développant des répertoires linguistiques diversifiés, en s’engageant dans des processus de compréhension interculturelle et de création de sens, et en tissant des liens avec d’autres personnes, non seulement avec des locuteurs natifs, mais aussi avec des pairs de la communauté et des membres de leur famille liés à une langue d’héritage. Cela peut aussi devenir, à l’image d’un masque, une façon de se transformer en une autre version de soi-même, façonnée par une diversité de caractéristiques, de langues et de cultures que l’on souhaite incarner, tout comme les participants à ces ateliers.
Alors que le Québec, et particulièrement Montréal, accueille des personnes issues d’une grande diversité culturelle, y compris des immigrants et des étudiants internationaux, le fait pour les résidents locaux d’apprendre une autre langue, de s’y immerger ou simplement de se familiariser avec elle peut également contribuer à ce que les nouveaux arrivants se sentent davantage connectés à leur communauté, tout en soutenant leur adaptation à la société ainsi que leur apprentissage du français et de l’anglais.
Voilà quelques pistes de réflexion — mais pour vous, que signifie apprendre une langue?
Soumis par Ryuichi Suzuki, Vitor Yano, et Aya Halliday