Des chercheuses et chercheurs de Concordia repensent le modèle de mentorat traditionnel et obtiennent une importante subvention

Des chercheurs en début de carrière et un professeur d’études anglaises forment un cercle de mentorat axé sur la rédaction de demandes de subventions auprès du CRSH
3 novembre 2021
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Par Amy Sharaf

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Un groupe issu de la communauté de l’Université Concordia révolutionne le modèle de mentorat classique et obtient une importante bourse de recherche.

Plutôt que de suivre le modèle voulant qu’une personne plus expérimentée guide un ou une novice, des chercheuses et chercheurs en début de carrière du Département d’études anglaises de Concordia et Jason Camlot, professeur et titulaire de la chaire de recherche (niveau I) en littérature et en études sonores de l’Université Concordia, ont formé un « cercle de mentorat ».

Ils ont échangé des idées et se sont soutenus alors qu’ils travaillaient séparément, mais en collaboration sur leurs demandes respectives de subventions de développement Savoir du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH).

Leur taux de succès a été de 100 %. Non seulement les membres ont tous obtenu une subvention de développement Savoir (allant d’environ 30 000 $ à plus de 71 000 $), mais leurs candidatures se sont toutes classées dans les deux premiers percentiles.

Selon Mathieu Aubin, membre du groupe et boursier postdoctoral, il s’agit là d’une situation extrêmement rare, surtout pour les chercheurs en début de carrière. Il attribue cette réussite au fait qu’ils ont procédé en équipe à la rédaction des demandes de subvention.

« D’après moi, notre succès est lié à cette dimension collective, alors que nous étions tellement isolés durant la pandémie. Nous avons été en mesure de nous entraider, de ne pas nous limiter à une hiérarchie et de véritablement collaborer », explique-t-il.

« Nous avions tous quelque chose à apporter, que ce soit les connaissances institutionnelles de Jason ou l’expertise en rédaction de demande de bourse d’une autre personne. D’autres étaient tout simplement incroyables pour poser des questions et amener un raisonnement plus loin. »

Un dialogue continu

Surnommé le IDG Squad (« escouade des IDG » ou Insight Development Grants – nom anglais de la subvention visée), le groupe était formé de Jason Camlot ainsi que de chercheuses et chercheurs à diverses étapes de leur carrière : la boursière postdoctorale Deanna Fong, les professeures adjointes affiliées Katherine McLeod et Ronjaunee Chatterjee, et Mathieu Aubin. La plupart ont amorcé leur collaboration sur SpokenWeb, un réseau de recherche de subventions de partenariat financé par le CRSH et dirigé par le Pr Camlot.

Leurs réunions hebdomadaires sur SpokenWeb, qui visaient à échanger des idées sur leurs différents projets, se sont vite transformées en ateliers d’études de leurs demandes de subventions respectives au cours desquels ils s’entraidaient pour arriver au meilleur résultat.

La Pre Chatterjee n’est pas membre de SpokenWeb, mais s’est plutôt jointe au groupe à la suite de son travail avec le Pr Camlot. Elle se dit reconnaissante de cette source de soutien informel et de précieux renseignements sur le processus de demande.

« L’existence du groupe souligne l’importance pour les membres du corps professoral jeunes, sous-employés et au statut précaire de faire preuve de solidarité entre eux afin de réussir – ce que nous avons fait! »

Sa collègue Deanna Fong ajoute qu’elle a aussi énormément bénéficié du soutien émotionnel des membres du groupe qui suivaient le même processus.

« La rédaction d’une demande de subvention peut parfois s’avérer décourageante et frustrante, mais je me sentais rassurée de savoir que je n’étais pas la seule qui éprouvait de la difficulté à éliminer 250 mots, ou désorientée par le portail de demande », explique-t-elle.

Pour la Pre McLeod, arrivée à Concordia comme boursière postdoctorale SpokenWeb il y a sept ans et aujourd’hui chercheuse affiliée, la rencontre du groupe a suscité une réflexion sur le fait qu’un projet de recherche individuel a toujours des liens avec la communauté.

« Les membres du groupe sont tous des collègues et des collaborateurs que j’ai rencontrés à chaque étape de mon parcours, et je trouve enrichissant de partager la réussite de nos projets individuels », affirme-t-elle.

Bien qu’il soit le plus expérimenté du groupe, Jason Camlot dit avoir beaucoup profité des idées de ses jeunes collègues pour sa propre candidature.

« Il ne s’agissait pas seulement pour eux de me poser des questions sur la manière de rédiger une demande de subvention, mais de réfléchir aux différents types de questions de recherche que nous avions définies et à la meilleure façon d’y répondre. Je pense que le fait de participer à ce dialogue continu m’a aidé à aborder des projets de recherche sous des angles nouveaux, plus passionnants et moins solitaires », explique-t-il.

Le Pr Camlot a en outre été vice-doyen aux affaires professorales à la Faculté des arts et des sciences durant six ans. Pour appuyer les candidatures des membres du cercle, il a réussi à obtenir des lettres afin que chacun puisse devenir chercheur affilié à Concordia pour la durée de la subvention.

Le mentorat : une activité multidirectionnelle

Depuis l’obtention de leurs subventions de développement Savoir, les membres du groupe se consacrent aux nombreuses questions qui suivent l’octroi d’un financement, qu’il s’agisse de l’acquisition d’équipement ou de l’embauche d’assistants de recherche. En fin de compte, Jason Camlot estime que cette façon d’envisager le mentorat peut servir les intérêts de toutes les personnes touchées.

« Je pense que c’est beaucoup plus enrichissant lorsque les chercheurs émergents jouent un rôle clé dans le processus de conception de la recherche et qu’ils ont la possibilité de poser des questions et de donner leur avis concernant les candidatures de leurs collègues plus expérimentés », explique-t-il.

« Il s’agit simplement d’inverser un peu les choses et de réfléchir à nos façons d’encadrer, afin que le mentorat soit abordé comme une activité multidirectionnelle et ne soit pas appréhendé comme un processus empruntant toujours une seule direction. »

Un modèle à suivre

Monica Mulrennan est vice-rectrice adjointe à la recherche – Développement et rayonnement au sein du Vice-rectorat à la recherche et aux études supérieures et professeure au Département de géographie, urbanisme et environnement à Concordia. Elle explique que le mentorat constitue l’une des rares composantes communes de toute carrière universitaire réussie et que les avantages du « mentorat entre les pairs » suscitent un intérêt accru.

Elle travaille actuellement en collaboration avec Patrick Leroux, vice-doyen à la recherche de la Faculté des arts et des sciences, et son équipe à la création de deux projets pilotes de mentorat pour la rédaction de subventions. Elle espère que l’expérience de ses collègues du Département d’études anglaises inspirera d’autres chercheurs à mettre en place leurs propres dispositifs de mentorat.

« Cela pourrait être avec des collègues de leur propre département, mais aussi avec des collègues d’autres départements ou encore des partenaires non universitaires avec lesquels ils partagent des domaines d’intérêt en recherche », précise-t-elle.

« Les avantages possibles sont non négligeables. En plus d’accroître l’obtention des subventions de recherche externes, le mentorat peut favoriser la collégialité et le bien-être au travail, et valoriser les relations et les collaborations. »


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