Lorsque la mairesse de Montréal Valérie Plante a annoncé, le printemps dernier, que toutes les nouvelles constructions érigées sur le territoire de la Ville devront être des bâtiments à émission zéro d’ici 2025, certains promoteurs immobiliers se sont trouvés quelque peu désemparés, mais un nouvel accélérateur lié à l’Université Concordia est prêt à leur fournir l’expertise dont ils auront besoin pour atteindre cet objectif.
Conçu à l’origine comme un moyen de jeter des ponts entre les équipes de recherche universitaire et les sociétés immobilières œuvrant sur le terrain, l’accélérateur de décarbonation des bâtiments est le fruit de l’initiative d’Ursula Eicker, codirectrice de l’Institut des villes nouvelle génération de l’Université Concordia et titulaire de la chaire d’excellence en recherche du Canada sur les villes et les collectivités intelligentes, durables et résilientes, et de la doctorante dont elle dirige la thèse, Natalie Voland, également présidente de l’entreprise Gestion Immobilière Quo Vadis.
L'Institut rassemble plus de 200 chercheuses et chercheurs répartis dans 14 centres de recherche universitaire et œuvrant dans une vaste gamme de disciplines, qui s’emploient à trouver des solutions dans le domaine complexe de l’urbanisme nouvelle génération.
« Au sein de l’équipe des bâtiments du Partenariat Climat Montréal, nous avons eu au cours de l’année toutes sortes de discussions sur ce qui pourrait être fait pour amener le secteur privé de l’immobilier à adopter des stratégies de décarbonation », relate Ursula Eicker. « À un certain point, nous nous sommes dit que nous devrions entreprendre des actions concrètes au lieu de simplement discuter, et nous avons eu l’idée de rassembler autour d’une table des décideurs issus de différents domaines… dans le but de former une espèce de commando qui agirait rapidement en mettant en chantier divers projets axés sur la réduction de l’empreinte carbone. »
Ainsi, Natalie Voland et Ursula Eicker ont invité des membres de la haute direction et des représentants de la Banque nationale du Canada, d’Hydro-Québec, de la société de génie Energère, du cabinet d’avocats McCarthy Tétrault et de la Ville de Montréal à se joindre à l’accélérateur, afin d’offrir aux promoteurs des consultations gratuites visant à les aider à rendre leurs projets de construction conformes aux objectifs climatiques de la Ville.
Ursula Eicker espère qu’en réunissant les bonnes personnes, l’accélérateur pourra entraîner de réels changements dans la ville.
« Il faut soumettre les théories universitaires au test de la réalité. Nous voulons voir concrètement comment nous pouvons accélérer le changement. »
Concordia considère les villes et la durabilité comme des champs de recherche prioritaires, indique la Pre Eicker, et selon elle, grâce à l’accélérateur, les équipes de recherche et l’effectif étudiant de l’Université pourront réaliser des projets qui leur permettront de sortir leurs travaux du laboratoire et de les mettre en pratique dans le monde réel.
« Les établissements de recherche ne sont ordinairement pas invités à prendre part à cette discussion », souligne Ursula Eicker. « Mais nous avons le temps, l’effectif étudiant et les cerveaux pour concevoir des outils numériques permettant de modéliser très rapidement des scénarios de changement, en allant beaucoup plus loin que ce que proposent habituellement les groupes d’expertise-conseil en ingénierie, qui ne sortent pratiquement jamais des sentiers battus. »
Le premier promoteur avec lequel collabore l’accélérateur est le groupe Harden, une société immobilière de troisième génération située à Vaudreuil-Dorion qui mène plusieurs projets de construction dans la province.
« Nous voulions travailler avec une entreprise bien établie pilotant de nombreux projets », explique Natalie Voland. « Cela signifie que lorsque des mesures se révèlent efficaces dans le cadre d’un projet, on peut les adopter et les appliquer à d’autres, de manière à accélérer le changement; nous essayons en quelque sorte de démultiplier les incidences favorables des changements. »
La notion de changement à grande échelle est importante, précise Natalie Voland, car elle permet de décarboner de gros bâtiments plus rapidement, ce qui selon elle est devenu une urgente priorité.
« Le climat a changé. Depuis quand avons-nous des tornades à Montréal? Ou des inondations massives? Je ne voudrais pas être alarmiste, mais le dérèglement est visible. On le constate partout autour de nous », ajoute Mme Voland.
Ursula Eicker et Natalie Voland invitent d’autres promoteurs à présenter leurs projets à l’accélérateur afin de les aider à se conformer aux nouvelles règles établies par la Ville. En plus de la construction de nouveaux bâtiments à émission zéro, la Ville de Montréal a décrété que tous les bâtiments existants devront se convertir à la carboneutralité d’ici 2040. Ainsi, un grand nombre de bâtiments plus anciens devront être mis à niveau, ce qui est à bien des égards plus difficile que de construire un tout nouvel immeuble entièrement durable.
« Dans l’accélérateur, nous classons les projets dans la catégorie mise à niveau ou nouvelle construction, mais nous nous attaquons à ces deux types de projets parce que chacun d’entre eux appelle des solutions très différentes », explique Natalie Voland. « Il y a des points communs, bien sûr, mais il s’agit de projets différents. Si nous pouvions convaincre les promoteurs que la transition est possible et que nous devons la faire avant 2040, ce serait formidable. »
L’accélérateur aide les promoteurs de plusieurs façons, notamment en favorisant le transfert des savoirs sur les matériaux de construction de pointe, l’intégration de systèmes d’énergie renouvelable aux bâtiments et les solutions en matière de mobilité durable, mais également en faisant appel à l’expertise des gouvernements et des spécialistes des finances pour obtenir des suggestions créatives au chapitre du financement et du zonage.
Pour reprendre les mots de Natalie Voland, les membres de l’accélérateur « ne savent pas ce qu’ils ne savent pas », c’est pourquoi ils invitent les autres intervenants à mettre à contribution leur expertise afin de relever l’important défi de la décarbonation des bâtiments, non seulement à Montréal, mais partout au pays et dans le monde.
« Nous ne pouvons pas tout faire nous-mêmes, alors nous voulons consigner le processus de mise sur pied de l’accélérateur, car nous espérons que cette initiative se révélera efficace et qu’elle sera reprise par d’autres, et que nous pourrons un jour compter 30 000 accélérateurs disséminés à différents endroits. »
Pour en savoir plus, explorez l’Institut des villes nouvelle génération.
Natalie Voland, doctorante et présidente de Gestion Immobilière Quo Vadis (à gauche) et Ursula Eicker, codirectrice de l’Institut des villes nouvelle génération de Concordia et titulaire de la chaire d’excellence en recherche du Canada sur les villes et les collectivités intelligentes, durables et résilientes