Les spécialistes en psychologie clinique et les gens qui les consultent ont besoin de nouveaux moyens de comprendre et de surmonter la peur de perdre le contrôle, affirme un chercheur de Concordia

Selon Adam Radomsky, si un thérapeute comprend mieux ce qui motive les choix d’un patient, il pourra l’aider à en faire de meilleurs à l’avenir
11 octobre 2022
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« Chercher sans cesse à garder le contrôle vous causera sans doute plus de problèmes que de vous concentrer sur d’autres choses », affirme Adam Radomsky.

Le contrôle est une notion importante dans les domaines de la psychologie et de la psychopathologie, notamment en ce qui a trait à l’anxiété et au trouble obsessionnel compulsif (TOC). Et bien que la perte de contrôle soit une peur que les psychologues cliniciens observent chez de nombreux patients, elle demeure méconnue et mal comprise.

Un article récemment publié dans la revue Journal of Behavior Therapy and Experimental Psychiatry traite de cette peur d’un point de vue différent et pourrait avoir d’importantes retombées dans les domaines du traitement et de la recherche. Adam Radomsky, auteur de l’article et professeur au Département de psychologie, y présente des idées et des travaux récents sur les peurs et les croyances entourant la perte de contrôle. Il y explique également que nous pouvons tirer parti de ces connaissances pour étudier, évaluer et traiter les personnes présentant divers troubles psychologiques.

« Cette peur est fort probablement transdiagnostique, ce qui signifie qu’elle est observée chez des personnes souffrant de multiples troubles, mentionne le Pr Radomsky. Mais l’objet de leur crainte de perte de contrôle et les conséquences possibles varient bien sûr d’une personne à l’autre. »

L’auteur, un membre principal du Centre de recherche clinique en santé, espère que l’article suscitera suffisamment d’intérêt pour que de nouvelles recherches soient menées et utilisées en milieux cliniques par la suite.

Une peur liée à plusieurs troubles

Le Pr Radomsky a commencé à s’intéresser à l’idée après avoir décelé cette peur de perdre le contrôle chez plusieurs de ses patients. En tant que thérapeute cognitivocomportemental, il traite des personnes souffrant de phobie sociale, de TOC, de trouble panique et d’autres troubles.

Il affirme que pour les personnes qu’il soigne, la perte de contrôle ne ressort pas nécessairement comme une préoccupation majeure. Celles-ci lui font plutôt part de leur peur de se ridiculiser en public ou de perdre le contrôle de leur esprit ou de leur corps et de leurs fonctions corporelles. D’autres expriment la peur de perdre le contrôle de leurs biens ou de ce qui se passe autour d’elles.

« Cette peur peut être sous-jacente à celles pour lesquelles les gens viennent consulter », estime-t-il.

Afin d’évaluer les niveaux de peur que ses patients manifestent, le Pr Radomsky et ses étudiantes et étudiants s’appuient sur des techniques faisant appel à des axes de recherche précis, expérimentaux et fondés sur des questionnaires et des entrevues.

« Il s’agit de stratégies que nous employons en thérapie cognitivocomportementale pour aider les gens à aborder leur peur de perdre le contrôle autrement et à agir différemment, explique-t-il. Ces travaux nous permettront d’explorer dans quelle mesure nous pouvons développer cela. »

Le Pr Radomsky indique que le fait de demander aux gens d’essayer de perdre le contrôle les laisse souvent perplexes et les amène à s’interroger sur la façon dont la perte de contrôle fonctionne.

« Si ces personnes ne peuvent pas perdre le contrôle lorsqu’elles essaient de le faire, c’est peut-être simplement parce que ça ne fonctionne pas comme ça, avance-t-il. Peut-être que le contrôle n’est pas quelque chose qui doit être recherché, car il est déjà présent. »

Réflexion attentive

D’après les hypothèses d’Adam Radomsky, ce que de nombreuses personnes appellent les pertes de contrôle sont en fait différentes façons d’envisager des décisions passées : il se peut qu’il soit plus facile pour certaines personnes d’appeler « pertes de contrôle » de mauvaises décisions prises de façon impulsive. Sur le plan scientifique, la question reste ouverte.

« Les gens disent souvent “j’ai perdu mon sang-froid” ou “j’étais ivre et j’ai dit quelque chose que je regrette”. Mais lorsqu’on examine la situation de plus près, ce que les gens expriment réellement, c’est souvent qu’ils voulaient agir de cette façon sur le coup. Peut-on considérer cela comme une perte de contrôle? Je pense que parfois, c’est plutôt être en contrôle, puis réaliser par la suite qu’on a commis une erreur, peut-être en ne réfléchissant pas sérieusement aux conséquences de nos actions. »

Le Pr Radomsky fait remarquer que cette approche a également des incidences cliniques. Si un thérapeute comprend mieux ce qui motive les choix d’un patient, il pourra l’aider à en faire de meilleurs à l’avenir.

« Je pense que cela correspond bien mieux à notre mission que d’essayer d’aider les gens à garder le contrôle, ce qui pourrait s’avérer contre-productif. Chercher sans cesse à garder le contrôle vous causera sans doute plus de problèmes que de vous concentrer sur d’autres choses. »

Ce travail a été soutenu par une subvention Insight du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.

Lisez l’article cité : « The fear of losing control ».



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