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Un projet de journalisme de Concordia à Inukjuak explore le premier barrage hydroélectrique dans la région arctique du Québec

Aphrodite Salas se rend dans le nord avec ses étudiants pour apprendre directement auprès des leaders inuits en énergie propre.
21 avril 2022
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Eric Atagotaaluk accorde une entrevue à Kaaria Quash, étudiante aux cycles supérieurs de Concordia. | Photos : Aphrodite Salas

Aphrodite Salas (M.A. 1999), professeure adjointe de journalisme de la Faculté des arts et des sciences de Concordia, s’est rendue à Inukjuak avec ses étudiantes et étudiants en novembre, dans le cadre d’un projet concerté pour découvrir le premier barrage hydroélectrique de la région arctique du Québec.

« Mon travail consiste à apprendre le journalisme à mes étudiants, mais les membres de la communauté nous en apprennent tellement plus », explique Mme Salas, qui est également directrice du programme de diplôme de 2e cycle du Département de journalisme.

« C’est une expérience qui demande beaucoup de réflexion, notamment sur les effets désastreux du colonialisme, sur les représentations autochtones historiquement racistes et stéréotypées dans les médias de masse canadiens et sur notre rôle futur de journaliste. »

Les étudiants se préparent à ce voyage dans la communauté inuit d’Inukjuak depuis deux ans. Avant leur départ, ils ont reçu une formation de l’organisme Journalistes pour les droits humains (JDH). JDH a invité Willow Fiddler, journaliste du Globe and Mail, à expliquer aux étudiants la façon de présenter leur reportage aux communautés autochtones en tant que journalistes allochtones.

Les étudiants ont pris connaissance du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada et de ses appels à l’action relatifs au journalisme, se sont renseignés sur l’histoire d’Inukjuak et les répercussions du colonialisme au Nunavik et ont réfléchi à leur prise de position et à leurs points de vue en matière de médias et de réconciliation.

« L’histoire d’Inukjuak est impressionnante en elle-même, affirme la professeure Salas. On y retrouve des leaders de l’énergie propre, et c’est un privilège que de travailler avec eux pour aider des étudiants en journalisme à faire des reportages responsables et collaboratifs sur le sujet. »

De gauche à droite : Aphrodite Salas, Kaaria Quash, Luca Caruso-Moro, Virginie Ann, Eric Atagotaaluk. De gauche à droite : Aphrodite Salas, Kaaria Quash, Luca Caruso-Moro, Virginie Ann, Eric Atagotaaluk.

Un esprit de réciprocité et de confiance

Eric Atagotaaluk, de la Corporation foncière Pituvik, était le lien entre la communauté et les étudiants et a offert à l’équipe une formation spécialisée avant son voyage dans le nord.

« Tout était planifié bien avant leur arrivée dans la communauté, afin qu’ils puissent recueillir un maximum d’information et parler du projet à autant de personnes que possible, explique M. Atagotaaluk.

Je crois que la durée prolongée de leur voyage leur a permis de faire la lumière sur le projet en obtenant tous les renseignements nécessaires auprès des principaux intervenants. Nous avons beaucoup aimé que l’équipe prenne le temps de se renseigner sur notre communauté, le projet et les gens. »

M. Atagotaaluk a raconté une histoire de persévérance et de leadership en matière de climat qui décrit le parcours d’Inukjuak depuis presque 20 ans. Quand la communauté a décidé de délaisser le carburant diesel, elle a étudié plusieurs types d’énergie propre et a conclu que la solution la plus viable était l’hydroélectricité, qui serait générée grâce à la construction du premier barrage dans la région arctique du Québec.

Tommy Palliser, directeur général du Nunavik Marine Region Wildlife Board, accorde une entrevue à l’équipe d’étudiants de Concordia. Tommy Palliser, directeur général du Nunavik Marine Region Wildlife Board, accorde une entrevue à l’équipe d’étudiants de Concordia.

La communauté a collaboré avec Innergex, une entreprise de production d’énergie propre du Québec, pour mettre le projet sur pied. Leur objectif était de générer de l’énergie propre et des revenus pour offrir à la région des occasions de développement à long terme.

Aphrodite Salas et ses étudiants réaliseront un documentaire sur le leadership en matière de climat à Inukjuak, qui sera publié sur le site Web de CTV Montreal ce printemps, ainsi que des articles multimédias mettant en vedette différents aspects du récit. Ce processus collaboratif repose sur la consultation des membres de la communauté.

« C’est l’histoire d’une communauté qui veut se tenir debout, moins dépendre de l’aide régionale et gouvernementale limitée pour créer des emplois et des services essentiels pour sa population grandissante et participer à la lutte contre les changements climatiques, explique Tommy Palliser (B. Comm. 2003), dirigeant de la communauté et directeur général du Nunavik Marine Region Wildlife Board qui occupera une place prépondérante dans le documentaire.

J’ai beaucoup apprécié la contribution de l’équipe de Concordia et son aide pour présenter nos histoires, nos défis et nos problèmes au reste du Canada. »

Ce projet fait partie des travaux de la professeure Salas sur les formes conciliatoires et collaboratives de journalisme. Cette recherche a vu le jour en 2018, lorsque Mme Salas s’est rendue dans la Première Nation de Gull Bay (Kiashke Zaaging Anishinaabek) avec un petit groupe d’étudiants en journalisme pour produire un documentaire et des articles multimédias sur un projet d’énergie solaire de pointe.

Le soleil se lève sur Inukjuak. Le soleil se lève sur Inukjuak.

Le documentaire a été publié sur le site Web de CTV Montreal et a remporté en 2020 deux prix d’excellence en journalisme électronique de la Radio Television Digital News Association. Aphrodite Salas continue de collaborer avec la Première Nation de Gull Bay (Kiashke Zaaging Anishinaabek) et présentera le documentaire aux chefs de la communauté lors d’une conférence sur les énergies renouvelables dans les communautés éloignées, à Whitehorse, au Yukon, à la fin d’avril.

« La recherche de la professeure Salas offre aux étudiants en journalisme des occasions uniques de se familiariser avec le journalisme mobile, de lutter contre les changements climatiques et de participer à la réconciliation », raconte David Secko, professeur et directeur du Département de journalisme.

Mme Salas compte se rendre dans la communauté métis d’̂Île-à̀-la-Crosse en Saskatchewan au début de l’été et dans la communauté côtière de la Première Nation Heiltsuk en Colombie-Britannique à l’automne. Elle sera accompagnée d’une nouvelle équipe d’étudiants, y compris des étudiants autochtones de Concordia.

« Ce projet est alimenté par un désir d’améliorer les choses, explique Mme Salas. J’espère avoir la chance de continuer à découvrir cette région et d’y travailler pour encore de nombreuses années.

Je crois que ce petit pas vers l’avant nous permet d’approfondir les partenariats entre les peuples autochtones et non autochtones dans un esprit de réciprocité et de confiance. »

Des répercussions importantes sur le journalisme au Canada

Kaaria Quash (dipl. 2e cycle 2018), Luca Caruso-Moro et Virginie Ann sont les trois étudiants qui ont accompagné Aphrodite Salas durant le voyage.

M. Quash est un étudiant à la maîtrise dont la thèse porte sur les reportages en matière de changements climatiques dans les communautés autochtones.

« Un des faits saillants du voyage était de pratiquer le journalisme dans un tout nouvel environnement, affirme-t-il. En plus, j’ai maintenant de l’expérience en production de documentaires dans les communautés autochtones, un domaine que je souhaite approfondir plus tard. »

Luca Caruso-Moro est étudiant au baccalauréat en journalisme. Il croit que les efforts de la professeure Salas aident à introduire le journalisme conciliatoire dans les pays où il est nécessaire.

« J’ai été honoré de participer à ce projet, conclut-il. Le travail de Mme Salas m’inspire et je crois qu’il aura des répercussions importantes sur le journalisme au Canada. »


Apprenez-en davantage sur le
Département de journalisme de Concordia.

 

 



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