L’équipe de recherche Concordia-McGill-Université d’Ottawa trouve une corrélation entre la discrimination basée sur la COVID et les problèmes de santé mentale

Deux nouveaux articles évalués par un comité de lecture montrent les conséquences de la stigmatisation liée à la pandémie au Québec
12 mai 2021
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Au Québec, les minorités visibles, les travailleurs de la santé et les jeunes étaient plus à risque de subir de la discrimination liée à la COVID-19 dans la dernière année. Selon une équipe de recherche de l’Université d’Ottawa, de l’Université Concordia et de l’Université McGill, cette discrimination faisait en sorte qu’ils étaient plus susceptibles de présenter des troubles de santé mentale.

L’équipe de recherche a choisi d’étudier la façon dont des facteurs comme le statut socioéconomique et minoritaire des gens, ainsi que la discrimination, la stigmatisation et la santé mentale, influent sur leur compréhension et leur adoption des mesures de santé publique visant à combattre le coronavirus.

L’équipe a reçu une bourse de 70 000 $ de l’Initiative interdisciplinaire en infection et immunité de l’Université McGill en juin 2020 pour poursuivre ces travaux. En mars, elle a publié deux études distinctes évaluées par un comité de lecture dans l’International Journal of Intercultural Relations (IJIR) et BJPsych Open.

L’équipe multidisciplinaire était menée par Cécile Rousseau, professeure à l’Université McGill, directrice de l’équipe Recherche et Action sur les Polarisations Sociales et membre du Centre d’études sur l’apprentissage et la performance.

Elle comptait aussi Vivek Venkatesh, professeur en pratiques inclusives en arts visuels au Département d’éducation artistique de Concordia, et cotitulaire de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents; Jude Mary Cénat, professeure adjointe du Programme en psychologie clinique de l’École de psychologie de l’Université d’Ottawa; Diana Miconi et Rochelle Frounfelker, chercheuses postdoctorales en psychiatrie sociale et transculturelle de McGill; et Zhi Yin Li et Tara Santavicca, diplômées à la maîtrise ès sciences Santé publique de McGill.

« Les premiers rapports de disparité en santé, en taux d’infection et en mortalité dans les communautés culturelles sont arrivés tôt dans la pandémie. En raison de l’urgence, nous avons préparé la proposition rapidement », explique Mme Miconi.

« Le projet visait à mieux comprendre les facteurs de risque et de protection, notamment en santé mentale, pouvant influer sur l’intention de suivre les mesures de distanciation physique. » Nous nous sommes penchés sur les conséquences de la discrimination et de la stigmatisation liées à la COVID en raison des nombreux cas de crimes haineux, dont les personnes d’origine asiatique sont les principales victimes. »

Près de 17 % des répondants ont signalé de la discrimination liée à la COVID

L’article de l’IJIR rapporte les résultats d’un sondage en ligne auprès de plus de 3 200 Québécois, dont 49 % étaient âgés de 18 à 39 ans, 57 % étaient des femmes et la moitié, des minorités visibles. Les chercheuses et chercheurs ont aussi interviewé des leaders communautaires afin de dresser un portrait de l’expérience des réfugiés et des citoyens à faible revenu, et de comprendre d’autres facteurs de risque qui pourraient avoir été négligés dans le sondage.

Les données montrent que 16,58 % des répondants ont vécu de la discrimination liée à la COVID. Les participants, les travailleurs de la santé et les jeunes racisés ont signalé plus de discrimination que les personnes blanches, au chômage et plus âgées.

Bien que les participants plus âgés aient signalé moins de discrimination en général, ils étaient plus à risque d’en subir à l’épicerie et en raison de leur âge.

Mme Miconi note qu’au-delà des espaces publics, près d’un répondant au sondage sur cinq, soit 18 %, a dit avoir vécu de la discrimination liée à la COVID dans un contexte de soins de santé et de services sociaux dans la province.

Liens entre le racisme et la santé mentale

L’article de l’équipe publié dans la revue BJPsych Open précise le lien entre le fait d’avoir subi de la discrimination et d’avoir rapporté soi-même des problèmes de santé mentale, montrant que l’un est un facteur de risque pour l’autre, que l’on soit exposé directement ou indirectement au virus.

Mme Miconi indique que l’ampleur de ces expériences sur la santé mentale était plus importante au sein des communautés noires du Québec.

« La plupart des travailleurs essentiels de la province sont racisés et beaucoup d’entre eux sont noirs », dit-elle, soulignant l’importance de tenir compte de l’histoire de ces communautés ainsi que d’autres facteurs comme le statut socioéconomique et migratoire, l’éducation, et ce qui est accordé aux différentes communautés, et à quel point elles sont protégées au Québec.

Dans ses travaux, l’équipe a recommandé aux gouvernements de recueillir systématiquement des données sur la façon dont la pandémie a affecté les communautés vulnérables et de mettre sur pied des programmes de lutte à la discrimination à l’échelle individuelle, communautaire et sociétale.

Afin de répondre aux signalements de discrimination dans le système de santé et les services sociaux, l’équipe recommande fortement de rehausser le degré de « sécurité culturelle » au sein de ces institutions et de collaborer avec les communautés pour encourager les groupes vulnérables à accéder à ces services.

L’équipe a aussi suggéré que les messages de la santé publique se concentrent sur l’intersection des risques plutôt que sur une seule catégorie démographique comme l’âge ou le statut d’emploi. Certaines de ces recommandations ont été mises en œuvre grâce à une vaste initiative communautaire appelée CoVivre.

Cet été, Mme Rousseau, M. Venkatesh, Mme Miconi, Mme Frounfelker et leur collègue Anna Levinsson entameront un autre projet afin de sonder l’intention des jeunes Canadiens à se faire vacciner dans un contexte de polarisations sociales accrues. L’équipe a reçu une bourse de 240 975 $ des Instituts de recherche en santé du Canada.


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