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Des chercheurs de Concordia évaluent leurs travaux sur l’amélioration du taux d’alphabétisme au Kenya

Au cours d’un récent voyage dans la région de Transmara, des membres du Centre d’études sur l’apprentissage et la performance ont constaté des progrès encourageants
5 juillet 2019
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Pour Philip Abrami, « les compétences fondamentales en littératie représentent le prédicteur le plus important sur le plan de la réussite personnelle ».

En mai, des chercheurs du Centre d’études sur l’apprentissage et la performance (CEAP) de l’Université Concordia se sont rendus dans la région de Transmara, au Kenya. Ils souhaitaient constater d’eux-mêmes le résultat de leurs efforts soutenus pour y réduire l’analphabétisme.

Ils voulaient notamment évaluer les retombées de la Trousse d’apprentissage Plus (« TA+ »). Mise en œuvre dans la région en 2015 par le CEAP, cette suite de programmes pédagogiques fondés sur des données probantes facilite l’enseignement de l’anglais, du français, des mathématiques et d’autres matières.

Jusqu’à présent, le CEAP a équipé 27 écoles primaires kényanes – notamment dans la région de Transmara, au sud-ouest du pays – de la suite logicielle. Aujourd’hui, plus de 3 600 écoliers kényans acquièrent des compétences fondamentales en littératie à l’aide de la TA+ et du logiciel ABRACADABRA.

D’après l’UNESCO, il y a environ 750 millions d’adultes analphabètes dans le monde; parmi eux, 102 millions ont entre 15 et 24 ans. Et selon Philip Abrami, fondateur du CEAP et professeur émérite de sciences de l’éducation à la Faculté des arts et des sciences de l’Université Concordia, encore plus de personnes sont sous-alphabétisées.

« Les compétences fondamentales en littératie représentent le prédicteur le plus important sur le plan de la réussite personnelle, du développement économique et de l’essor national », affirme le Pr Abrami.

« Après avoir développé au Canada des outils favorisant la littératie, nous voulions les offrir gratuitement dans les pays où les besoins sont criants à cet égard », poursuit-il.

Écoles primaires kényanes

Des promoteurs locaux

Depuis 2012, le CEAP collabore au Kenya avec divers organismes associés au Réseau Aga Khan de développement. Voilà quelques années, il a formé un partenariat avec Vision Mondiale Canada et World Vision Kenya afin d’étendre ses activités à la région kényane de Transmara.

Organisation internationale de soutien, de développement et de défense des droits, Vision Mondiale s’est occupée de fournir le matériel technologique – par exemple, des serveurs Raspberry Pi dotés du logiciel mis au point par le CEAP – à des écoles situées dans les zones les plus reculées du Kenya.

Pour sa part, l’équipe du Pr Abrami s’est chargée de la formation des enseignants sur l’utilisation du logiciel et la prestation des activités pédagogiques connexes, et ce, afin d’assurer un déploiement des plus efficaces.

« Bien que présents depuis trois ans dans la région de Transmara, nous avions beaucoup de mal à convaincre les enseignants d’utiliser le logiciel, raconte Anne Wade, gestionnaire au CEAP. Dans la dernière année, notre projet a enfin pris son essor – grâce surtout à l’intervention de promoteurs locaux, qui l’ont fait leur et l’ont porté. »

Elle précise au passage que bon nombre d’enseignants ayant appris à se servir du logiciel ne possédaient pourtant pas de compétences technologiques préalables.

« Ils ont montré tellement de courage dans l’accomplissement de cette tâche, souligne Mme Wade. En plus de familiariser leurs élèves tant avec l’ordinateur qu’avec le logiciel, ce qui représente un double défi, ils doivent de surcroît y parvenir dans un laboratoire fréquenté par une centaine d’apprenants, mais doté d’à peine quinze postes de travail. Ces éducateurs sont donc tenus d’assurer la gestion du groupe-classe parallèlement à la prestation du cours d’alphabétisation. »

Elle rappelle que le CEAP, de concert avec un coordonnateur de Vision Mondiale, a recruté un enseignant du coin pour qu’il serve d’ambassadeur de la TA+ dans cette région isolée. Après avoir adopté la technologie avec beaucoup d’enthousiasme, ce dernier mène des activités de sensibilisation dans d’autres écoles et soutient ses collègues lorsqu’ils s’initient à la TA+.

Selon le Pr Abrami, depuis que le CEAP a obtenu l’adhésion des enseignants kényans, des progrès prometteurs se font voir. Il explique qu’une équipe a compilé les résultats aux examens nationaux d’élèves issus de communautés où le taux de mise en œuvre de la TA+ est particulièrement élevé.

« Nous sommes ravis des excellents résultats que nous y obtenons depuis deux ans », signale-t-il.

Regardez une vidéo de l’équipe du CEAP visitant plusieurs écoles de la région de Transmara, au Kenya, en mai dernier.

Des programmes d’études axés sur les compétences

Leigh Glynn-Finnegan, directrice de création au CEAP, a réalisé une vidéo des visites qu’ont effectuées des représentants de l’organisme dans diverses écoles de la région de Transmara au mois de mai. On y voit notamment Anne Wade et Philip Abrami entourés par des centaines d’écoliers kényans.

« Lorsque nous passions parmi eux, ils s’agglutinaient autour de nous afin de toucher notre peau, relate le Pr Abrami. Ils n’avaient jamais rencontré de personnes blanches auparavant. C’est dire à quel point ces communautés sont isolées. »

La visite de M. Abrami et de Mme Wade de même que la popularité croissante de la TA+ coïncident avec une réforme du programme éducatif kényan. Effectivement, un système axé sur l’acquisition de compétences est mis en place.

« En 1999, le Québec s’est doté d’un tel programme éducatif, indique Anne Wade. Nous avions donc développé nos outils dans l’optique de les employer dans ce cadre. Aujourd’hui, ils s’inscrivent parfaitement dans la réforme en cours au Kenya. »

La TA+ privilégie ce que Mme Wade qualifie d’« approche équilibrée ». De fait, le logiciel de littératie incite les apprenants à développer quatre grandes compétences : l’alphabétique, la lecture, la compréhension de textes et l’écriture.

« Nous avons observé dans les classes kényanes que des enseignants sont parfois incertains de la meilleure façon de transmettre ces quatre compétences », révèle Anne Wade. Par exemple, des éducateurs passent plus de temps à faire la lecture à leurs élèves qu’à développer les compétences alphabétiques fondamentales de ces derniers.

« À l’aide de notre logiciel, nous essayons de fournir aux enseignants un cadre qui leur permet d’aborder systématiquement l’ensemble de ces importantes compétences », conclut-elle.

« Les enfants peuvent accomplir de grandes choses »

Les résultats des écoles où l’initiative jouit d’une forte popularité montrent toute l’influence que peut avoir une méthode de formation.

« L’expérience des enseignants qui exploitent vraiment notre logiciel nous apprend que les cas de piètre rendement relevés dans la région sont étroitement liés à la formule d’enseignement retenue, affirme le Pr Abrami. Ils n’ont rien à voir avec les élèves. »

« Les enfants peuvent accomplir de grandes choses, ajoute-t-il. Nous tirons une leçon cruciale de ce constat. Motivés à pousser plus loin notre projet, nous espérons le lancer dans d’autres régions éloignées. »

Actuellement, la TA+ du CEAP est utilisée dans des écoles à Hong Kong et en Chine, tandis que des projets de recherche suivent leur cours à Nankin et au Hunan. Le CEAP envisage d’étendre ses activités au Rwanda, à la Tanzanie et à l’Ouganda. Enfin, il compte lancer la version française d’ABRACADABRA en Afrique francophone, notamment au Sénégal.


Apprenez-en davantage sur le prix de l’UNESCO qu’a reçu, en 2017, le Centre d’études sur l’apprentissage et la performance pour sa trousse d’apprentissage.



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