The Let Down Reflex
10 juillet – 21 août 2026
Coorganisé par Amber Berson et Juliana Driever, The Let Down Reflex soutient fièrement les artistes-parents et les gardien·ne·s, ainsi que leur participation professionnelle au monde de l'art. S'appuyant sur dix années, LDR crée une présence radicale pour les familles dans des espaces où elles sont généralement absentes, en plaçant le soin et la défense de leurs intérêts au cœur de son organisation et de son cadre conceptuel.
Événements
Artistes
Texte d'exposition
The Let Down Reflex (LDR) est un projet de recherche en continuité, coorganisé par Amber Berson et Juliana Driever, qui soutient fièrement les artistes-parents et les gardien·ne·s, ainsi que leur participation professionnelle au monde de l'art. S'appuyant sur dix années, de recherche, de création, de conversations, d’amitié et de connexions créatives, LDR crée une présence radicale pour les familles dans des espaces où elles sont généralement absentes, en plaçant le soin et la défense de leurs intérêts au cœur de son organisation et de son cadre conceptuel.
Dix ans après sa première itération, cette exposition revient sur les questions et les gestes que LDR a ouverts, afin de créer un espace de réflexion autour de l’évolution des besoins et des désirs, non seulement chez les parents, mais également au sein d’un public plus large. Et ce, dans le but de construire une compréhension partagée des enjeux auxquels sont confronté·e·s les artistes-parents. Tirant son titre du réflexe physiologique involontaire qui déclenche la production de lait chez les personnes allaitantes, The Let Down Reflex [réflexe d’éjection du lait] revêt également un double sens critique : celui d’une tendance structurelle à abandonner les parents — et plus particulièrement les mères — au sein des conditions de travail précaires et inégalitaires qui caractérisent le monde de l’art.
Lorsque nous avons débuté ce partenariat commissarial il y a plus de dix ans, nos enfants étaient soit très jeunes, soit encore bébés. Maintenant, l’un·e entre à l’université tandis qu’un·e autre commence le secondaire. Nos familles ont elles aussi évolué, et nous avons renégocié et élargi nos conceptions du soin et des responsabilités partagées envers les enfants, les parents et nous-mêmes. Cet anniversaire constitue l’occasion de revenir sur ce travail de longue haleine, porté par l’engagement et l’affection, dont les répercussions ont été profondes pour nous-mêmes, nos expériences de parentalité, nos relations et les artistes qui nous entourent. Nous faisons le point sur les avancées réalisées et les défis qui demeurent, tout en continuant d’ouvrir un espace discursif permettant d’imaginer collectivement des futurs plus justes.
Si la dernière décennie a vu émerger plusieurs avancées importantes en faveur des artistes-parents et d’accès aux opportunités professionnelles dans le milieu des arts, nous avons constaté une sorte de scénario « deux pas en avant, deux pas en arrière », dans lequel un recul se produit et l'élan initial s'essouffle. Nous avons rédigé une demande de subvention pour cette exposition sans immédiatement nous interroger sur la nécessité d’un service de garde — sans doute parce que nos propres enfants n’en ont plus besoin et que cette réalité n’occupait plus une place centrale dans notre quotidien. Si nous-mêmes, en tant que chercheuses engagées dans les questions d’accessibilité pour les familles, avons pu l’oublier si facilement, cela démontre à quel point ces conversations doivent être réactivées régulièrement et nourries par de nouvelles voix capables de mettre en lumière des besoins émergents.
Cette exposition est conçue dans un contexte postpandémique et au sein d’un paysage géopolitique profondément transformé. La pandémie a placé au premier plan l’équilibre fragile entre les responsabilités familiales et la vie professionnelle. Aux États-Unis, l’annulation en 2022 de l’arrêt Roe v. Wade, qui garantissait un droit constitutionnel fédéral à l’avortement, a entraîné des conditions de plus en plus orwelliennes pour les personnes qui enfantent. Alors que nous avons constaté une augmentation des mesures de soutien aux artistes-parents — notamment sous la forme d’expositions, de résidences et de programmes de financement — à la suite de la première édition de The Let Down Reflex en 2016, nous avons également observé que le monde de l’art demeure un système largement structuré par des logiques économiques — souvent impulsées par les collectionneur·euse·s, les galeristes et le marché — qui passe rapidement à d’autres thèmes jugés « de rigueur ». Les acteur·rice·s du milieu, à moins de bénéficier de privilèges financiers, familiaux ou culturels, se retrouvent encore fréquemment contraint·e·s d’improviser eux·elles-mêmes les conditions de leur participation.
La défense des personnes assumant des responsabilités de soin constitue le cœur conceptuel de ce projet. Comme tout travail ancré dans une communauté, celui-ci exige un engagement soutenu afin de transformer durablement les cadres institutionnels et les normes professionnelles. Pour nous, certaines des dimensions les plus fécondes de cette démarche résident dans les détails du quotidien : négocier les contraintes liées aux assurances, identifier des organismes subventionnaires disposés à financer des services de garde, réfléchir à l’accueil des poussettes ou encore prévoir des espaces calmes où une personne allaitante peut nourrir son enfant. Nous envisageons ces démarches comme des gestes de soin curatorial, soutenant une vision de la culture qui reconnaît la diversité des réalités vécues et favorise des conditions de participation plus inclusives et plus authentiques.
Cette itération de The Let Down Reflex réunit les œuvres de dix artistes et penseur·euse·s issu·e·s de contextes internationaux. Home Affairs perturbe les représentations conventionnelles de la maternité en mettant en lumière les défis auxquels sont confrontées les mères en tant que productrices culturelles. Jacqueline Hoàng Nguyên explore les précédents historiques des appels à l’action féministes. Leisure (Meredith Carruthers et Susannah Wesley) invite les enfants à participer en tant que collaborateur·rice·s. Lise Haller Baggesen s’intéresse à ce qu’elle nomme « le vide en forme de mère dans le discours de l’art contemporain ». La vidéo de LoVid prend la forme d’une lettre d’amour adressée à toutes celles et ceux qui ont rendu possible l’expérience d’être artiste-parent. Dillon de Give, avec les interprètes Ansona, Claire, Magdalena, et Celeste présente des versions théâtralisées des routines et des difficultés entourant le coucher dans leurs familles. La pièce de Rachel Kauder Nalebuff — produite avec Caitlin O’Connell et mettant en scène Luiza Dale, Hope Kronman et Emma Zakes Green — explore les questions de transmission intergénérationnelle et la possibilité de créer des liens entre inconnu·e·s. Enfin, les artistes et autrices Shani K Parsons et Kerri-Lynn Reeves contribuent des textes originaux qui reviennent sur l’histoire collective de LDR.
Alors que nous approchons du dixième anniversaire de cette réflexion collaborative sur la parentalité et l’accès au milieu des arts, nous sommes enthousiastes à l’idée de partager cet espace avec de nouvelles voix. Cet anniversaire ne marque pas la fin de notre engagement envers ce projet ; il affirme plutôt que l’écho de son influence et la richesse des enjeux qu’il soulève demeurent non seulement pertinents, mais urgents. Les besoins exprimés dans cette exposition ne suffisent pas à eux seuls à construire la communauté juste, solidaire et florissante que nous souhaitons pour les artistes : cela requiert votre engagement ainsi que celui de nombreuses autres personnes. The Let Down Reflex est une invitation à faire évoluer la conversation, à approfondir nos engagements collectifs et à placer le soin, l’interdépendance et l’imagination de futurs plus inclusifs au cœur du monde de l’art.
À propos des commissaires
Amber Berson est autrice, commissaire et historienne de l’art. Elle est titulaire d’un doctorat de l’Université Queen’s, où ses recherches financées par le CRSH portaient sur la culture des centres d’artistes autogérés et les imaginaires utopiques féministes. Parmi ses projets curatoriaux figurent Educating Our Desires (2024, avec Felicity Tayler), Souper Spaghetti (2020, avec Manon Tourigny), Utopia as Method (2018) et World Cup! (2018). Depuis 2016, elle codéveloppe également, avec Juliana Driever, les différentes itérations de The Let Down Reflex. Amber Berson a été codirectrice d’Art+Feminism et a occupé le poste de Wikipédienne en résidence à l’Université Concordia en 2019-2020. Elle est actuellement directrice générale du Centre des arts visuels de Montréal et mère monoparentale de deux filles.
Juliana Driever est commissaire et autrice. Sa pratique s’intéresse aux démarches collaboratives, à l’espace public et à la spécificité des lieux. Son travail vise à favoriser une plus grande équité pour les pratiques artistiques et les idées qui se développent en marge des récits dominants. Son projet le plus marquant, The Let Down Reflex, réalisé en collaboration avec Amber Berson, se déploie depuis 2016 sous la forme d’expositions, de textes et d’événements publics. Ses écrits ont été publiés par A Blade of Grass Foundation et Bad at Sports, dans l’ouvrage collectif Service Media: Is it “Public Art” or Art in Public Space?, ainsi que dans plusieurs catalogues d’exposition. Elle est mère monoparentale d’un enfant de dix-huit ans.
Reconnaissances
- Reflections on The Let Down Reflex, College Art Association Conference; New York, NY (2017)
The Let Down Reflex: Art, Labor, and Parenthood, North American Labor History Conference, Wayne State University; Detroit, MI (2017)
Reflections on The Let Down Reflex, Minneapolis Institute of Art, Minneapolis, MN (2017) [Link]
Caregiver Advocacy Roundtable, EFA Project Space; New York, NY (2019)
The Let Down Reflex, M/Other Voices Residency in three parts, 2016. [Link]
“The Let Down Reflex”, Le Merle vol, 4, no. 1, Fall 2017. [Link]
“The Let Down Reflex: Addressing the Spaces of Art, Labor, and Parenthood”, Inappropriate Bodies: Art, Design, and Maternity, Rachel Epp Buller and Charles Reeve, eds., Demeter Press, 2019.
- Cevan Castle
Home Affairs (Arzu Ozkal, Claudia Costa Pederson et Nanette Yannuzzi)
Leisure (Meredith Carruthers et Susannah Wesley)
LoVid
Jacqueline Hoàng Nguyễn
Shani K Parsons
Kerri-Lynn Reeves
Cultural Reproducers et Christa Donner
Mothra
Creative Capital et Andrew Simonet
Marissa Jahn
Boo Radley
Maiko Tanaka
Équipe commissarial
EFA Project Space: Michelle Levy, Meghana Karnick
Agnes Etherington: Sunny Kerr
Blackwood Gallery: Christine Shaw, Petrina Ng, Alison Cooley, Jayne Wilkinson
By My Own Admission, par Dillon de Give
Performeur·euses, 2017: Jenn Goodwin, Mitchell Akiyama, Allison Cummings, Brette Gabel, Alex Sadvari
Production of a Routine, par Dillon de Give
Performeur·euses, 2026: Ansona Ching, Claire Bartleman, Magdalena Olszanowski et Celeste Midori
Les Cycles dirigé par Rachel Kauder Nalebuff et Caitlin O’Connell
Performeur·euses, 2026: Luiza Dale, Hope Kronman et Emma Zakes Green
The Let Down Reflex a été possible grâce au soutien de :