Shaya Ishaq file des fibres pour en faire de riches tapisseries témoignant de notre passé et de notre présent

L’artiste bénéficie d’une bourse de recherche du Bureau des perspectives noires qui réaffirme la nécessité des pratiques intergénérationnelles et afrofuturistes
29 novembre 2021
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Par James Roach

Shaya Ishaq  | © l’Université Concordia, photo par Lisa Graves Shaya Ishaq | © l’Université Concordia, photo par Lisa Graves

Originaire d’Ottawa, Shaya Ishaq, artiste interdisciplinaire et étudiante du programme de premier cycle en Fibres et pratiques matérielles de l’Université Concordia, est la première lauréate d’une bourse de recherche décernée par le Bureau des perspectives noires.

« La candidature de Shaya Ishaq nous a rappelé nos origines et la direction dans laquelle nous souhaitons évoluer, souligne Annick Maugile Flavien, gestionnaire et coordonnatrice fondatrice du Bureau des perspectives noires. Sa capacité à mobiliser la communauté grâce sa pratique artistique est un don qui doit être valorisé et encouragé. Nous sommes privilégiés d’accueillir Mme Ishaq à titre de chercheuse boursière. Par son travail, elle incarne vraiment les valeurs de notre bureau, et nous sommes ravis de pouvoir contribuer à son succès. »

Shaya Ishaq est également chercheuse boursière au pôle de recherche sur les textiles et la matérialité de l’Institut Milieux de recherche en arts, culture et technologie de Concordia.

Comment en êtes-vous arrivée à cette étape dans votre parcours artistique?

Shaya Ishaq : En plus de m’investir pleinement dans ma pratique artistique depuis des années, je cultive une profonde curiosité et un grand émerveillement à l’égard du médium avec lequel je travaille. Je me passionne pour les textiles et leur capacité à raconter et à immortaliser des histoires. Ce médium influence réellement la façon dont je vois le monde qui m’entoure et, lorsqu’on y regarde de plus près, offre également une perspective unique sur l’histoire et l’actualité.

Au fil des ans, j’ai pu trouver et affiner ma voix créative, et je suis incroyablement reconnaissante de mes années d’études à Concordia, au sein de la Haystack Mountain School of Crafts, et des résidences de formation enrichissantes que j’ai effectuées dans les Maritimes. Ces expériences ont façonné mon parcours et m’ont permis de cheminer jusqu’ici.

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Qu’est-ce qui vous inspire et vous pousse à la création?

S.I. : Le monde qui m’entoure suscite chez moi le besoin de créer pour exprimer mes réactions à des expériences vécues et, parfois, à des questions structurales d’actualité.

Le langage est un outil très puissant qui peut nous former, nous détruire, nous lier ou nous diviser, et je m’intéresse à l’étendue de sa portée. Je m’inspire de la subjectivité et de la réalité humaine propres aux expériences liminaires. Les politiques concernant l’espace et les relations que nous entretenons avec les autres dans celui-ci sont des thèmes qui m’inspirent également.

Quels sont les matériaux qui vous attirent le plus et pourquoi?

S.I. : Je suis particulièrement attirée par le fil de coton. Je l’utilise comme matériau principal dans le tissage de trames, car il est solide et stable. Ces temps-ci, je m’intéresse également à la corde de coton, que j’ai incorporée dans mes expériences en studio en association avec la céramique, les fibres et les vêtements.

Un autre matériau qui m’attire est la laine cardée. J’aime la façon dont sa texture peut se transformer complètement grâce à une technique fascinante appelée feutrage humide.

Mon cœur est à jamais lié à l’argile, parce que le simple fait de la tenir dans la main me donne l’impression d’être enracinée. Il faut comprendre ses saisons et ses propriétés pour la manipuler au mieux. Tous les matériaux nécessitent que je leur accorde une attention spéciale.

Comment l’afrofuturisme et l’exploration des aspects psychologiques des rites de passage prennent-ils vie dans votre travail?

S.I. : L’afrofuturisme est pour moi un tremplin pour la réflexion conceptuelle et la construction du monde. Le travail réalisé par certaines écrivains et artistes telles que Rasheedah Phillips et Camae Ayewa à propos du temps est ce qui m’inspire le plus dans mon travail actuel.

Je m’intéresse également aux concepts liés à la temporalité élaborés par Neema Githere, théoricienne afroprésentiste.

Dans le travail que je poursuis cette année, les thèmes du deuil et de nos liens avec les gens que nous avons perdus à travers l’espace-temps sont au cœur de mes explorations. La mort et le deuil sont des rites de passage qui nous affectent tous. En utilisant le tissage comme méthodologie, j’explore comment le temps s’effondre lorsque nous sommes frappés par des vagues de perte.

J’ai eu recours à la structure du double tissage (le fait de pouvoir tisser deux pièces de tissu à la fois) pour réfléchir à de multiples plans temporels, au courage et à la difficulté d’aller de l’avant après un deuil.

Sentez-vous un intérêt accru pour le travail des artistes visuels noirs? Quels défis devez-vous encore relever?

S.I. : Je constate que de plus grands efforts sont déployés pour soutenir financièrement le travail des artistes visuels noirs, et qu’il existe davantage de subventions et de bourses comme celle-ci. L’intérêt pourrait s’émousser avec le temps, mais comment pouvons-nous vraiment soutenir et promouvoir le travail des artistes visuels noirs de manière durable au-delà de ce moment culturel?

Un défi mental auquel je dois faire face, même à une époque où l’intérêt semble plus grand, concerne la mentalité de pénurie. J’ose croire qu’au-delà de ce moment dans le temps, ce soutien existera également pour les générations futures. Cultiver une mentalité d’abondance est la clé pour s’opposer à cette façon de penser.

Pouvez-vous nous parler de l’importance que revêt votre bourse de recherche du Bureau des perspectives noires dans votre pratique?

S.I. : Il m’a fallu longtemps pour trouver l’endroit qui me convient pour poursuivre mes études et, au cours des dernières années, j’ai beaucoup progressé au sein de mon programme de fibres et pratiques matérielles.

Je suis très reconnaissante de bénéficier du soutien du Bureau des perspectives noires. En effet, je trouve extraordinaire de voir que mes recherches sont reconnues dans un contexte interdisciplinaire et de disposer de ressources pour développer mon potentiel au-delà du cadre de mon département.

Quels sont vos projets?

S.I. : Après cette année universitaire, je préparerai des présentations publiques pour faire connaître mes nouveaux travaux en 2022. Je continuerai également à développer un projet en cours, Library of Infinities, qui prendra davantage la forme d’un projet d’exposition.


Une source d’énergie et d’inspiration pour l’atteinte d’un but commun

Annick Maugile Flavien voit un lien important entre la pratique artistique de Shaya Ishaq et l’intention qui sous-tend les bourses de recherche du Bureau des perspectives noires.

« La narration est l’une des plus anciennes formes de résistance et d’affirmation des Noirs », explique Mme Maugile Flavien, qui a également étudié la narration comme outil d’exploration et de transmission du savoir de la communauté noire dans sa propre pratique créative et collaborative.

« Cette pratique transcende la forme, le temps, le lieu et l’espace, ce qui a permis à nos communautés de pérenniser notre présence et de façonner des avenirs affranchis de toute limitation quant aux possibilités. »

« Cette pratique est essentielle pour favoriser notre sens collectif de la communauté et de la réciprocité. La narration noire fonctionne comme un appel et une réponse : la narration est censée nous pousser à l’action. C’est ce qui nous a amenés à soutenir le travail de Shaya Ishaq. En examinant sa candidature, notre comité s’est trouvé redynamisé, inspiré par ce cheminement vers notre objectif commun. »


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Shaya Ishaq et le Bureau des perspectives noires.
 



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