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Opinion: Comment bâtir une société innovatrice? En prêchant par l’exemple

Xavier Henri-Hervé : un gouvernement engagé à une adoption rapide fait plus que de verser des subventions et émettre des bons de commande « limités »
25 octobre 2021
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Par Xavier Henri-Hervé

Portrait of a man with a beard wearing a blazer. Xavier-Henri Hervé est le cofondateur et le directeur général du Centre d’innovation et d’entrepreneuriat District 3 et le cofondateur de V1 Studio.

Il est de plus en plus évident que la technologie et l’innovation sont maintenant des forces décisives de l’influence et du changement à travers le monde. Les manchettes en parlent partout : l’entrevue de Reuters avec l’ancien chef des logiciels du Pentagone déclare que « la Chine a remporté la bataille de l’intelligence artificielle contre les États-Unis », tandis que la dernière controverse liée à Facebook a poussé le New York Times à soutenir que : « La bataille du tabac sert d’exemple alors que la technologie fait défaut. » La technologie et l’innovation ne sont désormais plus des secteurs indépendants des politiques gouvernementales – leur influence se fait sentir dans chaque aspect de nos vies. 

Quelle est la position du Canada? La société et les entreprises canadiennes sont de nature prudente. Les petites ou moyennes entreprises (environ 97 % du produit intérieur brut du Canada) sont en fait réticentes à adopter des innovations issues de jeunes entreprises en technologie. Notre gouvernement doit agir comme catalyseur afin d’encourager l’enracinement d’une culture d’innovation dans l’identité nationale.

Le Parti libéral a proposé la création d’un organisme canadien de recherche d’avant-garde durant les élections, ce qui est un important pas vers l’avant. Nous pouvons nous pencher sur d’autres réussites pour nous inspirer. La Chine est devenue le principal acteur mondial de la fabrication photovoltaïque au cours des années 2010, grâce à l’aide essentielle de subventions gouvernementales. De plus, la technologie sur laquelle se basent le GPS et Siri a été mise au point par la Defense Advanced Research Projects Agency, un organisme gouvernemental américain. Notre gouvernement doit s’inspirer de ces exemples et devenir un pionnier de l’innovation.

Certains peuvent penser que le gouvernement agit dans son intérêt à accélérer le développement des technologies en accord avec son propre programme. Bien que ça reste plausible, les avantages de l’accélération de l’innovation par le gouvernement l’emportent grandement sur les risques. Dans son livre, L’État entrepreneur : pour en finir avec l’opposition public-privé, l’auteure Mariana Mazzucato présente une série d’études de cas, allant des biotechnologies aux technologies vertes. Elle montre comment le secteur privé adopte de nouvelles technologies seulement après que l’État a d’abord réalisé un investissement à haut risque. Elle affirme que l’État a non seulement réparé les défaillances du marché, mais qu’il a aussi façonné et créé des marchés de manière active.

Un élément clé dans nos recherches actuelles à V1 Studio, un promoteur entrepreneurial associé à l’Université Concordia, est de faire passer les innovations canadiennes du laboratoire au marché. Inspiré par le programme Runway de l’Université Cornell, le Programme d’entrepreneuriat scientifique offre la structure et le soutien nécessaires aux titulaires canadiens de doctorat dans leur transition en dehors du laboratoire, pour faire une différence dans la communauté. 

En tant qu’acteurs dans l’écosystème, nous côtoyons le potentiel chaque jour. Notre société possède une diversité. Elle ne se définit pas à travers une vision unique et elle est enrichie par le potentiel des immigrants. Le talent et les établissements d’enseignement constituent déjà des piliers dans ce mélange qu’est l’innovation. Comment cela peut-il concrètement se refléter dans la société par une adoption de l’innovation plus rapide et plus importante? Quel est le rôle du gouvernement dans cet enjeu?

Au cours des dix dernières années, la plupart des réussites dans le monde numérique – en grande partie dans le domaine du logiciel-service – sont basées sur des plateformes qui favorisent une adoption rapide par leur nature. Même si le logiciel-service est un modèle valide, nous devons ouvrir davantage les portes de l’innovation aux autres secteurs d’envergure dont seul le gouvernement peut s’occuper, comme la bioéconomie. Le gouvernement détient un rôle essentiel dans l’atteinte de cet objectif, en achetant les innovations et en les déployant sans attendre.

L’entreprise en démarrage Cann Forecast, qui a été propulsée par l’incubateur de Concordia, en est un exemple. Elle tire profit de l’intelligence artificielle pour une gestion intelligente de l’eau jusque sur le marché. Pendant une année entière, l’équipe s’est soumise, et a heureusement survécu, à un processus complexe pour conclure leurs premiers contrats avec différentes organisations gouvernementales. D’une part, il est considérable que le gouvernement ait été l’un des premiers à adopter cette technologie. D’autre part, les entreprises rencontrent d’énormes obstacles en développant leur commercialisation autour des organisations gouvernementales, étant donné le court cycle économique des jeunes entreprises dans le domaine des sciences.

Être un chef de file actif dans le cycle économique de l’innovation comporte plusieurs éléments et demande une grande communication. Un gouvernement engagé à une adoption rapide fait plus que de verser des subventions et émettre des bons de commande « limités ». Tout comme l’ont fait d’autres pays maîtres de l’économie de l’innovation, notre gouvernement doit cultiver – réinventer – une culture d’agilité en accélérant les processus bureaucratiques et en éliminant la résistance au changement propre aux grandes institutions.

Comment bâtir une société innovatrice? En prêchant par l’exemple. 

Ce texte a été initialement publié dans le Hill Times.

Xavier-Henri Hervé est le cofondateur et le directeur général du Centre d’innovation et d’entrepreneuriat District 3 et le cofondateur de V1 Studio, tous deux basés à l’Université Concordia, à Montréal.



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