La chercheuse engagée de Concordia Trish Osler s’intéresse à l’inspiration dans la pensée créative

La doctorante en éducation artistique établit des liens entre les neurosciences de la créativité et la pédagogie artistique
22 octobre 2021
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Trish Osler : « Stimuler la créativité pourrait transformer notre façon d’enseigner à l’avenir. »

Que se passe-t-il dans le cerveau lors d’un éclair de génie? Comment se matérialisent les idées et d’où viennent-elles?

Tel est l’objet des travaux de recherche de Trish Osler : les origines de l’inspiration créative et la méthode utilisée par les éducateurs pour aider les apprenants à établir des liens essentiels au moyen de pratiques artistiques.

« Je suis constamment inspirée par l’acte de création, mais ce moment magique lorsqu’une idée brillante se matérialise est insaisissable, observe-t-elle. Je veux découvrir ce qui peut augmenter les chances que l’inspiration se produise. Stimuler la créativité pourrait changer notre façon d’enseigner à l’avenir. »

Trish Osler est doctorante en éducation artistique et directrice de la recherche universitaire à l’initiative Convergence. Elle a collaboré avec le Musée des beaux-arts de Montréal et codirige actuellement deux ouvrages sur la formation muséale.

« Les humains naissent pour imaginer. Nous sommes tous capables, en raison de notre nature, de penser de manière créative. »

Peut-on dire que vos recherches visent à faciliter l’expression créative?

Trish Osler : Oui. En tant qu’artiste et éducatrice, je suis fascinée par la façon dont nos esprits créatifs et critiques abordent un sujet. Ce qui fait jaillir une idée chez une personne peut passer inaperçu chez une autre. J’étudie la manière de transposer les connaissances des artistes et des neuroscientifiques sur la créativité afin de faciliter l’accès à cet éclair de génie.

L’inspiration peut mener à l’innovation, mais ce procédé semble souvent insaisissable. Comment se fait-il que certaines personnes semblent étonnamment créatives alors que d’autres prétendent ne pas l’être? En fait, les humains naissent pour imaginer. Nous sommes tous capables, en raison de notre nature, de penser de manière créative.

Vous affirmez qu’il n’y a jamais eu de moment aussi crucial pour la résolution de problèmes et la recherche de solutions. Pourquoi, à votre avis?

T. O. : Dans certains domaines, par exemple celui de la productivité humaine, il est possible de réaliser des progrès grâce à de petites améliorations, mais certains défis mondiaux liés à l’environnement, à la justice sociale à l’éducation et au rôle de l’art dans la société nécessitent des bouleversements considérables en termes de pensée et de sentiments afin de provoquer une différence significative. La crise climatique représente un véritable péril et exige de toute évidence des innovations importantes.

Il y a lieu d’être optimiste. La pensée créative nous a permis de participer à la résolution de certains des défis les plus importants de la société. La récente pandémie mondiale a posé un immense défi étant donné le manque initial d’information. Il était nécessaire de trouver rapidement des solutions créatives pour s’attaquer à ce problème sur le plan scientifique et social. Dans un autre ordre d’idées, l’accès aux arts s’est fait presque exclusivement en ligne, ce qui a obligé les artistes du spectacle à créer de nouveaux moyens pour diffuser leur travail.

Parlez-nous un peu des « neurosciences de la créativité ». Quelles sont certaines des caractéristiques scientifiquement observables du cerveau créatif?

T. O. : La créativité implique plusieurs processus cognitifs, voies neurales et émotions. Le cerveau fonctionne comme un ensemble de réseaux qui collaborent pour produire et évaluer de nouvelles idées afin d’arriver à ce que nous appelons un éclair de génie, une épiphanie en quelque sorte. 

Si une idée éveille les trois réseaux de votre cerveau, de la dopamine est libérée dans le centre de récompense, ce qui nous donne ce sentiment de réussite. Cet événement en apparence instantané est en fait une combinaison d’idées ou de questions présentes dans la mémoire à long terme, abordées d’une manière nouvelle.

Cela signifie que l’inspiration ne tombe pas du ciel. Il s’agit souvent d’une réponse à une question de longue date mise en veilleuse par votre cerveau, en attente du bon partenaire de danse.

Comment la perturbation peut-elle stimuler la créativité?

T. O. : Les activités d’apprentissage dites « perturbatrices » peuvent inciter les scientifiques et les artistes à penser différemment. Le fait de considérer des éléments nouveaux sans lien apparent pour résoudre un problème peut entraîner un changement de perspective qui permet l’émergence de nouvelles solutions. Les collaborations entre l’art et la science, par exemple l’initiative Convergence, offrent un forum permettant de briser les schémas de pensée conventionnels et d’explorer conjointement les processus créatifs.

Les scientifiques pensent comme des artistes et découvrent la possibilité d’utiliser des métaphores visuelles et d’autres méthodes artistiques pour modifier leur approche à l’égard d’idées complexes. Les artistes, à la lumière des résultats des neurosciences, découvrent des moyens de perturber leur processus de création. Il est important d’être persévérant et de garder l’esprit ouvert. Ne rejetez pas systématiquement les solutions bizarres. Laissez votre esprit vagabonder et jouer avec les idées.

Parlez-nous un peu de votre travail avec le Musée des beaux-arts de Montréal.

T. O. : En collaboration avec le laboratoire d’innovation du musée, j’ai travaillé sur des technologies interactives dans un espace muséal extérieur éloigné, les Jardins de Métis. Le projet visait initialement à développer une application, mais il a évolué vers une installation interactive sur place. J’ai trouvé fascinant d’observer l’évolution du processus créatif au sein de l’équipe tout au long de la sélection et du test du prototype numérique.

Quelles sont vos prochaines étapes?

T. O. : Dans le cadre du projet Artful Xchanges, je codirige deux livres sur l’éducation muséale, l’un axé sur le Canada et l’autre de portée internationale. Les défis actuels et futurs de la programmation muséale reposent sur des notions aussi variées que la conservation, l’éducation, la voix, le choix et l’inclusion des groupes sous-représentés.

À titre personnel, je suis ravie de poursuivre l’analyse des données acquises dans le cadre de ma thèse et d’en rédiger les résultats. Je vais approfondir mes recherches sur les initiatives art-science à l’échelle internationale afin de mieux comprendre la créativité et l’apprentissage multidisciplinaires. J’espère contribuer de façon constructive à l’exploration de l’état d’esprit créatif et, éventuellement, au changement dans nos méthodes d’enseignement et d’apprentissage.


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