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La surveillance prend de nombreuses formes durant une pandémie, selon un chercheur de Concordia

Martin French nous met en garde contre les risques de violation des droits de la personne par les états, les entreprises, voire les voisins
26 mai 2020
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Martin French : « Il ne faut pas perdre de vue les conditions qui ont mené à des circonstances où nous risquons de consentir à des propositions que la plupart jugeaient auparavant déraisonnables. » | Photo by engin akyurt on Unsplash

Dans la précipitation pour contenir, à défaut de contrôler la pandémie de la COVID-19, les gouvernements du monde entier se démènent pour employer tous les moyens dont ils disposent. Cela inclut la surveillance – terme qui, dans la culture populaire, revêt des connotations sinistres. En réalité, ce terme englobe également la collecte et le partage de précieuses données par des organismes comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Dans un éditorial récemment publié par la revue Surveillance & Society, le professeur agrégé de sociologie et d’anthropologie Martin French avance que la pandémie constitue un problème tant social que sanitaire. Lui et le coauteur Torin Monahan, de l’Université de la Caroline du Nord à Chapel Hill, pensent que les directives de surveillance de la COVID-19 émises par l’OMS et les gouvernements comme celui du Canada ne tiennent pas compte d’une réalité sociale bien plus complexe.

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La surveillance est personnelle

Le professeur French veut attirer l’attention sur la croissance de ce qu’il appelle « surveillance latérale et participative », et son impact sur notre quotidien. La surveillance latérale, explique-t-il, « n’est pas exercée directement par le gouvernement; elle est plutôt distribuée latéralement dans l’entité sociale – par exemple, des voisins qui se dénoncent parce qu’ils ne respectent pas la distanciation physique. »

Ce type de surveillance se fait souvent parallèlement à la surveillance épidémiologique par les états ainsi qu’à la surveillance clinique par les professionnels de la santé – et tout cela peut engendrer des répercussions négatives.

« Les suppositions émises sur l’origine du virus comportent un certain nombre de ramifications culturelles, poursuit-il. Le président des États-Unis l’appelle “virus du Wuhan”, ce qui entraîne des agressions contre des personnes “à l’apparence asiatique”. Ces “animosités racistes”, qui existaient déjà avant la pandémie, sont maintenant attisées par des tropes raciaux problématiques et alimentés par la surveillance participative. »

Ces messages peuvent en outre se renforcer par eux-mêmes, dans la mesure où nous dépendons des algorithmes des médias sociaux pour diffuser nos renseignements. C’est notamment le cas lorsque les utilisateurs sont dirigés vers d’étroites « bulles de filtres », soulignent les auteurs.

Qui ressort gagnant de la pandémie?

Tandis que la Chine se fait blâmer par certains pour la propagation du coronavirus, d’autres louent le pays pour avoir recouru aux mêmes techniques de surveillance qu’il utilise pour contrôler et réprimer les groupes minoritaires comme les musulmans ouïghours. Les auteurs préviennent que la crise de santé mondiale pourrait servir de justification pour normaliser les mesures de surveillance oppressive et ouvrir la porte à une plus grande oppression appuyée par l’État.

Martin French et Torin Monahan pointent également du doigt l’industrie croissante des « solutions de surveillance » dans le secteur privé, avec des entreprises comme Google qui développent des mesures qu’on ne comprend pas encore entièrement, ou dont les répercussions n’ont pas été anticipées.

« Ces solutions peuvent avoir l’air raisonnables dans le contexte d’une crise. Mais il ne faut pas perdre de vue les conditions qui ont mené à des circonstances où nous risquons de consentir à des propositions que la plupart jugeaient auparavant déraisonnables, comme la recherche des contacts subventionnée ou contrôlée par les entreprises », prévient le professeur French.

« Nous ne devrions pas non plus perdre de vue la différence entre les solutions publiques aux maladies infectieuses, qui ont pour obligation de servir la population tout entière, et les solutions du secteur privé, qui n’ont d’obligations qu’envers leurs actionnaires. Qu’avons-nous à gagner en optant pour ces solutions? Qui en tirera profit et qui en ressortira lésé? »

Les auteurs concluent que même si nous sommes encore en plein cœur de la pandémie, les solutions pour la combattre doivent rester centrées sur les droits de la personne.

Consultez l’article : Dis-ease Surveillance: How Might Surveillance Studies Address COVID-19?



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