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dylan

i cannot hold the ocean in my hands, though i have tried

2021

 

Installation vidéo.

 

En raison de circonstances imprévues, le travail de dylan est inclus dans le catalogue mais pas dans l'exposition.

Démarche artistique

i cannot hold the ocean in my hands, though i have tried (je ne peux pas tenir l’océan entre mes mains, mais j’ai essayé) est une installation vidéo qui met en images les monuments commémoratifs érigés dans des lieux publics où la guerre contre les drogues a fait de nombreux morts. L’installation mêle les images de monuments et les enregistrements de vagues réalisées sur une période de quatre ans durant laquelle l’eau est devenue synonyme de guérison pour l’artiste. L’œuvre porte des couches fragmentées de réflexions poétiques sur le deuil, en quête de repères au plus fort de la crise des surdoses.

Courtoisie de l'artiste

Biographie de l’artiste

Artiste queer, trans, et allochtone, dylan œuvre en animation et travaille en première ligne. Habitant à Tiohtià:ke/Mooniyang/Montréal, dylan ajoute à ses expositions, performances et événements aux quatre coins de l’Île de la Tortue des participations à plusieurs collectifs d’art et de conservation. Tant dans sa lutte pour la défense des droits que dans sa pratique artistique et sa recherche-création, dylan privilégie une approche collaborative prônant la réduction des méfaits. Œuvrant actuellement à l’Association québécoise pour la promotion de la santé des personnes utilisatrices de drogues (AQPSUD), dylan assure un travail de première ligne en matière de réduction des méfaits et de défense des droits des personnes touchées par la guerre à la drogue.

Courtoisie de l'artiste

Essai

Me guérir, vous informer, les humaniser : La valeur de la métaphore visuelle dans la crise des surdoses

Auteur.trice Jade Palmer

Artiste dylan

Œuvre i cannot hold the ocean in my hands, though i have tried, 2021

L’œuvre vidéo de dylan, i cannot hold the ocean in my hands, though i have tried (je ne peux pas tenir l’océan entre mes mains, mais j’ai essayé), s’ouvre sur les paroles de la militante pour la réduction des méfaits Zoë Dodd, qui demande que des mesures soient prises. Le discours est celui qu’elle a prononcé après s’être subitement levée de sa chaise lors du Symposium sur les opioïdes de Santé Canada tenu à Toronto (Ontario), en 2018. Dans son exposé, Dodd entremêle répercussions factuelles de la criminalisation sur la crise des surdoses et épreuves personnelles causées par la perte d’être chers. L’œuvre de dylan ajoute du poids à ce désespoir en présentant un écran vide. Le montage vidéo nous place devant des réalités difficiles, mais il nous entraîne dans une ascension de notes aériennes, nous plonge sous une pierre tombale blanche et nous fait flotter sur des vagues tout juste hors de portée. Le voile peut maintenant être levé sur l’expérience personnelle vécue par dylan au cours de la crise des surdoses. La noirceur fera place à la lumière.

Artiste trans queer, dylan travaille à Tiohtià:ke/Mooniyang/Montréal. Les séquences de vagues ont été filmées avec un téléphone cellulaire pendant des voyages au Canada et aux États-Unis, puisqu’elles visaient au départ à opérer une catharsis personnelle chez l’artiste. Elles confèrent donc à l’œuvre i cannot hold the ocean in my hands, though i have tried, l’aspect familier et accessible produit par l’appareil utilisé. Ces images créent aussi le rythme de fond sur lequel s’ancre la petite vidéo tournée sur cassette MiniDV qui s’incruste dans l’œuvre. Ce format de cassette popularisé dans les années 1990 était utilisé pour créer des vidéos maison avec des caméscopes. Il apporte une touche de nostalgie aux images, lesquelles nous font entrer dans l’intimité de dylan et de ses amis et amies, et auxquelles se juxtaposent fermement les conséquences meurtrières des politiques antidrogues. L’artiste met de l’avant son expérience personnelle de la crise plutôt que la froideur des statistiques. Après l’entrée en matière factuelle offerte par le discours de Dodd, la qualité visuelle du format MiniDV humanise les personnes stigmatisées en raison de leur consommation de drogue et d’alcool.

Le montage vidéo nous place devant des réalités difficiles, mais il nous entraîne dans une ascension de notes aériennes, nous plonge sous une pierre tombale blanche et nous fait flotter sur des vagues tout juste hors de portée.

Dans les images tournées au coin de la rue Milton et de l’avenue du Parc, l’objectif s’attarde à des œillets rouges. La clôture qui se dresse à cet endroit empêche les sans-abris de pénétrer dans un stationnement vide au coin de la rue, les repoussant vers le trottoir et les exposant à des risques de collision avec les véhicules. Ce qui tue les toxicomanes, ce n’est pas toujours la drogue. C’est aussi parfois l’aménagement urbain fondé sur les préjugés. Les œillets entremêlés en chaîne laissent voir le deuil que porte dylan à la suite du décès de ces gens. Les fleurs d’un rouge vif évoquent des blessures sans cesse infligées.

La superposition employée comme technique véhicule le message de l’œuvre par la métaphore. Une opacité terne caractérise les séquences montrant la clôture et les fleurs et celles présentant des gens. Les images peuvent ainsi être superposées, dans une représentation visuelle de l’un des nombreux vers troublants placés par dylan au bas de l’écran : « chaque décès par surdose est un échec de politique. »1 L’impossibilité de séparer les images démontre métaphoriquement l’influence continue qu’exerce la lutte contre la drogue sur l’existence — ou la non-existence — des personnes qui se trouvent au front.

La clôture laisse entendre aux passants que certaines personnes sont « envahissantes. » Elle engendre ainsi une manipulation de l’opinion publique à l’égard de cette population, à partir du point de vue extérieur. L’œuvre de dylan plonge plutôt dans l’émotion dès le départ, en faisant naître chez les membres du public de la compassion et de la sensibilité envers les gens qui subissent les conséquences de politiques néfastes. La clôture est alors mise en cause, et non les personnes, et il devient essentiel de la démanteler. Comme elle naît de la métaphore, la réaction émotive se fraie doucement et subtilement un chemin entre le béton solide et le métal bien soudé qui incarnent l’offense.

Tandis que l’œuvre délaisse l’onirisme pour nous ramener à la réalité, elle nous force à nous poser des questions : Comment pouvons-nous aussi contribuer au changement? Comment les barrières de la stigmatisation, qui prennent notamment la forme de la clôture, ont pu teinter ainsi nos opinions? Comment agir à l’image de la fleur, qui façonne un avenir qui ne sera plus assombri par de tels deuils?

  1. dylan. i can not hold the ocean in my hands, though i have tried. 2021. Fichier MOV.
Courtoisie de l'artiste
Courtoisie de l'artiste

Biographie de l’auteur.trice

Étudiante au baccalauréat en arts, Jade Palmer poursuit actuellement la deuxième année de son programme avec mention d'honneur en études anglaises et création littéraire, qu’elle combine avec une mineure en études interdisciplinaires en sexualité. Elle collabore également à la publication d’œuvres de poésie dans la revue littéraire Soliloquies Anthology de l’Université Concordia. Ses travaux se centrent principalement sur la poésie décrivant les états d’abandon absolu chez la femme, et ses œuvres ont été publiées dans la revue littéraire Beyond Words.