Un diplômé en beaux-arts assemble la plus importante collection d’œuvres commerciales et graphiques d’Andy Warhol
Près de la moitié de la collection de Paul Maréchal sera présentée pour la première fois au public à l’occasion d’une exposition ce printemps.
Lorsque Paul Maréchal, B. Bx-arts 1988, n’est pas occupé à gérer l’une des plus impressionnantes collections d’œuvres d’art d’entreprise au Canada, il part à la recherche des œuvres méconnues d’Andy Warhol.
Depuis 1993, Paul Maréchal occupe le poste de conservateur pour la collection de la société Power Corporation du Canada. Au-delà de son travail quotidien, il est devenu l’un des plus grands experts mondiaux de l’œuvre commerciale et graphique d’Andy Warhol, ainsi que son principal collectionneur.
Cette passion a commencé il y a trois décennies dans un magasin de disques, lorsque Paul Maréchal est tombé sur l’album The Painter de Paul Anka, sorti en 1976, dont un portrait réalisé par Andy Warhol orne la couverture.
« Je me suis dit “comment est-il possible qu’un artiste d’une telle envergure réalise une obscure couverture d’album?” », se souvient-il.
À l’époque, beaucoup pensaient qu’Andy Warhol avait abandonné l’art commercial en 1962 lorsqu’il s’était tourné vers les beaux-arts en réalisant sa série emblématique Campbell’s Soup Cans. Mais les œuvres que Paul Maréchal continuait de trouver sur le marché des articles d’occasion racontaient une tout autre histoire.
« Au cours des deux premières décennies, je dénichais une nouvelle œuvre – une pochette de disque ou une étiquette de vin – tous les deux ou trois mois », raconte-t-il. Ces découvertes ont complètement changé sa façon de voir l’artiste. Ainsi, selon le collectionneur, Andy Warhol n’a jamais abandonné l’art commercial, il l’a redéfini.
« Au début des années 1960, Warhol commence à occuper divers champs d’expression créative, relate Paul Maréchal. Il se lance dans la sérigraphie, se procure une caméra 16 mm, cofonde le magazine Interview et devient éditeur. Il comprend que plus une image circule, plus elle prend de la valeur avec le temps. »
Cette idée a contribué à façonner des décennies de recherche universitaire. Paul Maréchal a publié quatre catalogues raisonnés recensant les œuvres commandées à Andy Warhol : Andy Warhol: The Complete Commissioned Posters (2014), Andy Warhol: The Complete Commissioned Magazine Work (2014), Andy Warhol: The Complete Commissioned Record Covers (2015) et Andy Warhol Ephemera (2018).
Son plus récent ouvrage, intitulé Andy Warhol: The Complete Textiles and Fashion, 1955-1987, sera publié en mars 2026 par Prestel, filiale de Penguin Random House. L’auteur y répertorie tout, des vêtements sérigraphiés aux robes confectionnées à la main au moyen de tissus conçus par l’artiste.
Un moment déterminant
C’est à l’époque où il étudiait à Concordia que Paul Maréchal a eu pour la première fois l’idée de produire un catalogue raisonné. « J’avais commencé à collectionner des livres sur les artistes qui m’intéressaient. Concordia m’a aidé à approfondir ma curiosité pour un créateur dont nous pensions déjà tout savoir. »
Tout comme Andy Warhol, Paul Maréchal a exploré diverses formes d’art – il a étudié le cinéma et les arts plastiques à la Faculté des beaux-arts de Concordia avant d’entreprendre une maîtrise en histoire de l’art à l’Université du Québec à Montréal.
« Ç’a été formidable d’étudier l’art à Concordia, car le personnel enseignant comptait de grands noms du monde artistique, notamment Yves Gaucher, Guido Molinari [LL. D. 2004] et Jean McEwen », ajoute-t-il.
Il fait une découverte déterminante à l’époque de ses études. Lors d’un voyage à New York, Paul Maréchal aperçoit dans la vitrine d’une galerie un portrait sérigraphié de Mick Jagger réalisé par Andy Warhol. Le prix affiché est de 5 000 $, ce qui est à l’époque bien au-dessus de ses moyens. Depuis, la valeur de l’œuvre a été multipliée par 20, et Paul Maréchal a finalement pu l’acquérir il y a cinq ans. Aujourd’hui, elle occupe une place de choix dans sa collection.
« Les historiens de l’art et les collectionneurs ne savaient pas trop comment classer le travail d’Andy Warhol, indique-t-il. À la fin des années 1980, il était encore possible d’acheter une sérigraphie prestigieuse pour seulement 5 000 $. Puis, en 1997, le Whitney Museum of American Art a organisé l’exposition The Warhol Look, qui explorait l’influence de l’artiste sur la mode et la culture pop. C’était comme si tout le monde prenait soudainement conscience de la véritable envergure de l’art de Warhol. »
Selon Paul Maréchal, l’attrait durable d’Andy Warhol tient au commentaire que formule son œuvre sur la culture de consommation.
« Il tendait un miroir au consumérisme américain, reflétant notre fascination pour les célébrités, la richesse et la renommée, univers qui continue de nous captiver aujourd’hui. »
Couverture du nouveau livre de Paul Maréchal, intitulé Andy Warhol: The Complete Textiles and Fashion, 1955-1987, et affiche annonçant son exposition, Andy Warhol: The Business of Art.
Une marque « immédiatement reconnaissable »
Ce qui n’était au départ qu’une découverte fortuite a depuis donné lieu à la plus grande collection au monde – comptant plus de 700 œuvres – consacrée à l’œuvre commerciale et graphique d’Andy Warhol. Ce printemps, près de la moitié de cette collection sera présentée pour la première fois au public dans le cadre de l’exposition itinérante Andy Warhol: The Business of Art, accompagnée d’un nouveau catalogue réalisé par Paul Maréchal.
L’une des œuvres préférées du conservateur accueillera les visiteurs à l’entrée de l’exposition : une carte des États-Unis en rouge, blanc et bleu commandée par le magazine Mademoiselle, qui illustre de manière ludique les exportations de produits à travers le pays.
« Warhol s’est introduit dans l’espace domestique de l’Américain moyen avec ses pochettes de disques, ses magazines, ses t-shirts et bien d’autres produits, souligne Paul Maréchal. Son art est devenu une marque immédiatement reconnaissable. »
Paul Maréchal a également mis son expertise au service de l’enseignement, en donnant un cours sur le marché de l’art à l’Université du Québec à Montréal. Ses recherches ont non seulement permis de mettre au jour les œuvres moins connues de Warhol – elles ont également contribué à créer un marché pour celles-ci.
« Il serait impossible de constituer cette collection aujourd’hui, conclut-il. Non seulement pour des motifs financiers, mais aussi en raison de la rareté des œuvres. Je me considère chanceux d’avoir entrepris la collection à une époque où les œuvres étaient encore abordables, car une telle occasion ne se représentera plus jamais. »
« Andy Warhol: The Business of Art » sera présentée au Musée d’art de Daejeon, à Séoul, en Corée du Sud, du 17 mars au 22 juin 2026, puis au Centre des arts de Daegu à Daegu, en Corée du Sud, du 7 juillet au 10 octobre 2026. L’exposition voyagera ensuite aux États-Unis en 2027.