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Pour bâtir de meilleures villes, écoutons leurs citoyens

Des chercheurs de Concordia recueillent données et idées auprès de citadins ordinaires pour créer de meilleurs modèles de villes intelligentes et innovantes


Mazdak Nik-Bakht Professeur adjoint à Concordia, Mazdak Nik-Bakht affirme que les données recueillies auprès des citadins peuvent être utiles à la conception de ponts, de routes, de pistes cyclables et d’autres voies de transport.

Afin de bâtir des villes plus saines et viables, des chercheurs universitaires de diverses disciplines allant du génie à la philosophie recueillent les perspectives de citoyens et citoyennes pour améliorer des espaces communautaires qui ne sont pas exploités à leur plein potentiel.

Le parc Coffee, petit espace vert doté d’un terrain de jeu et de bancs et situé près du campus Loyola de Concordia, est un bon exemple d’espace public ayant besoin d’être amélioré. Bien qu’une piste cyclable longe le parc, les cyclistes préfèrent emprunter un chemin dans l’herbe plutôt que de passer par une intersection achalandée. À la tombée de la nuit, les passants évitent le parc, car il est mal éclairé.

Mazdak Nik-Bakht, professeur adjoint de génie du bâtiment, civil et environnemental à Concordia, utilise le parc dans le cadre d’une étude de cas axée sur l’« engagement communautaire numérique ».

Tablant sur un projet de conception communautaire amorcé par son collègue Silvano De la Llata, professeur au Département de géographie, urbanisme et environnement, Mazdak Nik-Bakht a conçu une réplique numérique du parc pour en faire un modèle interactif accessible et partageable en ligne, avec lequel les citoyens peuvent interagir.

En cours de développement, la plateforme est munie d’un outil intelligent qui interprète les commentaires de la communauté et les associe automatiquement aux éléments pertinents du parc, par exemple le chemin emprunté par les cyclistes. L’intelligence artificielle servira ensuite à analyser et à agréger les commentaires.

« Nous souhaitons recueillir l’avis des citoyens et citoyennes qui interagissent chaque jour avec un système physique (comme un parc) », explique Mazdak Nik-Bakht.

« Même si ces personnes ne connaissent pas le jargon du design et de la planification, elles comprennent les critères de performance du système ainsi que les niveaux de service qu’il offre ou devrait offrir – mieux, d’ailleurs, que les concepteurs qui ne sont jamais allés dans leur quartier », poursuit-il.

Selon le chercheur, les mégadonnées peuvent également être utiles à la conception de ponts, de routes, de pistes cyclables ainsi que de voies publiques et de transport en commun qui améliorent la vie des gens.

Le professeur Nik-Bakht donne un nouveau cours de génie intitulé Big Data Analytics for Smart City Infrastructure (« analyse de mégadonnées pour l’infrastructure de villes intelligentes »). Il y enseigne comment utiliser des données ouvertes et non structurées pour extraire des connaissances utiles à la conception et au fonctionnement de systèmes d’infrastructure urbaine.

Il y a des dizaines d’années, un ingénieur devait créer un modèle et consacrer des heures à un exercice de simulation pour déterminer l’impact d’un projet majeur d’infrastructure. Les simulations sont encore nécessaires, mais de nouveaux outils permettent aujourd’hui aux ingénieurs d’utiliser des données d’utilisateurs finaux dans un projet, parallèlement à sa conception. Ces données collectives peuvent générer des solutions innovantes et aider à cerner la meilleure option bien avant qu’une décision ne soit prise.

Mazdak Nik-Bakht donne pour exemple le projet de voie réservée aux tramways de l’avenue St. Clair Ouest, à Toronto, qui a souffert selon lui d’une « communication inadéquate avec les gens qui ne comptaient pas parmi les décideurs, mais avaient du pouvoir et étaient touchés par les décisions ». En plus de polariser la communauté, le projet a pris plus de cinq ans à réaliser et a coûté plus de 100 millions de dollars. Le professeur Nik-Bakht affirme que les mégadonnées et leur analyse auraient pu faciliter la prise de meilleures décisions, accroître la collaboration et prévenir les conflits.

Si certains chercheurs comme Mazdak Nik-Bakht mettent à profit les innovations technologiques pour améliorer la façon de bâtir les villes, d’autres examinent ce défi d’un point de vue plus philosophique.

Jing Hu Jing Hu, professeure adjointe à Concordia, examine si une plus grande autoréflexion peut encourager les gens à se montrer à la hauteur de leurs normes éthiques.

Jing Hu, professeure adjointe de philosophie à Concordia, souhaite également réunir de l’information sur l’expérience des citadins, mais par une approche complètement différente. Ses travaux favorisent un dialogue entre le confucianisme et l’éthique occidentale par l’étude d’émotions morales telles que l’empathie, l’honnêteté et la honte. Elle examine la façon dont ces émotions sont cultivées et exprimées dans la vie publique au moyen de résultats de sondages et d’une démarche classique de recherche philosophique.

« L’information empirique sur les expériences et les émotions en dit long sur notre manière d’interagir avec les espaces que nous occupons, explique la professeure Hu. Les gens perçoivent l’espace et le temps différemment, même durant les activités les plus banales. Si l’on observe des gens qui attendent le métro, par exemple, certaines personnes se tiennent près de l’entrée, d’autres se tiennent en retrait; certains établissent un contact visuel et discutent avec d’autres ».

« Découvrir les expériences émotionnelles des citadins et citadines pourrait contribuer à mieux à concevoir des espaces qui favorisent le bien-être ».

Jing Hu travaille actuellement à un projet sur la honte, le « Shame Project ». Si la honte peut être problématique, la professeure Hu souligne que dans la tradition confucienne, un sentiment de honte est associé à l’idée d’amélioration de soi et d’atteinte de l’excellence morale. Dans ses travaux, elle examine si une augmentation de l’autoréflexion peut encourager les gens à se montrer à la hauteur de leurs propres normes éthiques. Par exemple, une personne pourrait être motivée à conduire une voiture électrique au lieu d’un VUS à essence si cela est plus conforme à ses valeurs morales.

En ce sens, Jing Hu affirme qu’une certaine dose d’autoréflexion peut être bénéfique.

« Si vous placez les bacs de recyclage et les poubelles au centre d’un trottoir ou d’une rue, plutôt qu’en bordure, les gens les utiliseront peut-être plus du fait qu’ils sont soumis au “regard du public” et confrontés à leurs propres valeurs morales en matière de recyclage », explique-t-elle.

L’idée est qu’avec le temps, les actions des gens seront guidées par leur propre boussole morale interne plutôt que par des règles imposées. « Un sentiment de bien et de mal s’imprégnera dans notre cœur au lieu d’être imposé de l’extérieur », avance-t-elle.

recyclage Un placement plus stratégique des bacs de recyclage et des poubelles pourrait-il encourager les gens à les utiliser plus souvent?

Si la professeure Hu emploie des données de sondages dans ses travaux, elle note cependant que les mégadonnées – aussi avantageuses soient-elles – suscitent de vifs débats sur la protection de la vie privée, l’usage qui en est fait et les mains dans lesquelles elles se retrouvent.

Mazdak Nik-Bakht concède que la cybersécurité est un enjeu de taille; par exemple, où sont stockées les données? Comment sont-elles protégées? À qui appartiennent-elles?

Rob Davidson est responsable de l’analyse de données et de la recherche au Conseil des technologies de l’information et des communications (CTIC), un centre national sans but lucratif d’expertise en économie numérique. Selon lui, il est rare que les villes aient la capacité et les moyens financiers d’établir un cadre et d’embaucher les talents nécessaires pour protéger les données.

« Il y a une foule de bonnes idées, mais personne pour en planifier et en gérer la réalisation », déplore-t-il.

Rob Davidson affirme que les mégadonnées peuvent être bénéfiques, mais seulement si elles servent à prendre des décisions éclairées, en consultation avec les gens qui les fournissent.

« Bien des choses très intéressantes pourraient être accomplies », assure-t-il.

Avec des chercheurs comme Jing Hu et Mazdak Nik-Bakht, qui s’attachent à bâtir des villes nouvelle génération intelligentes et durables, Concordia noue des collaborations avec des partenaires afin de concrétiser des projets d’infrastructure et à consommation énergétique nulle.

Selon le professeur Nik-Bakht, ces partenaires clés pourraient être des décideurs du gouvernement, de grands promoteurs, des intervenants communautaires ainsi que des fournisseurs de services comme les entreprises de services publics et les agences de transport et de mobilité.

Toutefois, les partenaires les plus importants sont sans doute les gens qui utiliseront ces nouvelles infrastructures, fait valoir Mazdak Nik-Bakht.

C’est pourquoi lui et ses collègues de Concordia continueront d’affiner leur analyse « en puisant dans l’intelligence collective de l’interaction humaine ».


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