Skip to main content

Repérer les fausses nouvelles exige une ouverture d’esprit active, selon une nouvelle étude de Concordia

Les utilisateurs de réseaux sociaux dotés d’une pensée critique sont plus susceptibles de repérer les fausses manchettes, peu importe leur idéologie
31 mai 2023
|

La propagation de fausses nouvelles sur les réseaux sociaux est souvent décrite comme une menace pour la démocratie qui a effrité notre confiance envers nos institutions et approfondi les divisions au sein de nos sociétés. Mais pourquoi tant de gens se font-ils prendre?

Une nouvelle étude menée par un chercheur de Concordia et publiée dans la revue Information & Management explique pourquoi les gens sont incapables de repérer les fausses nouvelles et propose une méthode pour les aider.

Selon Mahdi Mirhoseini, professeur adjoint au Département de gestion de la chaîne d’approvisionnement et des technologies d’affaires de l’École de gestion John-Molson, et ses coauteurs Spencer Early, Nour El Shamy et Khaled Hassanein, de l’Université McMaster, les gens qui présentent ce qu’on appelle une ouverture d’esprit active, soit le fait de chercher activement de l’information qui pourrait contredire ses propres croyances préexistantes, sont plus susceptibles de repérer les fausses manchettes. Ils notent également que le fait de montrer aux gens qu’ils ont cru de fausses nouvelles les aide à les éviter à l’avenir.

« Nous voulions comparer deux théories qui expliquent pourquoi les gens croient de la fausse information, explique le Pr Mirhoseini. Dans la première, celle du raisonnement classique, les personnes dotées d’une pensée critique finissent par trouver la vérité. Dans la seconde, celle du raisonnement motivé, les individus restent des agents de leur idéologie, peu importe les efforts cognitifs déployés. Ils justifient l’information de manière conforme à leur idéologie. »

Portrait de Mahdi Mirhoseini Mahdi Mirhoseini : « Nous avons découvert que les gens qui déploient des efforts cognitifs sont plus susceptibles de bien réussir, peu importe leurs croyances politiques. »

Mêmes résultats à l’échelle du spectre politique

Les chercheurs ont mené deux expériences.

La première visait à comparer les deux cadres de travail pour voir s’ils pouvaient prédire le comportement en fonction du profil et de l’activité cérébrale lors de l’exposition aux manchettes.

On a exposé 30 participants à 80 manchettes présentées dans un style semblable à ce qu’on trouve sur Facebook. Parmi celles-ci, 20 étaient faciles à déclarer vraies ou fausses, et 20 autres portaient sur l’actualité ou la culture populaire et n’étaient pas de nature politique. Les 40 restantes étaient clivantes sur le plan politique, 15 s’inscrivant dans le courant libéral, 15 s’inscrivant dans le courant conservateur et 10 étant jugées neutres. La moitié des manchettes étaient vraies, les autres étaient fausses, et ce, dans toutes les catégories. Les manchettes comptaient environ huit mots.

Les participants répondaient à des questions sur leur idéologie politique, et un casque EEG mesurait l’activité cérébrale de leur cortex préfrontal. On leur demandait ensuite de déclarer si les manchettes étaient vraies ou fausses.

« Nous avons découvert que les gens qui déploient des efforts cognitifs, mesurés par l’EEG, sont plus susceptibles de bien réussir, peu importe leurs croyances politiques, soutient Mahdi Mirhoseini. Cela donne à penser que le raisonnement classique est plus puissant que le raisonnement motivé. »

La deuxième étude visait à déterminer si les gens peuvent être motivés à penser de façon critique et ainsi améliorer leur rendement.

« Nous savons de la littérature et de nos propres études que les gens sont trop confiants en leur capacité à repérer la désinformation, note-t-il. Si on leur demande, ils diront qu’ils ont raison 90 % du temps. Mais en réalité, on se rapproche du 50 %, donc, en gros, de l’aléatoire. »

Les chercheurs croyaient que si les participants pouvaient mesurer leur rendement en détection de fausses nouvelles, ils redoubleraient d’efforts cognitifs afin de s’améliorer.

À mi-chemin du test des manchettes, les chercheurs commençaient à afficher le score obtenu jusqu’à maintenant. Le score réel était souvent bien plus bas que le score attendu, ce qui entraînait une baisse de confiance quant à la capacité de repérer les fausses nouvelles.

« Cela déclenchait un sursaut de pensée critique, et nous avons constaté un bond de 14 % du rendement tout de suite après l’intervention. »

Commentaires pertinents

Le Pr Mirhoseini suggère que les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter informent automatiquement les utilisateurs de leur fréquence de consultation de fausses nouvelles, mais d’autres études sont nécessaires afin de trouver le mode de rétroaction le plus efficace.

« Le contexte est très important, ajoute Mahdi Mirhoseini. Les gens vont généralement sur les réseaux sociaux pour s’amuser. Si nous avions mené l’étude dans un autre contexte, les résultats pourraient différer. »

Lisez l’article cité (en anglais) : « Actively open-minded thinking is key to combating fake news: A multimethod study »



Sujets tendance

Retour en haut de page

© Université Concordia