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OPINION : Économie en transition ? Élargissons l’apprentissage expérientiel.

Le recteur de Concordia explique comment l'université prépare les étudiants et les étudiantes à relever les défis d'un monde en pleine mutation
10 août 2022
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En cette période où étudiants, familles et universités se préparent à un nouveau trimestre d’automne, la mission de donner aux talents de la nouvelle génération les outils nécessaires pour répondre aux besoins immédiats et futurs de la société devient doublement urgente à la lumière des changements sismiques et des défis sans précédent auxquels le monde fait face.

Partout, inflation, pénuries de main-d’œuvre et perturbations de la chaîne d’approvisionnement ébranlent les économies. Les nouvelles technologies prolifèrent à une vitesse vertigineuse. Une transformation décisive s’opère dans l’organisation du travail. Et à l’échelle planétaire, le tissu social se déchire.

Plus que jamais, nous avons besoin de travailleurs et de citoyens engagés et capables de s’adapter pour nous aider durant ces transitions et par la suite. C’est pourquoi, à compter de septembre, l’Université Concordia offre à chaque nouvelle étudiante et nouvel étudiant de premier cycle au moins une occasion d’apprentissage expérientiel dans le cadre d'un cours. À partir de 2025, Concordia compte également offrir deux occasions d’apprentissage expérientiel aux nouveaux étudiants durant leur programme de grade, qu’il s’agisse d’apprentissage en milieu de travail, d’une expérience d’études à l’étranger, de travaux de recherche ou d’une expérience communautaire ou parascolaire.

Il s’agit d’un projet ambitieux. Mais compte tenu des partenariats que nous avons établis et sommes en voie d’établir, nous entendons être la toute première université au Québec, voire une des premières au Canada, à atteindre cet objectif des plus tangibles.

Les occasions d’apprentissage par l’expérience enrichissent la formation des étudiantes et étudiants en leur donnant un accès à un ensemble de personnes, de connaissances et de réseaux soigneusement constitué pour compléter le programme de grade normal et en dépasser les frontières. En s’exposant à une diversité de cultures, de milieux de travail et d’attentes en matière de rendement, les étudiants sont mieux préparés à entrer dans la vie active et à effectuer plus rapidement cette transition après leur baccalauréat.

Les étudiantes et étudiants du premier cycle qui prennent part à des programmes de stage ou d’enseignement coopératif, qui participent activement à des projets de recherche ou à des écoles de terrain, ou qui optent pour des programmes d’échange universitaire obtiennent généralement de meilleurs résultats scolaires. De plus, en profitant d’une expérience pratique et en mettant un pied dans la vie active, ils accroissent leurs chances d’être recrutés par des organisations et des employeurs.

Mais le défi qui se pose pour les universités – en particulier les grands établissements tels que Concordia, où plus de 30 000 personnes étudient au premier cycle – est d’offrir un apprentissage expérientiel à grande échelle. Or, nous dirigeons depuis plus de 40 ans des programmes de stages et d’enseignement coopératif couronnés de succès. Et nous ne sommes pas les seuls. Les universités qui privilégient l’apprentissage expérientiel ont conscience que les employeurs, quelle que soit leur taille, recherchent des étudiants brillants et talentueux non seulement pour combler leurs besoins immédiats en main-d’œuvre, mais aussi pour préparer les talents de demain dans le cadre de stages.

En plus de profiter d’un accès privilégié à une filière de talents, l’immense majorité des employeurs estiment que les étudiants stagiaires contribuent à renforcer les capacités de leur organisation, apportant en effet des idées novatrices, une énergie nouvelle, des compétences en technologies, une expertise numérique et, dans le cas de Concordia, une grande diversité culturelle et linguistique.

Pour toutes les universités, quelles qu’elles soient, le meilleur indicateur de rendement est la réussite de leurs diplômés. Les étudiantes et étudiants de Concordia qui effectuent des stages pratiques ou partent étudier à l’étranger représentent en quelque sorte notre établissement. Leur rendement en milieu professionnel ou les résultats qu’ils obtiennent dans leur université d’accueil à l’étranger témoignent de la formation que nous leur offrons. Nous rehaussons ainsi notre réputation pour notre capacité à inculquer des compétences citoyennes concrètes et polyvalentes.

Pour s’avérer efficace et viable à grande échelle, l’apprentissage expérientiel ne peut pas être transactionnel. Il doit constituer un investissement mutuel et un partenariat enrichissant où autant d’importance est accordée à l’expérience étudiante qu’aux avantages tirés par les employeurs ainsi que les universités d’accueil et d’origine.

Il est crucial d’impliquer les diplômés et les groupes de défense d’intérêts tels que la Table ronde des affaires + de l’enseignement supérieur afin de mobiliser leurs réseaux et d’élargir les bassins d’emploi potentiels. Le généreux soutien des donateurs est aussi indispensable. Par exemple, la Fondation Doggone, qui propose des stages rémunérés aux étudiants en beaux-arts de Concordia, ou la Fondation RBC, qui soutient des étudiants issus de milieux marginalisés dans le cadre de notre programme Réussir malgré tout.

Les gouvernements jouent en outre un rôle essentiel. Du point de vue de l’impact des politiques, l’apprentissage expérientiel offre une proposition de valeur qui permet amplement de rentabiliser les investissements publics destinés à encourager la participation des employeurs ou de compenser les coûts assumés par les universités pour organiser des stages et offrir du mentorat professionnel.

Investir dans les stages est un outil efficace pour soutenir les entreprises et les organisations non seulement dans les grands centres urbains, mais aussi dans les régions où le recrutement de main-d’œuvre est parfois difficile. Et élargir l’admissibilité à l’apprentissage en milieu de travail fera en sorte qu’un plus grand nombre d’étudiants internationaux choisiront de rester au Québec ou au Canada une fois leur diplôme en main.

Nous traversons une période de bouleversements sociaux et économiques inédits. Mais en unissant nos forces et en jetant des ponts entre les secteurs, nous pouvons donner plus de valeur à la formation universitaire et contribuer à l’essor des sociétés québécoise et canadienne par un meilleur alignement de l’expérience d’études au premier cycle avec la diversité mondiale, le monde en mutation d’aujourd’hui et les économies de demain. Investir dans l’apprentissage par l’expérience est un moyen efficient d’enrichir notre avenir à tous.

Cet éditorial a déjà été publié dans La Presse et The Gazette.

Graham Carr est recteur et vice-chancelier de l’Université Concordia à Montréal.



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