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D’après une nouvelle étude de Concordia, les plus jeunes des Canadiens bilingues ne forment pas un groupe homogène

Portant sur des enfants bilingues de zéro à neuf ans, cette étude montre qu’ils constituent une cohorte présentant une réelle diversité en fonction du lieu où ils vivent ainsi que du caractère urbain ou rural de celui-ci
28 juin 2022
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« Les paires de langues maîtrisées par les enfants bilingues varient selon les provinces et territoires. »

Une nouvelle étude de l’Université Concordia portant sur le bilinguisme des jeunes enfants au Canada dresse un portrait de l’acquisition du langage à la maison qui témoigne de la diversité du pays. L’appartenance à une famille immigrante, celle à la communauté autochtone ainsi que la vie en zone urbaine ou rurale comptent parmi les principaux facteurs qui contribuent à cette diversité.

Publiée dans la revue Analyse de politiques, l’étude montre que les enfants bilingues de zéro à neuf ans présentent une diversité marquée sur le plan linguistique, en fonction du lieu où ils ont grandi, de l’identité de leurs parents et du temps depuis lequel leur famille vit au Canada. Ses résultats sont fondés sur les données du recensement de 2016.

Les chercheuses se sont penchées sur un certain nombre d’enfants vivant au Canada, maîtrisant les paires de langues les plus courantes et les plus susceptibles de mener au bilinguisme. Krista Byers-Heinlein, professeure de psychologie à la Faculté des arts et des sciences de Concordia et coautrice de l’étude, précise que cette dernière vient combler un manque flagrant de statistiques sur le sujet.

« On disposait de statistiques sur le taux de bilinguisme des adultes et des adolescents au Canada, mais non sur celui des bébés, des tout-petits et même des enfants d’âge scolaire grandissant dans des foyers bilingues. »

Krista Byers-Heinlein, professeure de psychologie à la Faculté des arts et des sciences de Concordia et coautrice de l’étude Krista Byers-Heinlein, professeure de psychologie à la Faculté des arts et des sciences et coautrice de l’étude.

Des différences entre l’Est et l’Ouest ainsi qu’entre le Nord et le Sud

Les chercheuses ont établi qu’au Canada, 18 pour cent des enfants de moins de dix ans emploient au moins deux langues à la maison, ou du moins y sont exposés. Il semble aussi qu’une proportion encore plus importante entende parler une langue au sein du foyer et une autre à l’extérieur, bien que le recensement ne comporte pas de données à ce sujet. Dans les grandes villes, cette proportion grimpe en moyenne à 25 pour cent. Le pourcentage d’enfants de zéro à neuf ans vivant dans un foyer bilingue atteint même 29 pour cent à Toronto, 27,6 pour cent à Vancouver et 27 pour cent à Montréal. Ce pourcentage est encore plus élevé dans les territoires nordiques, où 33,9 pour cent des jeunes enfants entendent et emploient deux langues à la maison.

« Les paires de langues varient selon les provinces et les territoires, explique Esther Schott, autrice principale de l’étude et doctorante au sein du Laboratoire de recherche sur l’enfance de Concordia, où enseigne la Pre Byers-Heinlein. Au Québec, par exemple, la paire de langues la plus courante se compose de l’anglais et du français, que maîtrisent 40 pour cent des enfants bilingues. Suivent les paires français-arabe et français-espagnol. Mais en Colombie-Britannique, l’anglais et le pendjabi constituent la paire de langues la plus répandue, maîtrisée par 13,5 pour cent des enfants bilingues. Enfin, au sein des territoires nordiques, la moitié des enfants bilingues grandissent dans un foyer où l’on parle à la fois l’anglais et une langue autochtone. »

Les chercheuses ont également établi que l’exposition des jeunes enfants au bilinguisme et leur appartenance à une famille immigrante constituent les deux facteurs les plus susceptibles de les rendre bilingues. Cela dit, même si les enfants exposés à plus d’une langue à la maison sont plus susceptibles de devenir bilingues, les chercheuses soulignent qu’un enfant sur deux vivant avec un adulte bilingue, et un sur trois vivant avec deux adultes bilingues, ne pratique pas le bilinguisme à la maison. Les chercheuses ajoutent qu’environ un enfant sur deux vivant au Canada, mais né à l’étranger, est bilingue, alors que seulement un enfant sur 15 dont les deux parents sont nés au Canada l’est, ce qui découle selon elles de l’assimilation de la culture et de la langue dominantes par les familles immigrantes.

Pour illustrer leurs constats, les autrices de l’étude ont créé un tableau de bord interactif qui indique les degrés de bilinguisme à l’échelle du pays, ainsi que les paires de langues les plus courantes.

Un soutien particulier s’impose

Selon les chercheuses, le bilinguisme doit faire l’objet d’un soutien gouvernemental et sociétal pour fleurir au Canada, et avoir ainsi des effets positifs et durables sur l’ensemble de la collectivité nationale.

« Les enfants bilingues qui bénéficient d’un soutien dans leurs deux langues en tirent ensuite profit sur les plans social, scolaire et professionnel », affirme Lena Kremin, coautrice de l’étude et doctorante au sein du laboratoire où enseigne Krista Byers-Heinlein. « Mais ce soutien doit être adapté aux besoins des différentes communautés et y répondre, poursuit-elle. Qu’il consiste à proposer des livres et des histoires en différentes langues, ou encore à organiser des événements communautaires ou des festivals linguistiques, ce soutien apporte énormément aux enfants bilingues. »

Les chercheuses ont bénéficié de subventions du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG), du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) ainsi que des Fonds de recherche du Québec (FRQ).


Découvrez l’article cité (en anglais seulement) : « 
The Youngest Bilingual Canadians: Insights from the 2016 Census Regarding Children Aged 0-9 Years ».

Lien vers la version gratuite : https://psyarxiv.com/6q9jg/.

 



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