Des entreprises recourent aux certificats d’énergie renouvelable pour masquer leur inaction sur les émissions de carbone, selon une recherche de Concordia

Le boursier de recherche postdoctorale Horizon Anders Bjørn et ses collègues révèlent que ces instruments axés sur le marché mènent à des déclarations exagérées sur la conformité à l’Accord de Paris
14 juin 2022
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Rabhi Shasha, Unsplash

Nombre de sociétés se sont fixé des objectifs fondés sur les données scientifiques pour réduire les émissions de gaz à effet de serre en conformité avec l’Accord de Paris. Initialement adopté en 2015, celui-ci vise à maintenir la hausse des températures bien en deçà de 2 degrés Celsius – et préférablement aussi peu que 1,5 degré Celsius – au-dessus des niveaux préindustriels d’ici 2050.

Pour favoriser l’atteinte de ces objectifs, les grandes entreprises polluantes achètent des certificats d’énergie renouvelable. Cet outil axé sur le marché certifie que son détenteur possède un mégawattheure d’électricité provenant de sources d’énergie renouvelables. Ainsi, en vertu des normes actuelles de comptabilisation des émissions, les entreprises peuvent ne déclarer aucune émission pour chaque mégawattheure d’électricité consommée « assorti » d’un certificat acheté. Des preuves indiquent pourtant que l’achat de tels certificats est peu susceptible d’augmenter la production d’énergie renouvelable.

Comme l’avancent les auteurs d’une nouvelle étude parue dans Nature Climate Change, puisque les certificats d’énergie renouvelable ne réduisent généralement pas les émissions, les sociétés qui y recourent exagèrent leur rôle dans l’atténuation des changements climatiques. Un calcul des chercheurs montre qu’un échantillon de 115 entreprises rapportait une réduction de 31 pour cent des émissions entre 2015 et 2019. Or, une analyse plus approfondie de cette observation révèle que si l’on omet l’achat de certificats inefficaces, la baisse réelle des émissions était d’environ 10 pour cent.

Anders Bjorn « Les certificats d’énergie renouvelable permettent aux entreprises de déclarer une réduction trois fois plus élevée que celle qu’elles pourraient afficher autrement », affirme Anders Bjørn.

Des cibles climatiques non atteintes

« Cela signifie que les certificats d’énergie renouvelable permettent à ces entreprises de déclarer une réduction trois fois plus élevée que celle qu’elles pourraient afficher autrement », affirme Anders Bjørn, auteur principal de l’étude et chercheur postdoctoral au Département de géographie, urbanisme et environnement de l’Université Concordia. « Le fait que des entreprises puissent utiliser ces certificats pour prétendre qu’elles suivent un plan de réduction des plus ambitieux alors que leur baisse est en fait bien moindre constitue un grave problème. »

Si ce recours aux certificats afin d’exagérer la réduction des émissions se poursuit, M. Bjørn estime que les entreprises pourront afficher une baisse annuelle de 7,2 pour cent des émissions, bien que leur baisse réelle n’atteigne que 3,6 pour cent. Le chercheur souligne que ce niveau de réduction ne correspond pas à la cible de 1,5 degré de l’Accord de Paris, et se situe à peine en deçà de son objectif de 2 degrés.

Les chercheurs se sont basés sur les données du Carbon Disclosure Project (CDP), un organisme sans but lucratif qui tient à jour un système de divulgation employé par des entreprises, des investisseurs et des gouvernements du monde entier. Le CDP consiste essentiellement en une énorme base de données recensant les mesures adoptées par les entreprises au regard des changements climatiques. Les entreprises fournissent leurs données sur les émissions estimées, la consommation d’électricité, le chauffage, la vaporisation et le refroidissement, de même que sur l’achat de certificats d’énergie renouvelable.

Les auteurs de l’article, dont Shannon Lloyd, professeure agrégée de gestion à John-Molson, Matthew Brander, chargé d’enseignement principal au Centre for Business, Climate Change and Sustainability de l’Université d’Édimbourg, et Damon Matthews, professeur au Département de géographie, urbanisme et environnement de Concordia, arguent que la méthode actuelle de comptabilisation des émissions de carbone comporte de graves lacunes. Ils réclament un changement des normes de comptabilisation, car de nombreuses grandes entreprises utilisent aujourd’hui les certificats d’énergie renouvelable pour dissimuler une réduction insuffisante de leurs émissions réelles.

« Les résultats soulèvent également de plus vastes questions sur la fiabilité des acteurs non étatiques comme les entreprises pour pallier le manque d’ambition des gouvernements dans l’atteinte des objectifs de l’Accord de Paris », conclut Matthew Brander.

La recherche a été financée par le Programme de subventions à la découverte du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada et par le programme de bourses postdoctorales Horizon de l’Université Concordia.

Lisez l’article cité : « Renewable energy certificates threaten the integrity of corporate science-based targets ».



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