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La culture est la clé de notre compréhension de la COVID-19 selon des chercheurs de Concordia

Selon Rebeca Bayeh et Andrew Ryder, l’avalanche d’études liées à la pandémie permet de mieux comprendre comment améliorer la communication scientifique
9 novembre 2021
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Photo par Xingyue HUANG via Unsplash

La place de la culture dans la pandémie actuelle de COVID-19 est un domaine d’étude en constante évolution. La plupart des quelque 70 000 mémoires de recherche sur le coronavirus publiés durant la première année de la pandémie portaient sur les caractéristiques biologiques du virus, ses modes de transmission et sur les meilleurs moyens de freiner sa propagation. Toutefois, un nouvel article publié dans la revue Frontiers in Psychology s’intéresse à la manière dont la culture a façonné les comportements sociaux face à la pandémie, à la souffrance et à la propagation du virus.

Dans une analyse de la littérature portant sur des articles publiés jusqu’à la fin de 2020, les auteurs montréalais observent des différences considérables entre les groupes culturels lorsqu’il est question de taux de mortalité et de transmission, de décisions gouvernementales et de leur respect, et même de politisation des croyances sur le virus. Leur étude utilise une approche de psychologie culturelle-clinique pour analyser la pandémie et approfondir notre compréhension d’autres maladies infectieuses.

Andrew Ryder and Rebeca Bayeh standing in a hallway Andrew Ryder et Rebeca Bayeh : « Si nous, les scientifiques, considérons que nous avons raison et que tous les autres ont tort, plus personne ne fera confiance à la science. »

Une étude à trois volets

Les chercheurs se sont basés sur une fiche d’information rédigée par Andrew Ryder et d’autres personnes au printemps 2020. Leur étude comporte trois volets : les différences entre les sociétés, c’est-à-dire les valeurs culturelles, comme l’individualisme et la responsabilité collective; les relations entre les groupes d’une même société, qui expliquent comment certains groupes sont touchés différemment au sein d’une société, comme les immigrants ou les groupes minoritaires; les différences individuelles façonnées par le contexte culturel, soit la façon dont les normes sociales dictent les croyances et les attentes.

« Nous avons étudié la littérature de nombreux pays, parce que la plupart des articles qui portaient sur des questions comme les théories du complot étaient publiés dans un contexte américain », explique la doctorante Rebeca Bayeh, auteure principale de l’article.

« Nous voulions élargir cette perspective et discuter des raisons qui poussent certains groupes à ne pas faire confiance au gouvernement. Pour certains, cette méfiance repose sur des motifs historiques, comme un traumatisme ou de l’abus de la part du groupe dominant. »

M. Ryder, coauteur de l’article, professeur de psychologie et un des membres clés du Centre de recherche clinique en santé, ajoute que l’étude ne portait pas seulement sur des articles traitant d’autres pays, mais également sur des articles provenant d’autres pays. Maya Yampolsky de l’Université Laval, qui se spécialise en discrimination, relations interculturelles et intersectionnalité, a contribué à l’étude .

Faire preuve d’empathie dans les communications

Les chercheurs concluent que les répercussions de la COVID-19 sur différents groupes dépendent beaucoup du contexte culturel. En étudiant les différences entre les sociétés, au sein d’une même société et à l’échelle individuelle, ils ont observé comment la culture interagit avec les facteurs biologiques pour favoriser ou freiner la transmission du virus.

Par exemple, en se penchant sur les différences entre les sociétés, ils ont remarqué que les régions ou les pays considérés comme individualistes avaient tendance à afficher des taux de transmission et de mortalité plus élevés que les sociétés collectivistes. Toutefois, les travaux de recherche montrent que le produit intérieur brut par habitant et les inégalités raciales systémiques en santé ont aussi permis de prévoir les répercussions de la COVID-19.

Au sein d’une même société, l’âge et le genre avaient un lien clair avec les effets de la COVID-19, mais les dynamiques de pouvoir, d’oppression, de privilège et de polarisation étaient également profondément interreliées. À l’échelle individuelle, les textes portant sur certains aspects ont indiqué que les traits de personnalité, la santé mentale, les attitudes et le fait de croire aux théories du complot pouvaient tous laisser présager les comportements liés à la COVID-19.

Selon les chercheurs, leurs travaux mettent en lumière la nécessité de faire preuve d’empathie lors de l’analyse de groupes ou d’individus précis. Comprendre le point de vue d’autrui aide à faire passer son message dans la plupart des situations, y compris en santé publique.

« Si nous, les scientifiques, considérons que nous avons raison et que tous les autres ont tort, plus personne ne fera confiance à la science, affirme Mme Bayeh. Les personnes chargées des communications scientifiques ne pourront alors pas communiquer efficacement ni faire les recommandations nécessaires. »

Lire l’article cité (en anglais) : « The Social Lives of Infectious Diseases: Why Culture Matters to COVID-19 »

 



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