Heather Igloliorte, de Concordia, est l’une des commissaires d’une exposition novatrice qui célèbre l’art inuit d’hier, d’aujourd’hui et de demain

Les 25 et 26 mars, l’exposition INUA ouvrira ses portes virtuelles au nouveau centre Qaumajuq de Winnipeg
26 mars 2021
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Détail de Yesterday and Today, 2014, par Elisapee Ishulutaq. Inuit (Pangnirtung), 1925–2018. | Collection de la Winnipeg Art Gallery

Parmi la vaste quantité d’œuvres inuites présentées dans le cadre de la nouvelle exposition INUA, une est particulièrement chère au cœur d’Heather Igloliorte, qui en est la commissaire en chef : un sac en cuir de caribou perlé fabriqué par sa grand-mère, la couturière inuite Susannah Igloliorte.

L’exposition INUA fera partie de l’inauguration virtuelle du Qaumajuq, nouveau centre de Winnipeg consacré à l’art et à la culture inuits, les 25 et 26 mars.

C’est le hasard qui a mis ce sac sur la route de Mme Igloliorte.

« Quelqu’un m’a écrit sur Twitter, explique Mme Igloliorte, professeure agrégée d’histoire de l’art et titulaire de la chaire de recherche de niveau 1 en arts circumpolaire de l’Université Concordia, pour me dire : “Je crois que j’ai un objet fabriqué par votre grand-mère que mon père avait acheté pour le transmettre à ma famille”. » La Pre Igloliorte était aussi membre du groupe de travail sur l’art inuit 2012, qui a participé à la planification du Qaumajuq.

« Ma grand-mère est décédée lorsque j’étais petite, poursuit la chercheuse. Dans ma jeunesse, j’ai donc été privée d’un temps précieux avec elle. De fait, la présence de cette œuvre dans l’exposition revêt une signification très particulière pour moi. »

L’exposition INUA est historique. Première à être présentée au Qaumajuq, nouveau centre du Musée des beaux-arts de Winnipeg (WAG), elle regroupera environ 100 œuvres de plus de 90 artistes inuits de tout le Nord du Canada ainsi que de certains artistes autochtones circumpolaires ou urbains du Sud.

L’exposition a été organisée par une équipe entièrement formée d’Inuites qui représentent les quatre régions de l’Inuit Nunangat, le territoire des Inuits du Canada : Heather Igloliorte (Nunatsiavut), Krista Ulujuk Zawadski (Nunavut), Kablusiak (Inuvialuit Nunangit Sannaiqtuaq) et Asinnajaq (Nunavik).

« Nous voulons que les Inuits considèrent que cette exposition leur est destinée », affirme Heather Igloliorte. « Nous voulons que les Inuits considèrent que cette exposition leur est destinée », affirme Heather Igloliorte.

« Un avenir prometteur pour l’art inuit »

L’exposition présente des œuvres qui s’étendent sur presque un siècle, dont 13 nouvelles commandes, environ 20 prêts nationaux et internationaux majeurs ainsi que des œuvres provenant des collections du WAG et du gouvernement du Nunavut.

Chacune des commissaires a intégré des œuvres d’artistes de sa famille. « Nous considérons qu’il s’agit d’une installation de nos ancêtres », souligne Mme Igloliorte. Une gravure complexe de l’arrière-grand-père de Krista Ulujuk Zawadski est peut-être la plus ancienne pièce de l’exposition.

« L’exposition, soutient Mme Igloliorte, met en vedette une panoplie de supports qui bousculent les idées préconçues sur l’art inuit : médias numériques, installations, art sonore, sculpture, peinture, photographie par drone et beaucoup plus encore. Ensemble, ces œuvres d’art célèbrent notre passé, témoignent de notre présent et annoncent un avenir prometteur pour l’art inuit. »

Le nom « Qaumajuq » a été donné au musée par des gardiens de la langue autochtone. Il signifie « qui est illuminé » en inuktitut. Avec plus de 14 000 œuvres, en plus de 7 400 autres qui ont été prêtées à long terme, le pavillon culturel de 17 200 mètres carrés héberge la plus grande collection publique d’art inuit contemporain du monde.

En pénétrant dans cet espace, les visiteurs verront une pièce vitrée de quatre étages, qui s’étend du sous-sol au plafond, où est présentée une collection de peintures, de gravures, de poupées, de sculptures et plus encore.

Artwork depicting an Inuit hunter on the back of an animal with a lasso. Women At the Fish Lakes, 1977, par Pudlo Pudlat. Inuit (Kinngait), 1916–1992. | Collection de beaux-arts du gouvernement du Nunavut. En prêt à long terme à la Winnipeg Art Gallery

« L’occasion de partager notre vision de notre identité »

Heather Igloliorte affirme qu’il était essentiel que des commissaires inuites soient à la tête de l’exposition INUA.

« Au cours des 70 ou 80 dernières années de l’histoire de l’art inuit, explique-t-elle, les occasions d’organiser des expositions, d’être des leaders dans des établissements comme celui-ci et de partager notre point de vue sur l’art ont été extrêmement rares. Cette exposition est l’occasion pour nous de partager notre vision de notre identité. Nous souhaitons que les Inuits considèrent que cette exposition leur est destinée et qu’ils reconnaissent dans ces œuvres des fragments de leurs communautés, de leurs vies et de leurs relations. »

La Pre Igloliorte a reçu en 2018 une subvention du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH), qui lui permet de travailler sur Inuit Futures in Arts Leadership: The Pilimmaksarniq/Pijariuqsarniq Project (« projet Pilimmaksarniq/Pijariuqsarniq : avenirs inuits en matière de leadership artistique ») pour accroître de manière radicale la participation des Inuits aux recherches et à la pratique professionnelle axées sur les arts.

Le projet offre de la formation et du mentorat aux étudiantes et étudiants inuits et inuvialuits de niveau postsecondaire, qu’on appelle Ilinnaqtuit (« apprenants »), dans des universités et des établissements d’arts associés de partout au pays. Le Musée des beaux-arts de Winnipeg est un partenaire majeur.

Les Ilinnaqtuit de l’ensemble du Canada qui travaillent sur le projet ont collaboré avec l’équipe de commissaires d’INUA à la création de Nagvaaqtavut: What We Found (« ce que nous avons découvert »), l’audioguide de l’exposition. On y entend notamment des réactions poétiques, pédagogiques ou personnelles des étudiants.

Par exemple, à la suite d’une visite à des aînés de sa communauté de Rigolet, Jason Sikoak, étudiant de premier cycle en arts plastiques à Concordia, partage ses réflexions sur une théière en argent de la collection du WAG, œuvre de l’artiste Michael Massie.

Dans le cadre de sa contribution, Nakasuk Alariaq, étudiante au doctorat en histoire de l’art, réagit à plusieurs impressions d’une artiste célèbre de sa communauté de Kinngait (Cape Dorset, au Nunavut).

Christine Qillasiq Lussier, qui termine sa maîtrise au programme d’études individualisées de Concordia, se penche sur deux œuvres de la collection, notamment une veste brodée accompagnée d’une histoire orale inuit.

« J’ai adoré prendre part à l’exposition INUA, affirme Mme Lussier, car j’ai eu la chance de rencontrer, virtuellement, d’autres Inuits des quatre coins du pays et de maintenir mes liens avec la communauté inuite. Par-dessus tout, j’aime le travail associé au projet d’audioguide des Ilinniaqtuit parce qu’il favorise la représentation des Inuits.

C’est rafraîchissant et important d’intervenir plutôt que d’être des objets de recherche et de discussion. Ma participation à ce projet m’a permis de réfléchir à ma propre expérience d’Inuk et d’élargir mon réseau en tissant des liens avec d’autres Inuits qui font des études postsecondaires. »

« Ce qui est extraordinaire avec le Qaumajuq, ajoute Heather Igloliorte, est que nous aurons la chance d’embaucher plus d’Inuits dans l’avenir : dans les processus de conservation, en gestion, en éducation et dans tous ces différents secteurs où les Inuits auront la possibilité d’être des leaders.

La collaboration à l’audioguide a amené plus de chercheurs et d’artistes inuits émergents à découvrir les collections et les possibilités de recherche et de carrière offertes dans le secteur des arts. »

Selon Stephen Borys, directeur du WAG, le Qaumajuq jouera un « rôle essentiel » pour répondre aux besoins des travailleurs culturels visés par la subvention de la Pre Igloliorte.

Le titre de l’exposition revêt deux sens : INUA signifie « esprit » ou « force vitale » dans de nombreux dialectes arctiques, mais il s’agit également de l’acronyme d’Inuit Nunangat Ungammuaktut Atautikkut, ou « Inuits marchant ensemble vers l’avenir », ce qui, selon Heather Igloliorte, témoigne de « notre vision collective pour le Qaumajuq ».


L’exposition INUA, organisée conjointement par Heather Igloliorte, professeure agrégée en histoire de l’art de Concordia, sera présentée dès le 25 mars dans le cadre de l’inauguration virtuelle du Qaumajuq à Winnipeg.

 

 



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