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L’utilisation problématique d’Internet étroitement liée à la dépression chez les adolescents, montre une nouvelle étude de Concordia

Les adolescents qui passent trop de temps en ligne ont plus de risques de dépression, de toxicomanie et de faible rendement scolaire, note István Tóth-Király, boursier de recherche postdoctorale Horizon
9 mars 2021
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La plupart des adolescents n’ont pas connu de monde sans Internet. Ils ont grandi dans un environnement connecté qui est devenu leur principal lieu d’apprentissage, de divertissement et de socialisation.

Comme de nombreuses autres études l’ont déjà montré, cette réalité n’est pas sans risque et inquiète bien des parents. Même si le temps passé sur Internet peut être instructif, voire agréable, la littérature ne manque pas sur les dommages qu’une utilisation problématique d’Internet peut entraîner chez les jeunes enfants.

Toutefois, une nouvelle étude menée par István Tóth-Király, boursier de recherche postdoctorale Horizon au Laboratoire de recherche axée sur les synergies entre approches méthodologiques et questions de fond du Département de psychologie de l’Université Concordia, est l’une des rares à se pencher sur ces effets chez les adolescents plus âgés. L’article a été coécrit par Alexandre Morin, professeur de psychologie, ainsi que Lauri Hietajärvi et Katariina Salmela-Aro, de l’Université d’Helsinki.

Publié dans la revue Child Development, l’article s’attarde aux données recueillies dans le cadre d’une étude longitudinale de trois ans sur 1 750 élèves du secondaire à Helsinki.

Tout commence par trois grandes questions. Quels sont les prédicteurs ou les déterminants d’une utilisation problématique d’Internet? Comment cette utilisation évolue-t-elle à la fin de l’adolescence, dans ce cas-ci entre 16 et 19 ans? Quelles sont les conséquences d’une utilisation problématique d’Internet au sein de ce groupe d’âge?

Istvan Toth-Kiraly, young man with a beard wearing a jacket István Tóth-Király : « Selon nos observations, il est probable que l’utilisation abusive d’Internet et les symptômes dépressifs coexistent au lieu d’avoir un lien de causalité. »

Indicateurs de risque

Les chercheurs ont cerné trois principaux déterminants d’une utilisation problématique d’Internet chez les adolescents. Le premier est la solitude, qui se définit comme un manque de relations interpersonnelles satisfaisantes ou une impression d’avoir un réseau social inadéquat. D’autres études sur le sujet ont également relevé la solitude en tant que prédicteur.

Les pratiques parentales perçues par les adolescents permettaient également de prédire l’utilisation problématique d’Internet. Les chercheurs se sont attardés aux soins des deux parents, notamment à l’expression de bienveillance, d’empathie et d’intérêt envers l’enfant et à l’entretien d’un lien étroit avec lui, de même qu’à la négligence parentale, c’est-à-dire l’instabilité de la disponibilité du parent ou son absence de réaction aux besoins de l’enfant.

Sans surprise, de meilleures pratiques parentales diminuaient l’utilisation problématique d’Internet, contrairement aux pratiques négligentes, qui la faisaient augmenter. Les chercheurs ont en outre remarqué que les comportements maternels et paternels avaient une incidence différente sur l’utilisation.

Les soins maternels, en particulier, étaient associés à une baisse de l’utilisation problématique d’Internet. Ainsi, une relation de grande qualité entre la mère et l’enfant pourrait réduire le besoin d’utiliser Internet de façon excessive. Par ailleurs, la négligence paternelle était plus fortement liée à une hausse de l’utilisation problématique d’Internet, suggérant que le manque d’encadrement et de limites nuisait à la capacité des adolescents à se fixer des limites personnelles.

Pour finir, les chercheurs ont pris en considération le genre des sujets. Ils en sont venus à la conclusion que les garçons étaient plus susceptibles que les filles d’avoir une utilisation problématique d’Internet, car ils tendent à être plus enclins aux comportements de dépendance et à l’impulsivité et, comme l’ont suggéré d’autres études, ils ont peut-être davantage de centres d’intérêt en ligne, comme les jeux vidéo, les vidéos YouTube et la pornographie. Les filles sont quant à elles plus susceptibles d’utiliser Internet à des fins sociales.

Cercle vicieux et effets néfastes

Les chercheurs ont ensuite évalué les conséquences d’une utilisation problématique d’Internet et les ont classées en trois grandes catégories.

La première catégorie est celle des symptômes dépressifs. Sans supervision, une utilisation problématique d’Internet semble associée à une hausse de la dépression. Des études antérieures ont déjà établi le même lien, mais M. Tóth-Király affirme que son équipe interprète ses résultats différemment.

« Notre étude cherche à déterminer si cette relation est bidirectionnelle ou réciproque, explique-t-il. Selon nos observations, il est probable que l’utilisation abusive d’Internet et les symptômes dépressifs coexistent au lieu d’avoir un lien de causalité. Ils se renforcent probablement mutuellement au fil du temps. »

Les autres conséquences d’une utilisation problématique d’Internet sont une hausse de la toxicomanie et une baisse du rendement scolaire. Ces résultats n’ont rien d’étonnant, et ils sont probablement eux aussi le fruit d’un lien de coexistence.

M. Tóth-Király affirme que certains adolescents vivent une période marquée par une utilisation importante d’Internet, souvent vers le milieu de l’adolescence. Le temps passé en ligne tend ensuite à diminuer à mesure que l’enfant vieillit, se fixe ses propres objectifs et limites et vit ses premières relations amoureuses. Il ajoute que les heures passées en ligne ne sont pas toujours dommageables, même si elles peuvent sembler excessives pour les parents.

« Si un adolescent passe beaucoup de temps en ligne, mais que sa santé mentale ou ses notes n’en souffrent pas vraiment et qu’aucune conséquence négative importante ne peut être déplorée, on ne peut pas vraiment qualifier son comportement de problématique », conclut-il.

Cette étude a été réalisée avec le soutien financier du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, l’Académie de Finlande et une bourse Horizon 2020.

Lire l’article cité : Longitudinal Trajectories, Social and Individual Antecedents and Outcomes of Problematic internet Use Among Late Adolescents



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