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Carbone : un nouveau cadre budgétaire donne une meilleure idée des échéances climatiques

Damon Matthews propose une méthode plus exhaustive pour mesurer la quantité de CO2 que nous pouvons émettre tout en nous conformant aux objectifs de l’Accord de Paris.
19 janvier 2021
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« Le grand nombre de prévisions du budget carbone dans la documentation scientifique suscite la confusion et l’inaction chez les responsables des politiques climatiques », affirme Damon Matthews.

Dans quelle mesure les nations du monde sont-elles près d’atteindre la cible de l’Accord de Paris, soit de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C au-dessus des valeurs de l’époque préindustrielle?

Non seulement la question est épineuse, mais la réponse est complexe. Certains scientifiques recourent au budget carbone restant pour évaluer le nombre de tonnes additionnelles de dioxyde de carbone (CO2) pouvant être émises sans que l’objectif de l’accord international entériné en 2015 ne soit dépassé. Cependant, les études réalisées à ce jour montrent d’importantes variations dans l’estimation du budget carbone restant. En effet, nombre de travaux s’appuient sur des approches et hypothèses incohérentes.

Un article rédigé par une équipe de chercheuses et de chercheurs dirigée par Damon Matthews, professeur au Département de géographie, urbanisme et environnement, vient de paraître dans Communications Earth & Environment, une publication de la revue Nature. L’article définit un nouveau cadre de calcul du budget carbone restant. La méthode proposée a notamment l’avantage de produire une estimation bien plus précise et de dissiper l’ambiguïté dans l’exercice.

D’après les scientifiques, il est raisonnable de penser que de 230 à 440 milliards de tonnes additionnelles de CO2 pourraient être émises dans l’atmosphère à compter de 2020 sans que le réchauffement climatique excède la limite fixée, soit 1,5 °C. Selon les niveaux actuels, il faudrait de cinq à dix ans pour produire une telle quantité d’émissions.

« Le grand nombre de prévisions du budget carbone dans la documentation scientifique suscite la confusion et l’inaction chez les responsables des politiques climatiques », affirme le Pr Matthews, également titulaire de la chaire de recherche de l’Université Concordia en climatologie et durabilité. « Nous avons passé en revue toutes les incertitudes et les avons intégrées dans une seule et même estimation. Il s’agit là d’une première! »

Tenir compte des facteurs d’imprécision

Le chercheur définit cinq paramètres clés quant aux incertitudes compromettant le budget carbone restant.

La première incertitude porte sur le niveau de réchauffement observé à ce jour; la deuxième, sur la quantité de CO2 émis depuis 150 ans; la troisième, sur l’importance du réchauffement constaté causé par le CO2 plutôt que par les émissions de gaz à effet de serre, hors CO2; la quatrième, sur l’apport futur des gaz autres que le CO2 au réchauffement; et la cinquième, sur l’intensité du réchauffement à venir, provoqué par les émissions déjà présentes dans l’atmosphère.

À l’aide d’un nouvel ensemble d’équations, les chercheuses et chercheurs sont parvenus à relier ces paramètres entre eux et à répartir uniformément le budget carbone restant.

Estimation médiane, les 440 milliards de tonnes de CO2 nous laissent toutefois une chance sur deux d’atteindre la cible du 1,5 °C. Selon les scientifiques, la plage d’incertitude s’étend de 230 milliards de tonnes au-dessus de la carboneutralité – c’est-à-dire la possibilité, à hauteur de 67 %, de réaliser l’objectif –  à 670 milliards de tonnes, soit une chance sur trois.

Si ces résultats tiennent compte des incertitudes géophysiques liées à une compréhension scientifique du système climatique, ils excluent les incertitudes socioéconomiques découlant des décisions humaines et des systèmes socioéconomiques. Les décisions que prend l’être humain à court terme revêtent une grande importance. En effet, elles peuvent augmenter ou amputer le budget carbone restant. Dans le contexte du nouveau cadre budgétaire, les décisions de ce type pourraient entraîner aussi bien l’ajout que la suppression d’un maximum de 170 milliards de tonnes de CO2 à l’estimation médiane du budget carbone.

Une occasion à saisir

Le Pr Matthews en est convaincu : la pandémie de COVID-19 ouvre des possibilités à la race humaine. Par rapport à 2019, l’année 2020 affiche une diminution marquée des émissions de gaz à effet de serre – la réduction des déplacements humains en étant en grande partie responsable. Si nous parvenons à axer les investissements de relance de sorte à accentuer cette diminution et à empêcher une remontée des émissions polluantes, nous accroîtrons considérablement nos chances de demeurer en deçà de la cible de 1,5 °C déterminée par l’Accord de Paris.

Autre source d’optimisme prudent : la nouvelle administration Biden aux États-Unis ferait de la lutte aux changements climatiques une priorité.

« J’ai bon espoir que la présence aux États-Unis d’un leadership national propre à mobiliser les efforts en matière de changements climatiques aura d’importantes retombées dans les prochaines années, explique le chercheur. Nous allons dans la bonne direction, mais nous ne progressons pas assez rapidement. »

 

Lisez l’article cité : « A New Framework For Understanding and Quantifying Uncertainties in the Remaining Carbon Budget ».



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