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Les termes utilisés pour décrire le « terrorisme endogène » en révèlent autant sur leurs auteurs que sur les terroristes nés au Canada.

Kris Millett, candidat au doctorat, étudie la façon dont les politiciens, les journalistes et les universitaires s’appuient sur des faits fiables pour décrire des problèmes complexes
9 septembre 2020
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Kris Millett : « Certaines idées d’extrême droite sont ancrées dans l’histoire canadienne, ce qui n’est pas le cas pour l’extrémisme dit islamiste ».

Dans la décennie qui a suivi les attentats du 11 septembre aux États-Unis, la peur du terroriste national frappe l’imaginaire des journalistes, des universitaires, des politiciens et des responsables de la sécurité. Le concept est né d’un ensemble particulier de conjectures : le terroriste est un jeune homme radicalisé, habituellement fils d’immigrants musulmans, résolu à attaquer les symboles d’autorité de son propre pays à la demande d’une figure religieuse trouvée sur Internet.

Kris Millett est candidat au doctorat au Département de sociologie et d’anthropologie de l’Université Concordia. Il a récemment publié un article dans le Journal of Canadian Studies, dans lequel il s’intéresse à la façon dont le concept de terrorisme endogène est représenté dans les médias, les articles universitaires et la littérature grise (rapports gouvernementaux et de groupes de réflexion, évaluations, exposés de principes, etc.). Après avoir analysé une sélection de publications, M. Millett observe l’existence d’un schéma narratif récurrent, qui regroupe les a priori sur les jeunes radicalisés cités plus haut, en plus des éléments suivants :

Le terrorisme endogène est un phénomène relativement nouveau qui prend de l’ampleur.

Il représente une menace considérable, voire existentielle, à la sécurité nationale.

  • Il attire et transforme de jeunes Canadiens considérés comme « normaux ».
  • Il n’y a généralement pas de causes uniques à la radicalisation.
  • En résulte un sentiment persistant de menace et d’incertitude à l’intérieur des frontières.

Ce cadre, explique-t-il, n’est pas nécessairement inexact, mais il est le fruit de l’opinion partagée au sein d’un groupe relativement restreint d’experts respectés et issus de milieux qui, souvent, se chevauchent : les médias, les universités et le gouvernement. Le chercheur souligne que ce cadre laisse d’une part peu de place à d’autres voix capables d’apporter de nouvelles perspectives sur la question et qu’il repose d’autre part trop souvent sur des préjugés orientalistes à l’encontre des minorités musulmanes et racisées du Canada.

Évolution des menaces et du discours

Bien que l’extrémisme de droite soit apparu comme une menace importante pour les Canadiens au cours des dernières années, M. Millett remarque que cet enjeu n’est pas abordé avec le même discours – ou le même sentiment d’urgence – que celui observé lorsque les menaces provenaient de la communauté musulmane canadienne.

« Certaines idées d’extrême droite sont ancrées dans l’histoire canadienne d’une manière distincte de l’extrémisme dit islamiste, explique le chercheur. Alors que la notion de terrorisme endogène signifie que les gens se demandent : “Que se passe-t-il à l’intérieur de nos frontières?”, l’utilisation du mot endogène, ou d’origine intérieure, suggère que ce type de problème est censé se produire ailleurs, que ça n’a rien à voir avec nous. »

On trouve dans la littérature certaines similarités dans la manière de décrire les extrémistes de droite et les extrémistes islamistes, notamment lorsqu’il est question de la radicalisation des jeunes Canadiens soi-disant « normaux ». Or, M. Millett note aussi des différences majeures.

Après la fusillade sur la Colline du Parlement d’octobre 2014, les politiciens et les responsables de la sécurité ont déclaré que des extrémistes musulmans ciblaient « la civilisation occidentale et son style de gouvernement », qu’ils cultivaient une « haine… envers les Canadiens normaux » et qu’ils étaient « prêts à attaquer les fondements de notre nation ».

Ce type de discours est pratiquement absent lorsqu’il est question de l’attentat de la mosquée de Québec en janvier 2017 ou de l’attaque à la voiture-bélier de Toronto en 2018 – alors que ces derniers ont été plus meurtriers que la fusillade d’Ottawa. « L’extrémisme de droite est davantage perçu comme une menace envers la sécurité publique qu’une menace existentielle », indique-t-il.

Un problème grandissant prêt à être étudié

Le discours existant sera remis en question par les nouvelles voix qui émergent depuis une dizaine d’années en réponse à la montée de l’extrême droite. M. Millett espère que, parmi ses voix, nous entendrons celles des études du genre et de la jeunesse, des théories critiques de la race, et des communautés qui sont, en grande partie, au cœur de la discussion.

Alors qu’il s’apprête à finaliser ses travaux de recherche et à rédiger sa thèse, M. Millett annonce qu’il entend poursuivre l’étude de la contre-radicalisation, un domaine de recherche dynamique qui s’est largement développé au cours des 10 dernières années.

« Il se situe à l’intersection d’autres types de problèmes sociaux entourant les jeunes à risque, dit-il. C’est un projet gigantesque et j’ai beaucoup de travail à faire. »


Découvrez l’article cité : « 
Conceptualizing a National Threat: Representations of ‘Homegrown Terrorism’ in the News Media, Academia, and Grey Literature in Canada ».

 

 



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