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Permettre aux enfants d’interagir avec leurs amis après le confinement est plus important que jamais, selon le psychologue William Bukowski

Des liens solides avec les pairs sont un bon indicateur de la stabilité émotionnelle et d’une perception positive de soi, montre une étude de Concordia
7 juillet 2020
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William Bukowski : « Les enfants qui sont appréciés de leurs pairs sont protégés contre divers types de risques. »

Les experts en santé mentale s’inquiètent des effets néfastes de l’isolement social sur les enfants, en particulier les adolescents. La réouverture des camps de jour au Québec est donc une bonne nouvelle tant pour les parents que pour les jeunes.

Selon William Bukowski, professeur de psychologie à la Faculté des arts et des sciences et titulaire de la chaire honorifique de recherche en psychologie de l'Université Concordia (niveau 1), les contacts avec les pairs sont particulièrement importants durant la pandémie actuelle de COVID-19.

« Les changements survenus dans leur vie quotidienne et les contextes où ils évoluent ordinairement ont accru l’incertitude ressentie par bien des enfants. Or, bon nombre d’entre eux tolèrent mal l’incertitude, et cette intolérance est un aspect majeur de l’anxiété », explique le professeur Bukowski.

Le maintien de contacts grâce aux médias sociaux et aux téléphones cellulaires aide les enfants plus âgés à acquérir un sens de la sécurité en amitié, ce qui peut avoir une incidence sur le reste de leur vie. En effet, dans une étude rédigée en collaboration avec Megan Wood et Jonathan Santo, alors doctorants, et publiée dans la revue Journal of Clinical Child and Adolescent Psychology, William Bukowski montre que la sécurité en amitié perturbe la continuité de l’anxiété chez les enfants d’âge scolaire avancé. Du reste, ce facteur exerce un effet plus marqué en ce sens que tout autre aspect de l’amitié.

Le professeur Bukowski est ses étudiants actuels Bianca Panarello et Ryan Persram ont réalisé une série de présentations vidéo relatives à la pandémie à l’intention des enfants d’âge scolaire. Ils y exposent les façons dont les enfants peuvent maintenir les aspects bénéfiques des interactions avec leurs pairs durant les périodes où les écoles et les camps d’été sont fermés. Ils abordent également des enjeux entourant le retour à l’école en septembre.

Tendances croissantes

Dans un article plus récent, William Bukowski montre que les amitiés d’enfance ont des bienfaits qui se perpétuent longtemps après l’adolescence.

Le professeur Bukowski a cosigné l’étude, publiée dans la revue Psychologica Belgica, avec Sabine Nelis, une boursière postdoctorale à Concordia venant de l’université KU Leuven, en Belgique. Ils ont observé les expériences quotidiennes d’un groupe de jeunes adolescents et les variations de leurs niveaux d’anxiété au cours d’une journée moyenne.

Les chercheurs ont évalué 94 enfants en cinquième et sixième année (âge médian : 10,8 ans). Ils leur ont posé des questions cinq fois par jour pendant quatre jours consécutifs. Les jeunes fréquentaient une école anglophone de la région de Montréal qui accueille des élèves de tous les groupes socioéconomiques.

« Nous leur avons posé des questions sur leurs émotions, positives et négatives. Nous cherchions à savoir ce qui fait fluctuer leur niveau d’anxiété », relate le professeur.

Les chercheurs ont également analysé des données tirées de questionnaires remplis par les élèves. Les questions portaient sur leurs émotions, leur degré de popularité, leur estime de soi et l’évaluation qu’ils faisaient de leurs pairs selon divers critères.

L’amitié, gage de stabilité

L’analyse des données a révélé que les enfants qui sont appréciés de leurs pairs et présentent des liens d’amitié solides sont plus susceptibles de déclarer un affect positif (en d’autres mots, des sentiments heureux) et moins susceptibles de déclarer un affect négatif que les enfants qui sont moins bien entourés. Surtout, les enfants qui avaient des amis affichaient également de moins grandes fluctuations de leurs expériences émotionnelles. Plus précisément, ces enfants étaient beaucoup moins susceptibles d’indiquer un affect négatif et de passer d’un extrême à l’autre dans leurs émotions.

« Les résultats de l’étude montrent clairement que les amitiés pendant l’enfance agissent comme des fondations, explique le professeur Bukowski. Ils atténuent les variations et favorisent la stabilité.

Le chercheur souligne qu’une instabilité constante chez l’enfant peut avoir des conséquences à long terme. Outre un sentiment général d’insatisfaction, elle peut entraîner des effets physiologiques, comme une érosion du système de réaction au stress de l’organisme. C’est pour cette raison que les chercheurs sont partis de l’hypothèse que la stabilité émotionnelle est positive dans l’ensemble.

Être seul, ce n’est pas la fin du monde

William Bukowski souligne que les enfants qui sont moins populaires auprès de leurs pairs ne sont pas toujours à risque.

« Tout parent doit savoir que chaque enfant se retrouve sans ami à un moment ou à un autre. Ainsi va la vie, tout simplement. De même, chaque enfant se fait un ami à un moment ou à un autre. Les enfants doivent absolument réfléchir au type d’amis qu’ils recherchent et à l’équilibre général dans leurs relations.

Il ajoute que les parents peuvent aider leurs enfants en leur demandant, au début de l’année scolaire, quel type d’amis ils veulent avoir. Cherchent-ils des amis qui sont populaires, ou des amis qui ont des centres d’intérêt, des habiletés et des valeurs semblables aux leurs?

Le chercheur espère pousser plus loin ses travaux en utilisant la même approche auprès d’enfants jugés à risque, en particulier ceux qui viennent de milieux défavorisés et les réfugiés.

 

Lisez l’étude citée (en anglais seulement) : Daily Affect and Self-Esteem in Early Adolescence: Correlates of Mean Levels and Within-Person Variability

Regardez la série de vidéos sur le canal YouTube de Concordia.



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