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Grandir dans la pauvreté double les diagnostics de maladies mentales du spectre psychotique comme la schizophrénie

Une étude de l’Université Concordia et de l’Université de la Californie à Davis a suivi des familles durant trois décennies
26 avril 2019

Une personne moyenne qui grandit dans un quartier urbain pauvre court deux fois plus de risques de développer un trouble du spectre psychotique avant d’atteindre le milieu de l’âge adulte. C’est la conclusion frappante d’une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’Université Concordia et de l’Université de la Californie à Davis auprès de quelque 4 000 familles suivies durant 30 ans.

L’étude indique qu’une intervention sous forme de politiques sociales et d’investissements en vue d’améliorer les quartiers pourrait prévenir des maladies débilitantes à l’avenir et ainsi réduire les coûts sociaux et personnels qu’elles entraînent. Les auteurs proposent en outre d’identifier les jeunes qui ont le plus besoin d’aide en observant certains comportements dès l’enfance.

« Diminuer la pauvreté et les inégalités urbaines, notamment une variété de caractéristiques sociales, économiques et physiques des quartiers défavorisés, pourrait être un moyen d’améliorer la santé mentale de la population, affirme Lisa Serbin, titulaire de la chaire de recherche de l’Université Concordia en développement humain et coauteure de l’étude. De même, repérer certains comportements comme l’agressivité et le retrait social chez les enfants contribuerait à identifier ceux pour qui une intervention précoce pourrait prévenir des troubles psychiatriques graves à l’âge adulte. »

Si l’hérédité (c.-à-d. le fait d’avoir un parent atteint d’une maladie similaire) constitue un facteur important pour prédire la schizophrénie, l’étude montre clairement que certains facteurs environnementaux présents durant l’enfance influent sur la santé mentale par la suite. Les résultats s’appliquent également au trouble bipolaire et à d’autres troubles comprenant des psychoses, soit des ruptures avec la réalité accompagnées d’illusions et d’hallucinations.

L’étude, « Predicting psychosis-spectrum diagnoses in adulthood from social behaviors and neighborhood contexts in childhood », a paru le 24 avril dans la revue Development and Psychopathology. Les coauteurs de la Pre Serbin étaient Paul D. Hastings, de l’Université de la Californie à Davis, Dale Stack, William Bukowski, Daniel Dickson et Alex Schwartzman, de l’Université Concordia, Jon Helm, de l’Université d’État de San Diego, et Jane Ledingham, de l’Université d’Ottawa.

Les origines de ce projet de recherche longitudinal de Concordia remontent aux années 1970, lorsque les premiers chercheurs, la Pre Ledingham et le Pr Schwartzman, ont voulu mettre à l’épreuve les théories existantes sur le rôle de l’adversité précoce et des caractéristiques sociales des enfants dans le développement de troubles psychiatriques. Les chercheurs ont suivi des familles qui vivaient dans des communautés urbaines à faible revenu des quartiers francophones de Montréal, comme Hochelaga-Maisonneuve, ce qui représentait près de 11 000 sujets. Des rapports par les pairs sur le comportement à l’école ont permis d’évaluer l’agressivité, le repli et l’amabilité des enfants.

Au milieu des années 2000, les Prs Hastings, Schwartzman, Serbin, Stack et leurs collègues ont entrepris d’examiner les dossiers médicaux individuels des membres des familles ainsi que les données du recensement sur les conditions économiques des quartiers pour les trois décennies précédentes. En moyenne, les enfants étaient âgés d’environ dix ans au début de l’étude et ont été suivis jusqu’à l’âge de 40 ans; durant cette période, leurs parents sont passés de la fin de la trentaine à la fin de la soixantaine. Les chercheurs ont pu analyser les dossiers numériquement codés des familles des sujets pour cerner les diagnostics psychiatriques.

« Sans disposer d’un long délai, d’un large échantillon et de plusieurs générations, il serait impossible d’identifier de multiples facteurs de risques ou de comprendre leur rôle dans le développement de graves maladies mentales, explique Dale Stack, coauteur de l’étude et professeur de psychologie à Concordia. Cette enquête longitudinale sur les risques fournit l’un des rares ensembles de données dans le monde permettant d’aborder ces questions de recherche pressantes. »

Plus de six pour cent des enfants étudiés avaient développé un trouble schizophrénique, un trouble bipolaire avec psychose ou d’autres troubles du spectre psychotique au milieu de l’âge adulte. De plus, les enfants qui avaient grandi dans les quartiers les plus défavorisés étaient les plus susceptibles d’avoir reçu un diagnostic de schizophrénie ou de trouble bipolaire.

L’étude a en outre révélé que les comportements sociaux des enfants constituaient de bons prédicteurs des maladies psychotiques. Les enfants évalués par leurs pairs comme étant à la fois très agressifs et très renfermés s’avéraient particulièrement susceptibles de développer des troubles du spectre psychotique s’ils avaient aussi grandi dans les quartiers les plus pauvres.

« Bien que la présence d’un composant génétique soit manifeste, comme le montrent les taux élevés de troubles du spectre psychotique que nous avons remarqués dans des générations successives, certains facteurs environnementaux et caractéristiques comportementales influent également sur la santé mentale, affirme la Pre Serbin. Dans une perspective de prévention, ces prédicteurs supplémentaires pourraient favoriser une intervention précoce. » La chercheuse ajoute que ces résultats peuvent aider les enfants à risque à éviter de développer une maladie mentale grave plus tard dans leur vie.

« Il n’existe aucun remède connu pour ces troubles graves, et les traitements disponibles ne servent qu’à gérer ou à limiter les symptômes chroniques, conclut Lisa Serbin. Il importe par conséquent d’explorer l’avenue de la prévention, qui n’est possible que lorsque les prédicteurs ainsi que les facteurs de risques et de protection ont été identifiés avant l’apparition de la maladie mentale. »


La recherche a été financée et appuyée par les Instituts de recherche en santé du Canada, le Center for Poverty Research et le Center for Mind & Brain de l’Université de la Californie à Davis ainsi que le Centre de recherche en développement humain de l’Université Concordia. L’étude a été rendue possible par la Commission d’accès à l’information du Québec, la Régie de l’assurance maladie du Québec ainsi que les ministères de la Santé et de l’Éducation du Québec.

 

Contact

Patrick Lejtenyi
Conseiller Affaires publiques 
514 848-2424, poste 5068 
patrick.lejtenyi@concordia.ca
@ConcordiaUnews



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