William (dit Bill) Akin (1936–2025) : « Peut-être suis-je un érudit, après tout »
William (dit Bill) Akin | Photo gracieuseté du Collège Ursinus
William (dit Bill) Akin, ancien professeur et administrateur à l’Université Concordia et l’un des doyens fondateurs de la Faculté des arts et des sciences, est décédé à Collegeville, en Pennsylvanie, le 25 juin 2025.
Né aux États-Unis, Bill Akin s’est spécialisé dans l’histoire de ce pays. Dès son arrivée à Montréal en 1969, il commence à travailler en tant que professeur adjoint au Département d’histoire du Loyola College, l’un des établissements fondateurs de Concordia, et y reste jusqu’à son retour aux États-Unis dix ans plus tard.
Au cours de ses dix années passées à l’Université, Bill Akin gravit les échelons administratifs, d’abord à Loyola, puis à Concordia. En 1971, deux ans seulement après son arrivée, il devient directeur du Département d’histoire de Loyola, poste qu’il occupe pendant cinq ans. Il agit ensuite à titre de vice-doyen de la Faculté des arts et des sciences de Loyola de 1975 à 1977.
Bien que l’Université Concordia ouvre ses portes à l’automne 1974, au lendemain de la fusion de la Sir George Williams University et du Loyola College, il faudra quelques années pour intégrer complètement les départements et les facultés. Ainsi, les facultés des arts et des sciences des anciens établissements restent séparées jusqu’à ce qu’elles se fondent officiellement en une seule entité, en 1977.
La nouvelle faculté est structurée en trois divisions pédagogiques et une division pour les collèges et les petites unités, dirigées par quatre doyennes et doyens qui relèvent du vice-recteur aux affaires académiques (arts et sciences), monseigneur Russell Breen. Bill Akin est le premier doyen de la Division 1 (lettres et sciences humaines).
Il occupe ce poste pendant deux ans avant de quitter ses fonctions pour devenir vice-recteur aux affaires académiques et doyen de l’Ursinus College, établissement voué aux études humanistes situé à Collegeville.
Bill Akin s’est entretenu avec le journal de l’Université, The Thursday Report, au moment de son départ de Concordia en 1979.
« Lorsque je suis devenu doyen, je me suis fixé des objectifs et je les ai atteints, a-t-il déclaré. Je pense que je peux m’en aller maintenant, car j’ai accompli ce que je voulais faire. »
Parmi les réalisations mentionnées par Bill Akin figurent l’intégration des départements universitaires et la collaboration avec le vice-recteur Robert Wall dans la mise sur pied du Collège d’études humanistes, de l’Institut Simone de Beauvoir, du Collège des sciences, de l’École des affaires publiques et communautaires et du Collège Lonergan.
Histoire et baseball
Né dans le comté de Chambers, en Alabama, Bill Akin passe deux années dans l’armée américaine avant d’obtenir un baccalauréat (en 1961) et une maîtrise (en 1963) à l’Université du Maryland, à College Park. Il obtient en 1970 son doctorat à l’Université de Rochester, dans l’État de New York, tout en travaillant à Loyola.
Il tire de sa thèse de doctorat un ouvrage intitulé Technocracy and the American Dream: The Technocrat Movement 1900–1941 (University of California Press), publié en 1977.
À l’Ursinus College, Bill Akin occupe les fonctions de vice-recteur aux affaires académiques et de doyen depuis son arrivée jusqu’à sa retraite, en 1995. Mais il n’a pas encore dit son dernier mot : l’année suivante, il prend la direction du Département des sports de l’établissement et dirige le programme sportif jusqu’à son départ en 2002.
Mais il demeure actif.
Outre l’histoire des États-Unis, Bill Akin éprouve un vif intérêt pour le baseball. Après avoir quitté Ursinus, il écrit trois livres sur le sujet, tous publiés par la maison d’édition McFarland : West Virginia Baseball: A History, 1965–2000 (2006), The Middle Atlantic League, 1925–1952 (2015) et American Legion Baseball: A History, 1924–2020 (2021).
Parmi ses autres distinctions, il reçoit un doctorat honorifique de l’Université Tohoku Gakuin, à Sendai, au Japon.
À la mémoire de Bill
Bien que Bill Akin ait quitté Concordia et Montréal il y a plus de 45 ans, plusieurs de ses anciens collègues sont restés en contact avec lui.
Don Taddeo (B.A. 1967) se lie d’amitié avec Bill Akin alors qu’ils travaillent tous deux au bureau de monseigneur Breen, au milieu des années 1970. À l’époque, Bill Akin est vice-doyen de la Faculté des arts et des sciences de Loyola et Don Taddeo adjoint de direction de monseigneur Breen.
« Bill et moi nous retrouvions pour dîner une fois par semaine, parfois deux. Je ne savais pas qu’il était né en Alabama, mais il avait clairement l’accent typique du Sud », se souvient Don Taddeo.
Don Taddeo a occupé plusieurs postes à Concordia au fil de ses 25 années de service, notamment celui de doyen de ce qui est aujourd’hui l’École de génie et d’informatique Gina-Cody. Plus récemment, il a été adjoint du président chargé de la planification et du développement à l’école secondaire Loyola de Montréal avant de prendre sa retraite l’année dernière.
« Après le départ de Bill Akin, je suis allé lui rendre visite une fois à Ursinus, et il était vraiment dans son élément, raconte Don Taddeo. Je pense qu’il a toujours voulu être doyen d’une petite université d’études humanistes. »
Don Taddeo et Bill Akin ont continué de s’échanger des cartes de Noël chaque année.
« C’est ainsi que j’ai appris son décès, se désole Don Taddeo. J’ai reçu une carte de Noël de sa femme, Libby, il y a quelques semaines. Elle m’écrivait ceci : “Au cas où tu ne serais pas au courant, Bill est décédé en juin dernier.”. »
Robert Tittler, professeur émérite distingué d’histoire à Concordia, arrive au Département d’histoire de Loyola la même année que Bill Akin. Comme celui-ci, le Pr Tittler est originaire des États-Unis, ce qui est le cas « d’environ la moitié des membres du département », précise-t-il.
Il en va de même pour de nombreux départements de l’Université. En effet, l’augmentation soudaine des inscriptions due à l’arrivée massive des baby-boomers oblige les universités à ajouter rapidement des cours et à embaucher de nombreux professeurs. Et à l’époque, il n’y a pas suffisamment d’universitaires canadiens pour répondre à la demande.
« Bill était un peu plus âgé et possédait une riche expérience, relate Robert Tittler. Il était également féru de baseball américain, et son enthousiasme pour ce sport n’a pas tardé à influer sur son style de gestion en tant que directeur du département. »
Ainsi, Robert Tittler raconte que Bill Akin emmenait chaque année l’équipe du département assister à un match des Expos de Montréal au parc Jarry. « C’étaient les seuls matchs auxquels Mary Vipond assistait », note Robert Tittler à propos d’une membre du département d’histoire aujourd’hui professeure émérite.
Robert Tittler n’a pas oublié l’enthousiasme manifesté par Bill Akin devant l’accueil chaleureux réservé à son ouvrage Technocracy and the American Dream lors de sa publication en 1977. Au nombre des admirateurs figurait Buckminster Fuller, architecte et inventeur de renom dont les conceptions futuristes englobent le pavillon américain de l’Expo 67 de Montréal (devenu aujourd’hui la Biosphère, musée consacré à l’environnement au parc Jean-Drapeau).
« Buckminster Fuller a offert une très bonne critique du livre, rapporte Robert Tittler, ce qui a fait dire à Bill : “Peut-être suis-je un érudit, après tout.”. »