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Découvrez comment Jonathan Wener a mis au jour l’héritage artistique de son ancêtre William Raphael

Les efforts déployés pendant des décennies par l’ancien chancelier de Concordia et président du conseil de Canderel ont culminé avec la publication d’un nouvel ouvrage de l’Institut de l’art canadien
9 juillet 2026
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Par Ian Harrison, B.Comm. 2001


Une peinture représentant la foule animée du Vieux-Port de Montréal. Derrière le marché Bonsecours, par William Raphael (1866).

C’est à la maison mère des Sœurs de Sainte-Anne à Lachine, dans un atelier baigné de lumière naturelle et situé juste à gauche de l’autel, que l’ancien chancelier de Concordia Jonathan Wener, B. Comm. 1971, prend pour la première fois la mesure de ce qui va devenir une quête de plusieurs décennies.

Sur les murs sont accrochées des dizaines de toiles de son arrière-arrière-grand-père, le peintre montréalais William Raphael, né Israel Rafalsky en Prusse en 1833. Au total, l’atelier renferme une centaine d’œuvres, pour la plupart méconnues, jamais étudiées et, pendant des années, hors de portée.

Wener demande alors à la mère supérieure de l’époque s’il peut en acquérir quelques-unes. La réponse est négative.

Il persiste néanmoins.

Pendant 25 ans, il revient chaque année poser la même question : les sœurs envisagent-elles un jour de vendre une partie de la collection?

Il y a trois ans, il reçoit finalement une réponse positive. La Congrégation des Sœurs de Sainte-Anne décide de diviser les œuvres : une moitié ira au Musée de Lachine, et l’autre à Wener.

Cet épisode marque l’aboutissement d’une quête entamée cinq décennies plus tôt, alors que Wener visite durant son enfance le Musée des beaux-arts du Canada avec sa grand-mère et sa tante, qui l’emmènent voir Derrière le marché Bonsecours, réalisée par Raphael en 1866.

L’œuvre – une représentation foisonnante de la vie de rue montréalaise à l’arrière du Marché Bonsecours – renferme un petit autoportrait de l’artiste tenant son portfolio et sa pipe. Des années plus tard, Wener fera agrandir ce personnage à partir d’un détail de quelques centimètres de hauteur pour produire une silhouette grandeur nature à l’occasion d’un rassemblement communautaire; ce geste rendra concrète la présence de l’artiste au sein même de sa création.

« J’étais fasciné par cette peinture, explique Wener. Elle m’a inspiré ».

S’ensuit une accumulation discrète d’œuvres et de questionnements. Il se souvient que sa grand-mère avait un jour entreposé une centaine de tableaux de William Raphael dans un sous-sol – certains étaient en mauvais état, et beaucoup ont ensuite été dispersés. Au fil du temps, Wener rassemble une collection de 166 œuvres, retraçant les toiles dans les galeries, les ventes aux enchères et les collections privées, souvent avec l’aide de bons amis d’enfance et de spécialistes tels que la famille Klinkhoff.

Mais la question fondamentale persiste : pourquoi William Raphael n’est-il pas plus connu?

Au 19e siècle, le peintre connaît pourtant une carrière fructueuse en peignant des scènes de vie urbaine montréalaise et de vie rurale québécoise. Wener finit par comprendre, grâce aux recherches compilées pour un nouvel ouvrage savant et aux commentaires de l’Institut de l’art canadien, que la montée massive de l’antisémitisme en Amérique du Nord a contribué au déclin professionnel de l’artiste et à la perte de ses œuvres.

« J’ignorais tout cela, indique Wener. Ces révélations sont le fruit de longues recherches ».

Des liens avec Concordia

Les recherches en question ont été menées par l’historien de l’art Pierre-Olivier Ouellet dans le cadre de l’ouvrage William Raphael : sa vie et son œuvre, publié par l’Institut de l’art canadien.

Sara Angel, directrice générale de l’institut, décrit Raphael comme l’un des rares artistes du 19e siècle à avoir porté son regard sur le quotidien au Canada et le premier artiste juif connu dans le pays.

Wener utilise également les recherches – distinctes mais déterminantes – d’une diplômée de Concordia, Sharon Goelman, B.A. 1969, M. Bx-arts 1978, qui rédige un mémoire de maîtrise sur William Raphael dans les années 1970. Selon Wener, ces travaux universitaires précurseurs ont contribué à façonner et à structurer les recherches subséquentes de Pierre-Olivier Ouellet, constituant l’une des pierres d’assises de sa publication.

Jonathan Wener se tient dans une galerie d'art, entouré de ses trois enfants et de sa femme. Jonathan Wener, B.Comm. 1971, et sa famille

À mesure que son propre projet évolue, Wener délaisse l’idée de réaliser un livre de prestige traditionnel et réunit un groupe de conseillères et de conseillers issus du réseau d’expertise de Concordia afin de déterminer l’orientation à privilégier.

Parmi eux figurent Annie Gérin, doyenne de la Faculté des beaux-arts, Anne Whitelaw, B. Bx-arts 1987, Dipl. 2e cycle 1992, Ph. D. 1996, historienne de l’art et ancienne vice-rectrice exécutive aux affaires académiques, et Clarence Epstein, ancien administrateur principal, chef du projet de restitution des œuvres de Max-Stern à Concordia ainsi que président et directeur général de la Fondation de la famille Claudine et Stephen Bronfman.

Leurs échanges les amènent à privilégier un modèle de publication numérique bilingue réalisée avec l’Institut de l’art canadien, une formule permettant de rejoindre un public beaucoup plus vaste que ne l’aurait fait une édition imprimée.

« La différence se situe dans le rayonnement, poursuit Wener. Un livre de prestige n’est vu que par quelques milliers de personnes, tandis qu’en ligne, il peut être consulté par des dizaines de milliers de personnes et être mis à jour plus facilement. »

Pour le fondateur et président de Canderel, ce projet s’inscrit également dans le cadre d’un effort à plus long terme visant à préserver et à faire connaître les œuvres de William Raphael, qu’il a passé une bonne partie de sa vie à collectionner.

William Raphael : sa vie et son œuvre a été lancé ce printemps à Montréal et à Toronto, attirant quelque 700 personnes. À Montréal, plus de vingt œuvres de la collection personnelle de Wener ont été exposées.

« C’est l’un des moments dont je suis le plus fier », souligne-t-il.

Pour Wener, le projet témoigne de liens durables avec la communauté universitaire, qu’il considère comme un partenaire intellectuel dans la construction de la mémoire culturelle.

Comme les demandes concernant l’œuvre de Raphael continuent d’affluer, Wener réfléchit à de nouvelles avenues pour en favoriser l’accès au public, notamment au moyen d’expositions et d’un modèle de « banque d’art » itinérante.

Il poursuit également le catalogage de l’œuvre de William Raphael à mesure que de nouvelles peintures font surface.

Plus d’un siècle après la mort du peintre, l’inventaire de sa production demeure inachevé et ne cesse de s’enrichir.

« Chaque fois que je crois avoir fait le tour de la question, une nouvelle œuvre surgit et remet en cause ce que je pensais savoir », conclut Wener.



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