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La ville néolibérale doit changer, affirme Meghan Joy, professeure à Concordia

Un nouveau programme politique en appelle à des mesures progressistes pour restreindre les inégalités croissantes
2 mars 2021
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À quoi pourrait ressembler une ville véritablement progressiste? Une ville qui porte un intérêt réel aux questions qui touchent directement les personnes à faible revenu, les personnes âgées, les communautés marginalisées et les autres citoyennes et citoyens que les politiques néolibérales ont vraisemblablement laissés tomber?

Aux dires de Meghan Joy, professeure adjointe de science politique, les expertes et experts en études urbaines – en particulier les spécialistes des politiques urbaines – devraient réévaluer le concept de ville progressiste. Autrefois généralement acceptée, cette notion a perdu en popularité au cours des dernières décennies – les personnalités politiques locales lui préférant le modèle néolibéral qui, selon elle, privilégie la création de richesse au détriment de la qualité de vie et de l’accessibilité pour tous. Dans un article rédigé en collaboration avec Ronald K. Vogel, de l’Université Ryerson, la professeure Joy propose un programme à l’intention des responsables des politiques urbaines qui jugent qu’il est peut-être temps de repenser la manière dont les villes sont gérées et dont les avantages de cette gestion sont répartis. Leur article a été publié récemment dans la revue Urban Affairs Review.

« Le modèle néolibéral de la ville a eu du temps pour prouver sa capacité à répondre aux besoins de l’ensemble de la population urbaine », fait remarquer Joy. « Or, de toute évidence, il ne fonctionne pas. Qui plus est, ce sont les personnes vulnérables et celles qui ont un faible revenu qui s’en trouvent particulièrement lésées. »

Young woman outside with sunglasses on a sunny winter day Meghan Joy: « Le modèle urbain néolibéral a eu du temps pour prouver sa capacité à répondre aux besoins de l’ensemble de la population des villes. Or, de toute évidence, il ne fonctionne pas. »

Des solutions progressistes aux problèmes d’ordre politique

Selon Joy, beaucoup de villes atteignent un état de crise, particulièrement dans quatre secteurs clés : le logement; l’emploi; le transport et les changements climatiques. Dans leur article, les auteurs ne s’attaquent pas aux enjeux policiers, mais reconnaissent que dans l’élaboration de tout programme politique progressiste, il est essentiel de repenser les approches actuelles en matière de criminalité et de maintien de l’ordre.

Dans leur programme, les professeurs Joy et Vogel font état des principaux problèmes dans chaque secteur et avancent des solutions progressistes.

Ils expliquent que les options de logement abordable dépendent souvent des incitatifs offerts aux promoteurs immobiliers qui, au bout du compte, finissent par bâtir plus d’habitations pour les personnes à revenu moyen que pour celles à faible revenu. Les auteurs proposent des solutions créatives déjà adoptées dans des villes aussi différentes les unes des autres que le sont Vienne et Hong Kong : les gouvernements et administrations choisissent soit de posséder eux-mêmes de grands parcs immobiliers, soit de soutenir des promoteurs non tributaires du marché pour s’assurer que les personnes à faible revenu ne sont pas poussées hors de la ville.

La désindustrialisation a eu des répercussions majeures sur la nature de l’emploi dans de nombreuses villes, de même que sur l’ensemble de leurs finances. Les politiques néolibérales ont entraîné une forte croissance de l’économie fondée sur le service, mais les inégalités salariales et la précarité des emplois ont conduit à une aggravation de la pauvreté et à un rétrécissement de la classe moyenne. Les auteurs estiment que les autorités municipales doivent consacrer plus d’argent à l’embauche d’une main-d’œuvre apte à fournir des services publics et miser davantage sur le talent à l’interne, plutôt que de recruter des consultants issus d’entités à but lucratif.

Parmi les effets du néolibéralisme sur le transport, outre le sous-financement chronique du transport en commun, on constate un manque de service manifeste auprès des segments de population qui en ont le plus besoin. Or, ce problème est étroitement lié au logement. En effet, le prix des habitations situées à proximité des points d’accès au transport en commun dépasse souvent de loin les moyens financiers des salariés à faible revenu. Les auteurs recommandent la mise en place d’un plan de transport public fondé sur l’équité sociale qui comprendrait notamment des subventions et un accès élargi, de façon à mieux servir les communautés désavantagées.

Enfin, les changements climatiques ont eu pour effet d’augmenter la probabilité et la gravité des désastres naturels, tels que les inondations, les ouragans, les tempêtes hivernales et les tornades, lesquels imposent souvent des évacuations massives et l’instauration d’importantes mesures d’urgence. Beaucoup de résidents à faible revenu n’ont pas la capacité de se mettre à l’abri, même à la suite d’un préavis et, lorsqu’ils doivent être relogés, disposent souvent de peu d’options. Meaghan Joy et Ronald K. Vogel souhaitent voir d’autres solutions que celles fondées sur les forces du marché et l’entrepreneuriat et recommandent la mise en place de politiques axées sur la diminution de l’empreinte environnementale générale.

L’émergence des mouvements populaires

Joy est d’avis que la résistance citoyenne face au néolibéralisme s’accroît dans les villes. De plus en plus, on constate que les mouvements populaires s’approprient les leviers du pouvoir municipal.

« Nous assistons à une montée des mouvements populaires, surtout à travers le phénomène Black Lives Matter et l’appel au définancement de la police, mais aussi autour d’enjeux comme la COVID-19 et le logement », souligne la chercheuse.

« Aujourd’hui, on se demande davantage à qui s’adressent les politiques urbaines que nous élaborons et à qui elles profitent dans la ville. Nous devons réfléchir à la façon de traduire cet élan en un programme politique qui tient compte de l’ensemble des citoyennes et citoyens. »

Lisez l’article cité (en anglais seulement) : Beyond Neoliberalism: A Policy Agenda for a Progressive City.



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