Une étudiante de Concordia dresse une carte mondiale de l’habitat de primates mis en péril par les changements climatiques

Brogan Stewart révèle la menace que fait peser la hausse des températures sur des centaines d’espèces de primates, dont les singes anthropoïdes et les prosimiens
18 août 2020
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an Stewart : « Ce serait génial si mes travaux pouvaient contribuer véritablement aux efforts de conservation. »

La liste des menaces qui résultent de l’action humaine et auxquelles font face les primates autres que l’humain est interminable. Déforestation, braconnage, commerce d’animaux exotiques, maladies infectieuses… Toutes contribuent au déclin des populations mondiales de singes anthropoïdes, de prosimiens, comme le lémur, et d’autres primates.

Dans un article paru récemment dans la revue Climatic Change, Brogan Stewart pose comme hypothèse que les changements climatiques pourraient constituer une menace supplémentaire. Aujourd’hui doctorante, cette étudiante qui s’intéresse au comportement animal a rédigé l’article alors qu’elle était inscrite à un programme de Honours, au premier cycle. Elle a travaillé sous la direction de Sarah Turner, professeure adjointe, et de Damon Matthews, professeur et titulaire de la chaire de recherche de l’Université Concordia en climatologie et durabilité. Tous deux sont rattachés au Département de géographie, urbanisme et environnement.

Prévoir les pointes de chaleur

Brogan Stewart a amorcé son étude des effets des changements climatiques sur l’habitat de primates au moyen de données spatiales issues de la phase 5 du Projet d’intercomparaison de modèles couplés (CMIP5) du PMRC – dans le cadre duquel on a estimé la variation des températures régionale et saisonnière par unité d’émission de CO2 –, et de données sur la répartition de 426 espèces et sous-espèces distinctes de primates, gracieuseté de l’Union internationale pour la conservation de la nature. Grâce à ces chiffres, elle a été en mesure de réaliser une projection des effets qu’auraient les hausses de températures planétaires actuelles et estimées futures sur des territoires précis abritant des espèces particulières de primates, en se basant sur les émissions projetées de CO2.

Plus précisément, elle a examiné les températures moyennes annuelles pour voir si elles étaient en voie de dépasser les températures saisonnières maximales de l’époque préindustrielle (TSMP), ou si c’était déjà un fait accompli. En d’autres mots, elle souhaitait évaluer la mesure dans laquelle les températures moyennes futures, à l’intérieur d’une plage particulière, seraient plus élevées que la plus haute des températures atteintes avant l’avènement des industries, c’est-à-dire avant que les émissions de gaz carbonique ne commencent à réchauffer la planète.

Pour ce faire, elle a créé une carte distincte de l’aire de répartition de chacune des 426 espèces et sous-espèces de primates étudiées. Puis, elle a estimé les hausses de température résultant directement de la quantité de CO2 émise, mesurée en milliards de tonnes.

Selon ses calculs, une augmentation de 2 °C de la température moyenne du globe au-delà des valeurs de l’époque préindustrielle – soit le seuil décrété dans l’accord de Paris – signifierait que plus du quart des aires de répartition de toutes les espèces est soumis à des températures plus élevées que celle de l’époque préindustrielle. Qui plus est, la totalité de l’aire de répartition actuelle de huit pour cent des espèces étudiées subirait des températures nettement plus chaudes que celles observées à l’époque préindustrielle.

« C’est là où mon hypothèse trouve toute sa puissance », explique-t-elle. « À l’époque préindustrielle, la température maximale sous laquelle ces primates arrivent à fonctionner pouvait n’être enregistrée que durant une brève période – par exemple, la semaine la plus chaude de l’été. Or, dans ce modèle, cette température devient la température moyenne annuelle. »

Des journées chaudes, écrasantes, dangereuses

Bien que deux tiers des primates vivent toujours dans des habitats où les températures moyennes se situent sous leurs TSMP respectives, un tiers d’entre eux – à l’opposé – occupent des territoires qui connaissent des températures plus élevées. Cela peut causer de graves problèmes, surtout si les aires de répartition sont particulièrement petites.

« Quand il fait vraiment chaud, les primates ont davantage besoin de se reposer à l’ombre. Cela signifie qu’ils ne peuvent pas chercher à se nourrir, socialiser ni jouer autant qu’ils le devraient », souligne la doctorante. « Outre de présenter un danger pour leur réserve de nourriture, les variations saisonnières de température peuvent avoir une incidence sur leur cycle de reproduction. »

Elle fait remarquer que neuf espèces, dont plusieurs sont menacées – deux l’étant à un stade critique, évoluent actuellement dans des habitats où, partout, les températures dépassent le seuil limite qui leur est propre.

« Brogan Stewart est une formidable jeune chercheuse dont les travaux sur le comportement animal revêtent un grand intérêt pour la conservation et la durabilité », dit la Pre Turner. « Cette étude modélise les répercussions potentielles des changements climatiques sur nos plus proches parents du règne animal. Dans les recherches qu’elle mène pour sa thèse de doctorat sur les habitudes de déplacement de différentes populations de macaques japonais, Brogan Stewart continue de s’intéresser à des questions relatives aux primates et au développement durable. »

Un espoir d’aide

Brogan Stewart sait très bien que la lutte visant à atténuer les effets des changements climatiques n’est pas du ressort d’une seule personne. La démarche réside plutôt dans un effort de collaboration nécessitant la mise en commun des connaissances de toute la communauté des chercheuses et chercheurs. Elle espère que les 426 cartes qu’elle a créées pour la rédaction de cet article serviront à d’autres de ses collègues à l’avenir.

« Si quelqu’un cherche des données particulières, je pourrais leur faire parvenir mes cartes où je suis parvenue à isoler diverses espèces selon différentes aires de répartition », propose-t-elle. « Ce serait génial si mes travaux pouvaient contribuer véritablement aux efforts de conservation. »

Le Programme de bourses d’études supérieures du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG), le Fonds de recherche du Québec – Nature et technologie (FRQNT), Mitacs Globalink et le Centre de la science de la biodiversité du Québec ont participé au financement de cette étude.


Lisez l’article cité (en anglais seulement) : Climate change impacts on potential future ranges of non-human primate species.

 

 



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