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L’imagerie thermique du parc immobilier, un révélateur des zones où les coûts énergétiques posent problème, avancent des chercheurs de Concordia

Un modèle pour mesurer la perte de chaleur pourrait avoir de vastes retombées en matière de politiques, selon François Tardy et Bruno Lee
1 octobre 2019
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Au Québec, les coûts énergétiques représentent une dépense importante pour les ménages, surtout durant les durs mois d’hiver. Le problème est particulièrement aigu dans les habitations à loyer modique et les vieux logements, où le coût d’un chauffage adéquat ou des mesures de protection nécessaires contre le froid dépasse les capacités financières de bien des familles.

Dans une étude dont le compte rendu a été publié dans la revue Energy and Buildings, deux chercheurs de l’Université Concordia examinent le problème de la pauvreté énergétique au Canada ainsi que des solutions possibles utilisées dans d’autres pays dont les décideurs d’ici pourraient s’inspirer.

François Tardy, doctorant et professeur à temps partiel, et Bruno Lee, professeur adjoint, travaillent tous deux à l’École de génie et d’informatique Gina-Cody. Ils soulignent que le chauffage représente environ 60 pour cent de la consommation finale d’énergie au Canada – un chiffre qui demeure stable depuis des décennies. Toutefois, selon les chercheurs, les changements climatiques et d’autres facteurs économiques pourraient accentuer l’écart entre Canadiens selon qu’ils sont pauvres ou prospères sur le plan énergétique.

« Cette étude, explique François Tardy, s’inscrit dans une démarche plus large visant à tirer parti de nos connaissances du milieu bâti au Canada tout en tenant compte de certains facteurs économiques tels que le revenu, l’âge des habitations, les coûts de rénovation et d’entretien ainsi que le coût moyen de location. »

Les deux chercheurs notent que bon nombre de vieux immeubles mal isolés sont habités par des personnes à faible revenu qui ne peuvent s’offrir autre chose qu’un logement à loyer modique. Or, les économies qu’elles réalisent sur leur loyer sont souvent perdues en dépenses de chauffage, lesquelles peuvent s’élever à plus du quart du revenu de leur ménage. Des factures mensuelles d’électricité exorbitantes sont une réalité pour des milliers de Québécois, et ce, même si le prix de l’électricité est beaucoup moins élevé au Québec qu’ailleurs au Canada, notamment en Ontario.

De l’avis des chercheurs, pour élaborer un programme de réduction de la pauvreté énergétique efficace et équitable, il faut d’abord mener une évaluation à grande échelle de l’état du parc immobilier actuel – une démarche qui fait défaut dans tout le pays.

François Tardy, doctorant et professeur à temps partiel, et Bruno Lee, professeur adjoint. François Tardy, doctorant et professeur à temps partiel, et Bruno Lee, professeur adjoint.

Des images thermiques par nuits froides

« Il est hors de question d’envoyer un inspecteur dans chaque immeuble, précise Bruno Lee. Nous avons donc dû imaginer une façon rapide d’obtenir une première estimation de l’état du parc immobilier. »

Les chercheurs ont choisi une technique appelée thermographie infrarouge. Cette méthode nécessite des appareils photo infrarouges pour déceler les ponts thermiques. La technique permet de repérer visuellement les ruptures et les anomalies thermiques avant de procéder à une inspection physique.

François Tardy s’est donc muni d’un de ces appareils infrarouges et a sillonné des quartiers défavorisés durant une douzaine de nuits, en février et en mars, afin de photographier des ponts thermiques – c’est-à-dire des images de la chaleur s’échappant des habitations.

La technologie d’imagerie thermique n’est pas nouvelle. Elle est utilisée par les entrepreneurs en construction et les propriétaires d’immeubles depuis des décennies. Toutefois, selon les professeurs Tardy et Lee, si l’on introduit ces images dans un modèle qui calcule automatiquement les paramètres d’un immeuble, on peut faciliter l’évaluation d’un bâtiment et même la rendre envisageable à l’échelle d’un quartier.

Bien que les images ne permettent pas d’obtenir une vue d’ensemble de l’état d’un bâtiment, elles peuvent servir d’outil d’évaluation rapide et fournir une estimation globale. Dans l’élaboration d’un prochain modèle, les chercheurs devront tenir compte de nombreuses autres variables, comme les heures d’ensoleillement, la vitesse du vent et la température.

Une application à plus grande échelle

« Mais en attendant, nous disposons de données facilement assimilables par les décideurs politiques et le grand public, mentionne Bruno Lee. Si on peut recueillir et traiter aisément des données sur le rendement de l’enveloppe d’un bâtiment, il est alors facile de procéder de la même façon pour de nombreux immeubles. On peut donc s’imaginer faire des analyses comparatives de plusieurs bâtiments, voire de différents quartiers. »

De l’avis de François Tardy et Bruno Lee, un portrait approximatif – si imparfait soit-il – de l’état du parc immobilier favorisera la réalisation de plusieurs objectifs, particulièrement au Québec. On pourra rationaliser les subventions et aider les propriétaires et les ménages à faible revenu à assumer les coûts de travaux indispensables de rénovation et d’isolation. Résultat : une population plus heureuse, plus saine et plus prospère. On réduira en outre les émissions de gaz à effet de serre en diminuant la consommation d’énergie. Enfin, on accumulera de l’électricité pouvant être vendue aux États-Unis.

« En tant que société, nous devons nous demander si l’énergie est un luxe ou un bien public », précise François Tardy.

S’il s’agit d’un bien public, comme c’est le cas au Québec, fait remarquer le chercheur, alors les décideurs politiques devraient s’attaquer en priorité au problème du gaspillage énergétique attribuable à l’inefficacité. Une information exacte sur l’état du parc immobilier de la province les y aiderait certainement.

 


Consultez l’article cité : Building related energy poverty in developed countries — Past, present, and future from a Canadian perspective.

 



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