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Kathryn Jezer-Morton analyse les récits que nous publions dans les médias sociaux

Dans son nouveau livre The Story of Your Life, la diplômée décrit comment des publications soigneusement sélectionnées peuvent façonner notre identité et notre appartenance
14 octobre 2026
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Par David Silverberg


Portrait de Kathryn Jezer-Morton. « Personne ne publie dans les médias sociaux pour faire part de ses problèmes d’argent, car il y a toujours cette idée que si l’on vit une quelconque difficulté, c’est qu’on n’a pas su faire les bons choix. » | Photo par Caroline Desilets

Les contenus que nous publions dans les médias sociaux mettent en lumière nos vacances, nos promotions, nos bons repas et nos moments marquants. Mais que révèlent ces instants soigneusement choisis sur la vie que nous construisons – et sur l’image que nous voulons donner de nous-mêmes?

Kathryn Jezer-Morton, M.A. 2026, Ph. D. 2023, qui a consacré des années de recherche à la culture numérique et aux comportements en ligne, s’est attachée à répondre à ces questions.

Écrivaine et enseignante établie à Montréal, Jezer-Morton est l’auteure de la célèbre chronique « Brooding » publiée dans The Cut, publication numérique du New York Magazine. Elle a récemment publié un ouvrage inspiré de ses réflexions.

Dans son livre The Story of Your Life: How Social Media Shapes the Way We Experience Everything (Penguin Random House Canada), Jezer-Morton décrit comment les médias sociaux, qui étaient auparavant un simple moyen de communiquer des nouvelles à ses amis et à sa famille, sont devenus une plateforme nous permettant de raconter qui nous sommes. Que nous publiions des photos d’un voyage à l’étranger ou que nous vantions notre dernière grande réussite, nos fils d’actualité communiquent de plus en plus non seulement ce que nous faisons, mais aussi l’image que nous souhaitons présenter aux autres.

Titulaire d’une maîtrise en anthropologie numérique et d’un doctorat en sociologie de l’Université Concordia, Jezer-Morton pose la question suivante : « Et si les récits véhiculés par les médias sociaux nous enfermaient dans des visions de la vie qui peuvent sembler oppressantes et insatisfaisantes? Et si ces récits avaient miné notre sentiment de bien-être et d’appartenance? »

La narration est un projet créatif auquel tout le monde participe, explique-t-elle, et un thème commun se dégage souvent des messages que nous publions en ligne : l’idée que nous sommes autonomes et que nous avons les compétences nécessaires pour réussir dans la vie.

Une visibilité accrue dans les médias sociaux

Ayant grandi dans une communauté du sud du Vermont, Jezer-Morton est arrivée à Montréal à l’adolescence, déjà passionnée par le militantisme, les questions de classe sociale et la créativité.

« La communauté était essentiellement composée de hippies partageant les mêmes idées et opposés à la guerre, et il y avait toujours des activités sympas à faire, comme jardiner, préparer des repas ensemble et d’autres activités créatives », se souvient-elle.

Jezer-Morton a passé un an à l’Université McGill à étudier l’histoire de l’art avant de s’inscrire à l’Oberlin College, dans l’Ohio, pour terminer son baccalauréat. De retour à Montréal, elle devient rédactrice pigiste, travaillant notamment pour AskMen.com, un magazine numérique consacré à l’art de vivre fondé par des diplômées et diplômés de Concordia.

Elle devient par la suite une collaboratrice régulière de The Cut, où elle signe une chronique sur les médias sociaux, la culture numérique et la parentalité.

Au fur et à mesure que des plateformes telles que Facebook, Instagram et Twitter/X se développaient, Jezer-Morton a observé l’évolution de leur utilisation par le public – et a constaté que cette nouvelle branche d’Internet permettait à certaines voix de rejoindre un public beaucoup plus vaste.

Lorsqu’elle s’est inscrite à Concordia pour entreprendre des études supérieures, Jezer-Morton a décidé de consacrer ses recherches aux personnalités publiant des contenus sur la parentalité dans les médias sociaux, notamment ce qu'on appelle les « momfluencers ».

« J’avais un peu l’impression de me lancer dans quelque chose qui – du moins au Canada – n’était pas très bien compris à l’époque », témoigne-t-elle.

Au fil des ans, la chercheuse a constaté une évolution dans ce que les gens choisissent de publier en ligne. Ce qui, à l’origine, servait à communiquer ses pensées et ses expériences à un cercle relativement restreint d’amis et de proches s’est étendu à un public beaucoup plus vaste.

La question n’était plus simplement de savoir ce que nous voulions publier. De plus en plus, il s’agissait de savoir quelle impression nous voulions donner.

Aujourd’hui, le progrès et la stabilité sont devenus les thèmes dominants dans les médias sociaux, tandis que les expériences jugées difficiles ou honteuses ont tendance à disparaître de la scène, selon la chercheuse.

« Personne ne publie dans les médias sociaux pour faire part de ses problèmes d’argent », illustre-t-elle, « car il y a toujours cette idée que si l’on vit une quelconque difficulté, c’est qu’on n’a pas su faire les bons choix. »

Pour Jezer-Morton, The Story of Your Life est l’aboutissement d’années passées à examiner ce que nous choisissons de montrer au monde – et ce que nous préférons taire.

« Je souhaitais écrire un livre qui ne traite pas seulement de technologie, mais qui explore aussi l’expérience émotionnelle liée à l’utilisation des médias sociaux. »