Cristine Laforest dirige le Groupe Bel Canada en misant sur la durabilité et la croissance
« L’option la plus facile est souvent la moins chère à court terme, indique-t-elle. Mais nous savons que les conséquences de l’inaction coûtent beaucoup plus cher à long terme. »
Pour Cristine Laforest, B. Comm. 1986, présidente-directrice générale du Groupe Bel Canada, exercer un leadership efficace consiste aujourd’hui à trouver un équilibre entre résultats d’affaires et responsabilité envers les générations futures.
Cette vision lui a récemment valu le Prix PDG Vert, qui honore les dirigeantes et dirigeants contribuant de façon tangible au développement durable, au Québec et partout ailleurs.
Pour Laforest, cette distinction ne représente pas tant une consécration personnelle qu’un reflet de l’évolution de l’industrie alimentaire.
« C’est ancré dans notre façon de faire », explique-t-elle au sujet de l’approche du Groupe Bel Canada en matière de durabilité. « Une entreprise doit d’abord être en santé financière pour pouvoir investir dans le développement durable. Cela crée un cercle vertueux. »
Le Groupe Bel Canada est la filiale canadienne du Groupe Bel, entreprise fondée en France en 1865 et aujourd’hui présente à l’échelle mondiale dans les secteurs du fromage et des collations santé. La multinationale est notamment connue pour des marques phares telles que La Vache qui rit, Babybel et Boursin.
Présent dans plus de 120 pays, le Groupe Bel poursuit aujourd’hui sa croissance tout en intensifiant ses efforts pour réduire son empreinte environnementale dans un contexte de concurrence mondiale accrue.
Le parcours qui a mené Laforest à la tête de l’entreprise a commencé au campus Loyola de Concordia, au milieu des années 1980, où elle a étudié le marketing.
« J’en garde d’excellents souvenirs, raconte-t-elle. Les études occupaient une place centrale, bien sûr, mais profiter de la vie sur le campus était tout aussi important. »
Francophone, Laforest se souvient d’avoir noué de nombreuses amitiés avec des étudiantes et étudiants anglophones de l’Ouest-de-l’Île durant ses années à Concordia. Elle a dû s’adapter aux cours en anglais, un défi qui pour elle avait moins à voir avec la langue dans son ensemble, mais surtout avec l’apprentissage d’un vocabulaire spécialisé.
Après l’obtention de son diplôme, elle est recrutée directement sur le campus par Procter & Gamble. Cette première expérience la lance dans une carrière dans l’industrie des biens de consommation qui débouchera sur des postes de marketing et de ventes au sein d’entreprises comme Saputo et Yoplait, et lui permettra de vivre une période déterminante de travail et de vie à l’étranger.
« Je suis partie vivre quelque temps en Europe, où j’ai enseigné le ski dans les Alpes », poursuit Laforest, qui faisait partie de l’équipe de ski de Concordia durant son premier cycle. « J’aime profiter de la vie. J’ai toujours cru que les choses finiraient par me mener là où je devais être. »
Elle se joint au Groupe Bel Canada il y a environ vingt ans, y occupant plusieurs fonctions de direction en marketing et en gestion avant d’accéder au poste de présidente-directrice générale.
« J’ai eu une mentore qui m’a donné la confiance nécessaire pour comprendre que rien n’était hors de portée, à condition de trouver des solutions et d’avoir confiance en moi, souligne-t-elle. Elle a eu un impact énorme sur ma vie. »
Une carrière axée sur les biens de consommation et le leadership
Aujourd’hui, Laforest dirige le Groupe Bel Canada dans un contexte de transformation continue centrée sur la durabilité et la production locale. L’entreprise investit notamment dans l’innovation au chapitre des emballages, la réduction du gaspillage et les partenariats avec des producteurs agricoles afin de diminuer les émissions liées à la chaîne d’approvisionnement laitière.
« L’option la plus facile est souvent la moins chère à court terme, indique-t-elle. Mais nous savons que les conséquences de l’inaction coûtent beaucoup plus cher à long terme. »
L’entreprise participe notamment à des programmes de réduction du gaspillage alimentaire avec Banques alimentaires Canada et multiplie les efforts pour redistribuer les produits excédentaires qui ne peuvent plus être commercialisés, même s’ils demeurent parfaitement propres à la consommation.
« Si une palette est endommagée, et que la qualité des produits qu’elle contient n’a pas été compromise, nous donnons ces produits, explique-t-elle. Nous cherchons constamment des solutions à l’échelle de l’ensemble du système. »
Selon Laforest, cette vision fondée sur un objectif commun joue un rôle de plus en plus important dans la mobilisation du personnel, dont le taux d’engagement dépasse 80 %.
« Les gens souhaitent donner un sens à leur travail. Ils veulent sentir qu’ils changent les choses. »
Lorsqu’elle recrute, Laforest privilégie l’état d’esprit plutôt que le curriculum vitæ. C’est d’ailleurs le même conseil qu’elle donne à son fils, Gabriel Péladeau, B. Comm. 2026, récemment diplômé en finance à l’École de gestion John-Molson et maintenant employé à RBC.
« Je recherche la curiosité, la capacité de communiquer et l’engagement, indique-t-elle. Est-ce que la personne s’implique? Est-elle prête à apprendre? Est-elle curieuse du monde qui l’entoure? Ces qualités sont plus importantes que tout le reste. »
Lorsqu’elle repense à son parcours – de ses études en gestion à la direction d’une entreprise –, Laforest constate qu’elle n’a jamais suivi un plan soigneusement établi.
« Je n’ai jamais été du genre à tout planifier dans les moindres détails. Mais lorsque l’on reste curieux et que l’on continue à avancer, on trouve sa voie et on crée ses propres occasions », conclut-elle.