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L’artiste Skawennati fait rayonner le futurisme autochtone dans les rues de Montréal

Une nouvelle installation publique conçue par la diplômée de Concordia transforme un bâtiment historique en symbole de présence et d’engagement politique
2 juillet 2026
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Par JP Karwacki, B.A. 2011


Skawennati fait le « signe de la paix » avec sa main droite sous son menton. Elle porte un t-shirt rose et a les cheveux longs. Crédit photo : Ruvan Wijesooriya

L’artiste Skawennati, B. Bx-arts 1992, Dipl. 2e cycle 1996, a consacré plusieurs décennies à imaginer l’avenir des peuples autochtones, transposant sa vision dans des collections de mode, des courtepointes, des œuvres de perlage et des films entièrement créés dans des environnements virtuels à l’aide de logiciels similaires à ceux utilisés en conception de jeux vidéo, qui servent à la fois de caméra et de décor.

Sa vision est actuellement mise à l’honneur sur la façade de la Maison du Conseil des arts de Montréal (également connue sous le nom d’édifice Gaston-Miron), en face du parc La Fontaine, où elle a conçu une installation de réalité augmentée transformant les neuf colonnes du bâtiment en une expérience visuelle multidimensionnelle inspirée des visions du monde autochtones.

Réalisée à l’occasion du 70e anniversaire du Conseil des arts de Montréal, l’œuvre de Skawennati s’articule autour des « Trois Sœurs » – le maïs, les haricots et la courge – que l’artiste a représentées sous les traits de trois superhéroïnes, vêtues de costumes qu’elle a elle-même conçus et ornés de motifs représentant des grains de maïs, des haricots et des graines de courge.

Il suffit de pointer son téléphone vers l’édifice pour que les Trois Sœurs prennent vie et entonnent une chanson hip-hop écrite par Skawennati et interprétée en kanien’kéha, en français et en anglais par trois locutrices mohawks avec lesquelles l’artiste a collaboré pour la première fois en 2023.

« Je trouve que le symbolisme autochtone n’est pas suffisamment représenté à Montréal, estime la diplômée de la Faculté des beaux-arts et de l'École de gestion John-Molson. Je souhaite vraiment montrer l’atmosphère que pourrait dégager une ville si elle intégrait des images autochtones plus grandes et plus audacieuses. »

Cette installation – primée au tout premier concours d’art public temporaire organisé par le Conseil des arts de Montréal – revêt également une dimension politique. Skawennati, dont les œuvres ont été exposées au Musée des beaux-arts du Canada et au Musée d’art contemporain de Montréal, exprime clairement cette intention.

« En faisant connaître l’iconographie autochtone au grand public, on contribue au changement, affirme-t-elle. Il ne s’agit pas simplement de sensibiliser les gens à l’existence des peuples autochtones, mais aussi de mettre en lumière nos valeurs et notre vitalité. »

Son objectif ultime, précise-t-elle, est de promouvoir l’égalité des chances en bâtissant un monde où l’origine ethnique, le genre et le milieu social ne constituent pas des obstacles à l’épanouissement personnel. L’artiste a choisi de mettre à profit l’image des « Trois Sœurs », symboles ancestraux de durabilité et d’interdépendance, pour véhiculer ce message.

Cette propension à employer des outils novateurs pour transmettre des valeurs anciennes est née durant ses années d’études à Concordia, où elle a amorcé son parcours dans l’intention de devenir designer. À ses débuts, sa liste de matériel comprenait des stylos Rapidograph et une plaque à effacer.

Skawennati se tient devant un bâtiment dont les colonnes sont recouvertes de ses œuvres colorées. « Je souhaite vraiment montrer l’atmosphère que pourrait dégager une ville si elle intégrait des images autochtones plus grandes et plus audacieuses. » | Crédit photo : Tarcísio Cataldi, avec autorisation d'AbTeC

Lorsque la Faculté des beaux-arts a inauguré un nouveau laboratoire informatique équipé d’ordinateurs Apple IIe et mis en place un cours consacré à HyperCard, l’un des premiers logiciels multimédias d’Apple, quelque chose a basculé.

Un de ses professeurs, Don Ritter, a emmené son groupe dans un laboratoire distinct abritant des ordinateurs Amiga – des machines équipées de cartes vidéo et graphiques qu’Apple n’avait pas encore réussi à égaler. Skawennati n’était alors pas officiellement autorisée à utiliser le laboratoire Amiga, mais elle y retournait quand même sans cesse.

« J’ai été séduite par les nouveaux médias – notamment par l’ordinateur en tant qu’outil de conception et de création artistique », se souvient Skawennati.

C’est également à Concordia qu’elle a trouvé une communauté d’appartenance. Par l’entremise de la branche de Concordia de l’Assemblée des Premières Nations, elle a rencontré les personnes qui allaient devenir les cofondateurs de Nation2Nation, un collectif d’artistes autochtones qui l’a propulsée dans le monde de l’art autochtone urbain où elle évolue encore aujourd’hui.

Skawennati est toujours active au sein de la communauté de Concordia en tant qu’attachée de recherche et codirectrice de Territoires autochtones dans le cyberespace, studio de recherche-création qu’elle a cofondé avec Jason Lewis, titulaire d’une chaire de recherche de niveau 1 en médias informatiques et en imaginaire de l’avenir autochtone.

Trente ans après sa première expérience avec l’Apple IIe, l’artiste présente aujourd’hui l’une de ses plus grandes œuvres publiques à ce jour au cœur de Montréal/Tiohtià:ke.



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