L’artiste Skawennati, B. Bx-arts 1992, Dipl. 2e cycle 1996, a consacré plusieurs décennies à imaginer l’avenir des peuples autochtones, transposant sa vision dans des collections de mode, des courtepointes, des œuvres de perlage et des films entièrement créés dans des environnements virtuels à l’aide de logiciels similaires à ceux utilisés en conception de jeux vidéo, qui servent à la fois de caméra et de décor.
Sa vision est actuellement mise à l’honneur sur la façade de la Maison du Conseil des arts de Montréal (également connue sous le nom d’édifice Gaston-Miron), en face du parc La Fontaine, où elle a conçu une installation de réalité augmentée transformant les neuf colonnes du bâtiment en une expérience visuelle multidimensionnelle inspirée des visions du monde autochtones.
Réalisée à l’occasion du 70e anniversaire du Conseil des arts de Montréal, l’œuvre de Skawennati s’articule autour des « Trois Sœurs » – le maïs, les haricots et la courge – que l’artiste a représentées sous les traits de trois superhéroïnes, vêtues de costumes qu’elle a elle-même conçus et ornés de motifs représentant des grains de maïs, des haricots et des graines de courge.
Il suffit de pointer son téléphone vers l’édifice pour que les Trois Sœurs prennent vie et entonnent une chanson hip-hop écrite par Skawennati et interprétée en kanien’kéha, en français et en anglais par trois locutrices mohawks avec lesquelles l’artiste a collaboré pour la première fois en 2023.
« Je trouve que le symbolisme autochtone n’est pas suffisamment représenté à Montréal, estime la diplômée de la Faculté des beaux-arts et de l'École de gestion John-Molson. Je souhaite vraiment montrer l’atmosphère que pourrait dégager une ville si elle intégrait des images autochtones plus grandes et plus audacieuses. »
Cette installation – primée au tout premier concours d’art public temporaire organisé par le Conseil des arts de Montréal – revêt également une dimension politique. Skawennati, dont les œuvres ont été exposées au Musée des beaux-arts du Canada et au Musée d’art contemporain de Montréal, exprime clairement cette intention.
« En faisant connaître l’iconographie autochtone au grand public, on contribue au changement, affirme-t-elle. Il ne s’agit pas simplement de sensibiliser les gens à l’existence des peuples autochtones, mais aussi de mettre en lumière nos valeurs et notre vitalité. »
Son objectif ultime, précise-t-elle, est de promouvoir l’égalité des chances en bâtissant un monde où l’origine ethnique, le genre et le milieu social ne constituent pas des obstacles à l’épanouissement personnel. L’artiste a choisi de mettre à profit l’image des « Trois Sœurs », symboles ancestraux de durabilité et d’interdépendance, pour véhiculer ce message.
Cette propension à employer des outils novateurs pour transmettre des valeurs anciennes est née durant ses années d’études à Concordia, où elle a amorcé son parcours dans l’intention de devenir designer. À ses débuts, sa liste de matériel comprenait des stylos Rapidograph et une plaque à effacer.
Crédit photo : Ruvan Wijesooriya
« Je souhaite vraiment montrer l’atmosphère que pourrait dégager une ville si elle intégrait des images autochtones plus grandes et plus audacieuses. » | Crédit photo : Tarcísio Cataldi, avec autorisation d'AbTeC