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Une partie de la population canadienne consommerait volontiers des aliments à base d’insectes, mais à certaines conditions

Une étude menée par l’Université Concordia révèle que la curiosité favorise l’entomophagie chez les adultes, tandis que le dégoût la freine
17 mars 2026
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A female and male scientist in a lab
« Si nous souhaitons encourager l’entomophagie, la meilleure approche serait de convaincre le public de ses bienfaits pour la santé et des conditions sanitaires dans lesquelles les insectes sont élevés », selon Nadezhda Velchovska, avec Rassim Khelifa.

Une visite à l’épicerie ces temps-ci peut s’avérer une expérience difficile, les hausses de prix record dévorant le budget alimentaire des Canadiennes et Canadiens. Cependant, comme de nombreuses sociétés dans le monde le savent déjà, il existe une source de protéines abondante et peu coûteuse à notre portée : les insectes, en particulier les grillons, les sauterelles, les fourmis et les coléoptères.

Or, si l’entomophagie – c’est-à-dire la consommation d’insectes – demeure peu répandue aux États-Unis et au Canada, une nouvelle étude menée par une équipe de recherche de l’Université Concordia révèle un intérêt pour cette pratique alimentaire, certains groupes démographiques se montrant plus ouverts à l’idée que d’autres.

Nadezhda Velchovska, étudiante au premier cycle inscrite à un programme de Honours au Département de psychologie, a interrogé 252 visiteurs adultes de l’Insectarium de Montréal entre octobre 2024 et février 2025. Pour ce faire, elle a eu recours à un questionnaire structuré en ligne afin d’évaluer la disposition et la motivation des personnes participantes à essayer des aliments à base d’insectes, ainsi que les obstacles qui les dissuadaient.

Après avoir analysé les résultats, Mme Velchovska et son superviseur, Rassim Khelifa, professeur adjoint au Département de biologie, ont constaté que 44 % des personnes interrogées se disaient prêtes à essayer les insectes, mais que seulement 27 % étaient disposées à les intégrer à leur alimentation courante.

Les hommes étaient plus enclins que les femmes à consommer des aliments à base d’insectes, et plus susceptibles d’en avoir déjà fait l’expérience. Le niveau d’études constituait également un facteur déterminant : les personnes participantes titulaires d’un diplôme des cycles supérieurs étaient plus susceptibles de tester des ingrédients à base d’insectes à domicile, et la consommation antérieure d’insectes chez les femmes augmentait avec le niveau d’études. L’âge seul ne s’est pas avéré un facteur prédictif constant.

L’article est paru dans la revue Scientific Reports de Nature.

En poudre, c’est mieux

La curiosité était le principal facteur motivant les personnes interrogées à essayer des aliments à base d’insectes, et ce, pour près de 42 % des répondants. D’autres facteurs comprenaient les bienfaits perçus pour la santé et la nutrition, la durabilité environnementale et le goût.

Le plus grand obstacle était le dégoût, comme l’ont affirmé 70 % des répondants. Venaient ensuite la peur des insectes, l’incertitude quant à la sécurité et les préoccupations sanitaires.

La présentation et l’emballage étaient également importants : 87 % des personnes interrogées ont indiqué qu’elles préféraient les produits dans lesquels les insectes n’étaient pas visibles. Deux tiers des répondants ont déclaré qu’ils pourraient ou voudraient certainement essayer des produits de boulangerie à base de farine de grillons. Près de la moitié d’entre eux seraient prêts à essayer une barre protéinée aux grillons et du pain à base de grillons en poudre. En revanche, 82 % ont répondu que la présence de larves visibles dans un muffin les dissuaderait de le consommer.

« Les facteurs de motivation et les obstacles révèlent une interaction intéressante, affirme Nadezhda Velchovska. Si nous souhaitons encourager l’entomophagie, la meilleure approche serait de convaincre le public de ses bienfaits pour la santé et des conditions sanitaires dans lesquelles les insectes sont élevés. Nous devrions également souligner l’énorme différence entre les émissions de gaz à effet de serre produites par l’élevage d’insectes et celles produites par l’élevage de bétail. »

Rassim Khelifa ajoute que l’élevage d’insectes peut contribuer au recyclage des aliments gaspillés au Canada, soit 40 % de la production alimentaire. Cette pratique pourrait en outre favoriser une production agricole plus durable, notamment en matière d’alimentation pour les animaux d’élevage.

« Si nous nourrissons les insectes avec nos déchets alimentaires, leur masse corporelle augmentera, ce qui nous permettra d’obtenir davantage de protéines d’insectes ainsi que d’excréments, qui constituent un excellent engrais, explique-t-il. Les protéines ne seraient même pas nécessairement destinées à la consommation humaine directe, puisqu’elles pourraient servir à nourrir les poulets, les porcs et les animaux d’aquaculture. Bref, l’intégration des insectes dans notre système alimentaire, que ce soit directement ou indirectement, comporte d’énormes avantages potentiels. »

L’étude a été subventionnée par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada.

Lisez l’article cité : « Acceptance of entomophagy among Canadians at an insectarium ».”



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