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Temps violent le mercredi 11 mars : les activités en personne sont annulées, on demande au personnel enseignant et administratif de travailler à distance

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Temps violent le mercredi 11 mars : les activités en personne sont annulées, on demande au personnel enseignant et administratif de travailler à distance

Les personnes véganes doivent acquérir un ensemble complexe de compétences pour tirer leur épingle du jeu dans une société omnivore, selon une recherche réalisée récemment à l’Université Concordia

Les risques de fracture relationnelle ont une incidence sur la capacité à adopter ou à maintenir un mode de vie végétalien intégral.
10 mars 2026
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Graffiti reading Go Vegan

L’adoption d’un régime alimentaire végétalien intégral est une décision qui change une vie. En effet, il peut être intimidant de s’engager à ne consommer que des aliments issus du commerce éthique et dont la production est exempte de rapports d’exploitation – qui ne contiennent pas de produits laitiers, de miel, d’œufs ou de produits d’origine animale –, surtout dans une société où la plupart des gens sont omnivores.

Le fait de renoncer à la viande et aux autres produits d’origine animale pour des raisons d’ordre purement éthique peut créer des tensions entre les personnes véganes et leur entourage, leur famille, leurs partenaires, leur milieu professionnel et même d’autres végétaliennes et végétaliens intégraux. Ces tensions font l’objet d’un article rédigé par des chercheuses et chercheurs de l’Université Concordia. Publiée dans le Journal of Consumer Research, l’étude examine les fractures relationnelles que les personnes véganes peuvent parfois vivre et les stratégies qu’elles utilisent pour surmonter ces difficultés.

« Nous voulions examiner ces fractures du point de vue des personnes végétaliennes, car la plupart des gens sont omnivores et ont l’habitude de s’adapter aux besoins alimentaires des autres », indique la coauteure de l’article Zeynep Arsel, professeure au Département de marketing de l’École de gestion John-Molson. « Mais ce que nous avons étudié peut s’appliquer à d’autres contextes, comme la conduite de véhicules électriques. »

Une multitude de facteurs de stress

L’étude a été dirigée par Aya Aboelenien, ancienne étudiante au doctorat de Zeynep Arsel et aujourd’hui professeure agrégée à HEC Montréal. De 2017 à 2022, elle a mené des entrevues, assisté à des festivals véganes et pris part à diverses manifestations et à des occupations afin de mieux comprendre comment les personnes véganes gèrent les tensions interpersonnelles. La chercheuse a également étudié les actualités en ligne, les vidéos, les blogues ainsi que les messages publiés sur les réseaux sociaux et sur des sites tels que Reddit.

Elle a classé les fractures relationnelles en trois catégories : la coperformance, le co-apprentissage et les fractures liées au marché.

Les fractures de coperformance peuvent survenir lorsque les personnes véganes introduisent des éléments nouveaux dans des pratiques ou activités de groupe comme les repas en famille. Ces changements dans les habitudes alimentaires nécessitent une adaptation de la part des personnes avec qui elles prennent habituellement leurs repas, ce qui peut entraîner des tensions ou des malentendus, ou valoir aux végétaliennes et végétaliens le qualificatif de personnes « difficiles ».

Les fractures de co-apprentissage surviennent généralement au sein même de la communauté végane, lorsque des personnes ayant nouvellement adopté ce mode de vie se tournent vers leurs pairs pour obtenir des conseils. Des conflits peuvent alors surgir quant à la définition de ce qui constitue un aliment végétalien et à la manière, voire la pertinence, d’interagir avec les personnes non véganes. Or, cette rigidité peut dérouter ou rebuter les personnes nouvellement véganes ou qui s’intéressent depuis peu au végétalisme intégral.

Les fractures liées au marché découlent du manque d’endroits où les personnes véganes peuvent satisfaire leurs besoins alimentaires. Même si les aliments à base de plantes gagnent en popularité, la plupart des supermarchés et des restaurants répondent aux appétits omnivores, et il peut être difficile de trouver des établissements qui proposent des menus véganes.

« Bon nombre des personnes à qui j’ai parlé voulaient vraiment discuter des difficultés personnelles auxquelles elles faisaient face, qui, dans bien des cas, les décourageaient de maintenir un mode de vie végane, rapporte Aya Aboelenien. Beaucoup d’entre elles ont simplement renoncé au véganisme en raison des tensions que ce choix entraînait dans leurs relations personnelles. »

Différentes stratégies d’adaptation

Aya Aboelenien a également cerné quatre types de compétences sociales que les personnes véganes acquièrent pour gérer les conflits. La première est le décodage, qui consiste, pour ces personnes, à tenter d’expliquer leurs choix à leurs amis et aux membres de leur famille. Elles continuent également à s’informer sur le végétalisme intégral auprès des membres de leur communauté et à acquérir une compréhension des étiquettes, des menus et d’autres exigences alimentaires, dans un marché principalement omnivore.

Les personnes véganes peuvent également essayer le découplage, qui consiste à adopter un comportement parallèle avec les omnivores tout en évitant activement les déclencheurs de conflits. Elles peuvent par exemple préparer ou apporter leurs propres repas lors des réunions familiales, histoire de pouvoir se rassembler dans un même espace sans pour autant consommer la même nourriture.

D’autres personnes véganes pratiquent le désinvestissement, c’est-à-dire qu’elles évitent autant que possible toute relation problématique liée à l’alimentation. Cela implique une approche intransigeante, qui peut aller jusqu’à éviter complètement de prendre leurs repas avec des non-végétaliens.

Enfin, le caméléonisme consiste à alterner entre le respect de ses convictions et l’adoption d’une attitude conciliante; une personne qui se considère comme végane reviendra ainsi occasionnellement à un régime omnivore pour éviter les conflits.

L’équipe de recherche affirme que les modèles décrits dans l’étude sont facilement transposables à d’autres contextes.

« Si vous vous démarquez de la norme pour des raisons éthiques, par exemple en conduisant une voiture électrique ou en essayant de mener une vie écologique sous le signe de la durabilité, les membres de votre entourage risquent de considérer que vous essayez de porter un jugement moral sur des pratiques qu’ils ont adoptées depuis longtemps », explique Aya Aboelenien.

« La consommation est en grande partie morale, même si nous pensons le contraire », ajoute Zeynep Arsel, titulaire de la chaire de recherche de l’Université Concordia en consommation, marchés et société.

« Et lorsqu’un élément moral est en jeu, cela cause inévitablement des frictions. »

Lisez l’article cité : « Surviving as a Vegan in a World of Omnivores: Relational Fractures in Shared Practices »



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