Il peut être difficile pour certains Montréalais de se procurer des aliments frais et sains, selon une nouvelle étude de l’Université Concordia
S’alimenter avec des produits frais, abordables et nutritifs est un besoin humain essentiel. Mais pour nombre de citadines et citadins, l’accès à ces aliments peut être difficile et prendre du temps, en particulier pour les personnes âgées ou celles dont la mobilité est réduite. Ce constat s’applique même à Montréal, ville qui se félicite pourtant de son réseau de transport actif et de la répartition compacte de sa population.
Dans une nouvelle étude publiée dans le Journal of Urban Mobility, une équipe de recherche de l’Université Concordia examine l’incidence de la marche, du vélo et du transport en commun sur l’accès à des aliments frais et sains.
L’équipe a constaté que près de la moitié des Montréalaises et Montréalais n’ont pas un accès adéquat à des sources d’aliments frais, comme des épiceries ou des marchés de fruits et légumes, dans un rayon de 10 minutes de marche de leur domicile ou de leur lieu de travail. La situation est meilleure pour les cyclistes, mais selon les chercheurs, combiner transport actif et transport en commun offre de plus grandes chances d’accéder à des aliments sains.
« Nous voulions mieux comprendre le lien entre le transport en commun et les besoins quotidiens », explique l’auteure principale de l’étude, Sepideh Khorramisarvestani, doctorante au Département de géographie, urbanisme et environnement. « Nos résultats montrent qu’on peut considérablement améliorer l’accès à une alimentation saine en aménageant des épiceries à proximité des transports en commun. Ainsi, les gens peuvent s’approvisionner en produits de première nécessité sur le chemin du retour du travail. »
Sepideh Khorramisarvestani:« Nos résultats montrent qu’on peut considérablement améliorer l’accès à une alimentation saine en aménageant des épiceries à proximité des transports en commun », selon Sepideh Khorramisarvestani.
Options à pied, à vélo ou en transport en commun
L’équipe de recherche a utilisé un algorithme de routage avancé pour développer son modèle. Elle a cartographié le lieu de résidence des habitants à l’échelle du pâté de maisons et l’a comparé à l’emplacement réel de près de 1 000 commerces d’alimentation saine, tels que des épiceries et des marchés de fruits et légumes. Les dépanneurs et les restaurants ont été exclus de l’étude, car la valeur nutritionnelle des aliments qu’ils proposent n’est pas constante.
L’algorithme a calculé le nombre de magasins de produits alimentaires sains accessibles aux habitants selon trois scénarios de déplacement : la marche uniquement, le vélo uniquement, ou une combinaison de marche ou de vélo et de transport en commun. Les temps de trajet tiennent compte de facteurs réalistes tels que la marche jusqu’aux arrêts de transport en commun, l’attente, les transferts et les distances finales à parcourir à pied.
Les secteurs comptant cinq magasins ou plus le long d’un trajet donné étaient considérés comme bien desservis. Les secteurs comptant deux magasins ou moins étaient considérés comme peu accessibles.
L’équipe de recherche a jugé « accessible localement » tout commerce d’alimentation saine situé à moins de 10 minutes à pied ou à vélo du domicile ou du lieu de travail d’une personne adulte physiquement autonome et en bonne santé. Pour les trajets plus longs, l’équipe a utilisé une fenêtre de 30 minutes combinant les déplacements actifs et les transports en commun.
Comme on pouvait s’y attendre, les quartiers du centre-ville de Montréal et d’autres secteurs densément peuplés près du centre-ville avaient un accès jugé adéquat ou bon à des aliments frais et sains. Ces zones se caractérisent par la proximité des lignes de métro, des rues commerçantes animées et de bonnes infrastructures pour la marche, le vélo et les transports en commun.
Les secteurs moins bien desservis sont notamment ceux de l’ouest et du sud-ouest de Montréal, de Montréal-Nord, ainsi que ceux de l’est et de la banlieue, qui sont peu accessibles aux personnes se déplaçant uniquement à pied. Ces quartiers se caractérisent par un nombre réduit d’épiceries, une plus faible interconnexion des rues ainsi que de plus longues distances entre les arrêts de transport en commun.
Les quartiers pourvus de pistes cyclables continues ont obtenu de meilleurs résultats.
Aménager les épiceries près des arrêts de transport en commun
L’équipe de recherche en conclut que l’amélioration de l’accès à des aliments frais et sains passe par une planification coordonnée de l’aménagement du territoire et des transports. Cette approche pourrait nécessiter l’élargissement des réseaux cyclables ou l’amélioration et l’enrichissement des transports en commun. Les chercheurs suggèrent également de créer des pôles de mobilité regroupant des arrêts de transport en commun, des installations pour piétons et cyclistes ainsi que des épiceries.
Sepideh Khorramisarvestani prévoit en outre continuer à étudier l’organisation de Montréal, notamment en analysant de plus près l’emplacement des épiceries et la façon dont les commodités locales sont liées en fonction de différents paramètres.
« Les concepts de ‟ville du quart d’heure” et de ‟planification de proximité” deviennent de plus en plus populaires, indique-t-elle. Nous voulons comprendre dans quelle mesure ils sont réalistes. »
L’étude a été financée par le Fonds de recherche du Québec et le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada.
Elle a été corédigée par Pierre Gauthier, professeur agrégé au Département de géographie, urbanisme et environnement, et Ursula Eicker, professeure au Département de génie du bâtiment, civil et environnemental.
Lisez l’article cité : « Exploring sustainable accessibility through multimodal networks: Assessing heathy food access in Montreal »