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Interprète de Passe-Partout, Marie Eykel a donné voix à une génération

25 février 2026
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Par Louise Morgan, Dipl. 2e cycle 1999


Femme aux cheveux blancs, vêtue d'un chemisier blanc et d'un collier coloré, sur fond blanc. Marie Eykel, M.A. 2004 | Photo : Frédérique Ménard-Aubin

Pour toute une génération de Québécoises et Québécois – ainsi que pour d’innombrables nouveaux arrivants apprenant le français – l’actrice, conteuse et art-thérapeute Marie Eykel, M.A. 2004, a incarné une présence rassurante à l’écran.

Mieux connue sous le nom de Passe-Partout, personnage adoré de la série télévisée pour enfants Passe-Partout, diffusée de 1977 à 1992, Marie Eykel faisait bien plus que divertir. Par son incarnation du langage et de l’empathie, elle aidait les enfants à exprimer leurs émotions et à trouver un sentiment d’appartenance.

Après avoir passé plusieurs décennies sur scène et à la télévision, Mme Eykel est retournée à l’université et s’est lancée dans une nouvelle carrière.

« À bord du train qui me ramenait chez moi après une représentation dans un théâtre français à Toronto, je me demandais ce que j’allais faire de ma vie et ce que je souhaitais réellement accomplir », se souvient-elle.

Elle a alors entamé une conversation avec une autre passagère qui lisait un livre de la série Harry Potter. « J’étais surprise de voir une adulte aussi absorbée par ce livre, raconte-t-elle. Cette femme m’a dit qu’elle était psychologue pour enfants, et nous avons commencé à discuter. Elle m’a parlé d’un nouveau programme de thérapie par l’art dramatique à l’Université Concordia, et quelque chose a cliqué en moi. »

Encouragée à explorer ce domaine, Mme Eykel a suivi les cours de psychologie préalables et, à l’âge de 50 ans, a entrepris une maîtrise en thérapie par l’art dramatique à Concordia en 2000.

Trois adultes souriants posent côte à côte devant un fond bleu. La personne à gauche porte un haut jaune vif avec des rayures colorées sur les manches. La personne au milieu porte une tenue violet pastel avec un motif circulaire multicolore sur la poitrine. La personne à droite porte un costume coloré avec un gilet couleur menthe, des accents rouges et une cravate en forme de papillon. Tous trois ont les bras autour les uns des autres. Marie Eykel, M.A. 2004, dans le rôle de Passe-Partout (au centre), photographiée avec Claire Pimparé dans le rôle de Passe-Carreau et Jacques L’Heureux dans le rôle de Passe-Montagne, membres de la distribution originale de l’émission pour enfants québécoise Passe-Partout. | Source : Télé-Québec

Bien avant de retourner à l’université, Marie Eykel était consciente du potentiel thérapeutique de son travail. Dans le rôle de Passe-Partout, elle avait consacré 20 ans à rendre visite à des enfants hospitalisés pour un cancer, une expérience qui l’avait profondément marquée. « Je les faisais rire et je les aidais à sortir de leur désespoir, explique-t-elle, ce qui soulageait aussi les parents. »

Cependant, les émotions suscitées par ces visites la faisaient souvent pleurer. Elle en est venue à considérer la thérapie par l’art dramatique comme un ensemble d’outils dont elle avait besoin, non seulement pour aider d’autres personnes plus efficacement, mais aussi pour prendre soin d’elle-même.

Après avoir obtenu son diplôme, Mme Eykel a commencé à exercer à temps plein en tant que thérapeute par l’art dramatique, d’abord auprès d’enfants victimes d’abus sexuels, puis auprès de mères vulnérables dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal.

Le langage des émotions chez l’enfant

En repensant à ses années passées dans le rôle de Passe-Partout, Marie Eykel est particulièrement fière des liens authentiques qu’elle a tissés avec des enfants de tous horizons : familles francophones, enfants anglophones en immersion française et immigrants nouvellement arrivés qui découvraient la langue et la culture pour la première fois.

À la fin de chaque épisode, elle s’adressait directement à la caméra, nommant des émotions telles que la colère, la tristesse ou la joie en réponse à des expériences quotidiennes. Elle se souvient que chaque enfant avait l’impression qu’elle lui parlait personnellement. Grâce à ces moments, elle donnait aux enfants les mots pour comprendre et exprimer leur vie intérieure.

Des décennies plus tard, les retombées de son travail continuent de porter leurs fruits. « Des adultes aujourd’hui dans la quarantaine ou la cinquantaine me confient à quel point ces conversations les ont aidés à traverser des périodes difficiles, à mieux se comprendre ou à s’intégrer dans la société québécoise », se réjouit-elle, soulignant que plusieurs thèses doctorales ont depuis été consacrées à la génération Passe-Partout.

Le langage a toujours été au cœur des préoccupations de Mme Eykel, non seulement comme moyen de communication, mais aussi comme vecteur de bienveillance et d’inclusion.

En reconnaissance de sa précieuse contribution à la promotion de la langue française et de la culture francophone, Marie Eykel a été nommée Chevalière de l’Ordre de La Pléiade en 2025. Cette distinction internationale récompense les contributions exceptionnelles à la promotion de la langue française et des idéaux de la Francophonie.

C’est avec une profonde gratitude que Mme Eykel se rappelle ses études à Concordia, et plus particulièrement Yehudit Silverman, sa professeure à présent retraitée. « Elle avait le pouvoir de faire ressortir de chacun de nous ce qu’il y avait de plus brillant et de plus vivant, afin que nous puissions l’offrir aux autres, souligne-t-elle. Quelle femme extraordinaire! »

Aujourd’hui, Marie Eykel espère que les jeunes générations tireront deux leçons de son parcours : nourrir leur attachement à leur langue et à leur culture, et ne jamais craindre de changer de direction.

« Tout est possible, à condition de ne pas s’imposer de limites. »



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