Quiconque a déjà passé du temps avec de jeunes enfants a sans doute déjà observé ce phénomène.
Un adulte montre comment effectuer une tâche simple, en y ajoutant quelques étapes superflues. Au lieu d’ignorer ces gestes inutiles, l’enfant les reproduit fidèlement, même lorsqu’ils ne sont manifestement pas nécessaires pour atteindre l’objectif.
Selon une nouvelle étude de l’Université Concordia, ce comportement, appelé « surimitation », serait moins lié au respect de règles qu’au désir de créer des liens sociaux.
Parue dans la revue Cognitive Development, l’étude révèle que les enfants d’âge préscolaire les plus attachés à des membres de leur groupe social ont davantage tendance à reproduire des actions superflues. D’après les résultats, vers l’âge de quatre ans et demi, les enfants imiteraient les autres plus par désir de créer un lien avec eux que par souci de respecter une règle.
« Les enfants apprennent principalement en imitant les autres », explique Marilyne Dragon, doctorante au Département de psychologie de Concordia et auteure principale de l’étude.
« Lorsqu’un enfant reproduit un geste inutile, il est possible qu’il cherche à établir un lien avec la personne qui lui montre la tâche. L’imitation peut être à la fois un outil d’apprentissage et un outil social. »
Bien plus qu’une simple imitation
Les psychologues du développement étudient la surimitation depuis des années, car ce phénomène permet de mieux comprendre comment les enfants apprennent auprès des personnes qui les entourent. Il contribue également à expliquer cette capacité propre à l’être humain d’accumuler et de transmettre des connaissances d’une génération à l’autre.
Prenons l’exemple d’une personne adulte qui tape sur le côté d’une boîte à l’aide d’un bâton avant de l’ouvrir. Même si ce geste est inutile, un jeune enfant aura tendance à le répéter avant d’ouvrir la boîte à son tour.
Deux grandes théories tentent d’expliquer ce comportement. La première avance que les enfants imitent des gestes superflus parce qu’ils veulent ressembler à la personne qu’ils observent. La seconde soutient qu’ils considèrent ces gestes comme des règles sociales à suivre.
Marilyne Dragon et ses coautrices, la professeure Diane Poulin-Dubois et l’étudiante au programme de Honours Brittany Montpetit, ont voulu déterminer laquelle de ces explications décrivait le plus justement le comportement des enfants.
Au lieu de se limiter à une simple expérience de surimitation, les chercheuses ont créé différentes activités indépendantes visant à mesurer les préférences sociales des enfants ainsi que leur compréhension des normes. Elles ont également interrogé les parents sur leurs valeurs éducatives afin de savoir si les enfants élevés dans un cadre valorisant l’obéissance étaient davantage portés à la surimitation.
« Lorsqu’un enfant reproduit un geste inutile, il est possible qu’il cherche à établir un lien avec la personne qui lui montre la tâche », explique Marilyne Dragon, doctorante au Département de psychologie de Concordia et auteure principale de l’étude.
« La surimitation peut aider les enfants à assimiler des savoirs culturels en facilitant la transmission d’informations, de compétences et de traditions », indique Dragon.