Aller au contenu principal

Une nouvelle étude révèle pourquoi les jeunes enfants imitent des gestes inutiles

Selon des chercheuses de l’Université Concordia, les enfants d’âge préscolaire imitent les autres non pas parce qu’ils pensent devoir le faire, mais parce qu’ils souhaitent créer des liens
27 août 2026
|

Un père et son fils partagent un moment de complicité à l'intérieur, assis côte à côte sur un canapé dans une ambiance chaleureuse. « Lorsqu’un enfant reproduit un geste inutile, il est possible qu’il cherche à établir un lien avec la personne qui lui montre la tâche », explique Marilyne Dragon, doctorante au Département de psychologie de Concordia et auteure principale de l’étude.

Quiconque a déjà passé du temps avec de jeunes enfants a sans doute déjà observé ce phénomène.

Un adulte montre comment effectuer une tâche simple, en y ajoutant quelques étapes superflues. Au lieu d’ignorer ces gestes inutiles, l’enfant les reproduit fidèlement, même lorsqu’ils ne sont manifestement pas nécessaires pour atteindre l’objectif.

Selon une nouvelle étude de l’Université Concordia, ce comportement, appelé « surimitation », serait moins lié au respect de règles qu’au désir de créer des liens sociaux.

Parue dans la revue Cognitive Development, l’étude révèle que les enfants d’âge préscolaire les plus attachés à des membres de leur groupe social ont davantage tendance à reproduire des actions superflues. D’après les résultats, vers l’âge de quatre ans et demi, les enfants imiteraient les autres plus par désir de créer un lien avec eux que par souci de respecter une règle.

« Les enfants apprennent principalement en imitant les autres », explique Marilyne Dragon, doctorante au Département de psychologie de Concordia et auteure principale de l’étude.

« Lorsqu’un enfant reproduit un geste inutile, il est possible qu’il cherche à établir un lien avec la personne qui lui montre la tâche. L’imitation peut être à la fois un outil d’apprentissage et un outil social. »

Bien plus qu’une simple imitation

Les psychologues du développement étudient la surimitation depuis des années, car ce phénomène permet de mieux comprendre comment les enfants apprennent auprès des personnes qui les entourent. Il contribue également à expliquer cette capacité propre à l’être humain d’accumuler et de transmettre des connaissances d’une génération à l’autre.

Prenons l’exemple d’une personne adulte qui tape sur le côté d’une boîte à l’aide d’un bâton avant de l’ouvrir. Même si ce geste est inutile, un jeune enfant aura tendance à le répéter avant d’ouvrir la boîte à son tour.

Deux grandes théories tentent d’expliquer ce comportement. La première avance que les enfants imitent des gestes superflus parce qu’ils veulent ressembler à la personne qu’ils observent. La seconde soutient qu’ils considèrent ces gestes comme des règles sociales à suivre.

Marilyne Dragon et ses coautrices, la professeure Diane Poulin-Dubois et l’étudiante au programme de Honours Brittany Montpetit, ont voulu déterminer laquelle de ces explications décrivait le plus justement le comportement des enfants.

Au lieu de se limiter à une simple expérience de surimitation, les chercheuses ont créé différentes activités indépendantes visant à mesurer les préférences sociales des enfants ainsi que leur compréhension des normes. Elles ont également interrogé les parents sur leurs valeurs éducatives afin de savoir si les enfants élevés dans un cadre valorisant l’obéissance étaient davantage portés à la surimitation.

« La surimitation peut aider les enfants à assimiler des savoirs culturels en facilitant la transmission d’informations, de compétences et de traditions », indique Dragon.

Le besoin de créer un sentiment d’appartenance

Les résultats appuient davantage l’hypothèse de l’affiliation sociale.

Les enfants qui affichaient une préférence marquée pour les membres de leur groupe social avaient aussi tendance à imiter fidèlement des gestes inutiles. En revanche, les chercheuses n’ont observé aucun lien entre la surimitation et des valeurs parentales autoritaires ou avec la compréhension des normes sociales par les enfants.

« Nous nous attendions à trouver un lien entre la surimitation et la compréhension des normes, poursuit Marilyne Dragon. Or, nos résultats semblent indiquer que le désir d’établir des liens avec les autres semble être un facteur plus déterminant à cet âge. » 

Les résultats révèlent également un changement développemental intéressant. L’association entre la surimitation et l’affiliation sociale est apparue chez les enfants de quatre ans et demi, mais pas chez ceux de quatre ans. Cette évolution laisse à penser qu’en prenant davantage conscience des groupes sociaux, les enfants modifient progressivement leur manière d’apprendre des autres et les motivations qui sous-tendent cet apprentissage.

Apprentissage et culture

Les résultats apportent un nouvel éclairage sur l’une des caractéristiques fondamentales de l’apprentissage humain.

Contrairement à la plupart des autres animaux, à l’exception des chiens, les êtres humains n’imitent pas seulement les gestes nécessaires à l’accomplissement d’une tâche. Ils reproduisent également les comportements et les conventions qui les entourent. Même si cela peut parfois paraître inefficace, ce mécanisme contribue à la transmission du patrimoine culturel entre les générations, souligne Marilyne Dragon.

« La surimitation peut aider les enfants à assimiler des savoirs culturels en facilitant la transmission d’informations, de compétences et de traditions, indique la doctorante. Ce comportement serait ainsi devenu une stratégie sociale permettant de signaler son appartenance à un groupe et de renforcer son identité sociale. »

 

Apprenez-en plus sur le Département de psychologie de l’Université Concordia.



Retour en haut de page

© Université Concordia