L’environnement familial peut avoir une incidence sur le risque de problèmes de santé mentale à long terme chez les enfants de parents bipolaires
On sait que les enfants dont les parents sont atteints d’un trouble bipolaire courent un risque accru de connaître, plus tard dans la vie, des problèmes de santé mentale comme la dépression, l’anxiété, la toxicomanie et le trouble bipolaire.
Selon une nouvelle étude menée à l’Université Concordia, l’environnement dans lequel ces enfants grandissent pourrait avoir une incidence sur leur santé mentale à l’âge adulte. L’équipe de recherche indique qu’une exposition prolongée à la désorganisation et au désordre – réalité fréquente chez les enfants vivant dans des foyers où l’un des parents est aux prises avec un trouble bipolaire – est associée à une réponse cortisolique au réveil élevée, même des années plus tard.
La réponse cortisolique au réveil correspond à l’augmentation naturelle du taux de cortisol – l’hormone du stress – au cours de la première heure suivant le réveil; ce mécanisme contribue à aider l’organisme à se préparer aux exigences de la journée.
Plus que la seule génétique
Dans le cadre d’une étude publiée dans la revue Psychoneuroendocrinology, 132 jeunes ont été suivis : 68 dont les parents étaient atteints d’un trouble bipolaire et 64 dont les parents n’avaient aucun antécédent de trouble affectif. L’équipe de recherche a évalué la vie familiale à partir des témoignages des parents concernant la structure, le soutien et la stabilité au sein du foyer lorsque les enfants étaient âgés de quatre à 12 ans. L’équipe a repris contact avec les personnes participantes environ 12 ans plus tard afin de mesurer leur taux de cortisol et d’évaluer leur santé mentale.
L’équipe a observé que les enfants de parents atteints de trouble bipolaire qui avaient grandi dans des foyers moins structurés – c’est-à-dire caractérisés par un manque d’organisation, de stabilité et de prévisibilité – avaient tendance à présenter une réponse cortisolique au réveil plus marquée à la fin de l’adolescence et au début de l’âge adulte. Ces réponses plus élevées ont ensuite été associées à davantage de symptômes de dépression et d’anxiété.
Les chercheuses et chercheurs ont également constaté que les personnes participantes ayant elles-mêmes développé un trouble affectif – qu’il s’agisse d’un trouble dépressif majeur ou d’un trouble bipolaire – présentaient une réponse cortisolique au réveil plus élevée comparativement aux enfants de parents atteints d’un trouble bipolaire ne présentant pas eux-mêmes de trouble affectif et aux enfants faisant partie du groupe témoin.
« Nous ne croyons pas que les troubles mentaux qui en viennent à se manifester chez les enfants de ces familles sont uniquement attribuables à des facteurs génétiques », explique l’auteur principal de l’étude, Mark Ellenbogen, professeur au Département de psychologie. « Nous avons constaté que les enfants qui grandissent dans des environnements stressants avec des parents qui font des allers-retours à l’hôpital et ont un niveau élevé de névrosisme présentent des modifications de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, système qui assure la production de cortisol et la régulation de la réponse de l’organisme au stress. »
« Ces résultats corroborent notre hypothèse selon laquelle un milieu familial désorganisé et instable constitue un facteur prédictif du risque de troubles mentaux découlant de changements à long terme dans le fonctionnement de l’hormone du stress. »
L’importance des environnements prévisibles
Dans le cadre de l’étude, les parents ont fait état de la structure, du soutien et de la stabilité qui caractérisaient leur environnement familial lorsque leurs enfants étaient au stade de la moyenne enfance, c’est-à-dire âgés de quatre à 14 ans. Environ 12 ans plus tard, les personnes participantes ont fourni des échantillons de salive prélevés sur une période de trois jours pour que les chercheuses et chercheurs puissent mesurer leur taux de cortisol au réveil. Elles ont également fait l’objet d’une évaluation structurée de leur santé mentale.
L’équipe de recherche souligne que peu d’études longitudinales ont porté jusqu’ici sur les liens entre un milieu familial stressant et le fonctionnement ultérieur du système de régulation du stress chez les enfants dont les parents sont atteints de troubles mentaux. Bien que cette étude ait permis d’établir une relation entre ces facteurs, les chercheurs insistent pour dire que le milieu familial ne doit pas être considéré comme la cause de problèmes de santé mentale apparaissant plus tard dans la vie.
Toutefois, ils affirment que ces résultats soulignent l’importance d’un milieu familial prévisible, cohérent et bien organisé pour les enfants qui pourraient déjà présenter un risque élevé. L’étude appuie également l’idée selon laquelle les programmes de prévention axés sur la famille pourraient constituer un moyen de contribuer à réduire ce risque en renforçant l’organisation et la prévisibilité au sein du foyer.
Mark Ellenbogen et son équipe entreprendront bientôt un essai clinique randomisé portant sur un nouveau programme de prévention intitulé Reducing Unwanted Stress in the Home (RUSH, ou « réduire le stress indésirable à la maison ») et destiné aux familles dont l’un des parents est aux prises avec un trouble affectif.
Ont contribué à cette étude Lisa Serravalle (Ph. D. 2023); Sheilagh Hodgins, de l’Université de Montréal; Claire-Dominique Walker, de l’Université McGill; et Elaine Walker, de l’Université Emory. Le projet a reçu l’appui des Instituts de recherche en santé du Canada et du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.
Lisez l’article : « Low levels of organization and consistency in the home in middle childhood predicts cortisol levels and internalizing symptoms 12 years later among the offspring of parents with bipolar disorder »