Les interventions alimentaires générales pourraient être plus utiles que les habitudes particulières préalablement à une chirurgie bariatrique, selon une étude de l’Université Concordia
Les personnes qui se préparent à subir une chirurgie métabolique et bariatrique peuvent avoir des habitudes alimentaires très différentes les unes des autres, mais ces disparités ne se traduisent pas nécessairement par des indicateurs de santé cardiométabolique distincts, selon une nouvelle étude de l’Université Concordia. Les membres de l’équipe de recherche affirment que ces résultats pourraient aider les professionnels de la santé et les patients à orienter leurs choix en matière de mode de vie et d’habitudes alimentaires à l’approche de l’intervention, et même avant.
Les chercheuses et chercheurs ont constaté deux profils alimentaires distincts chez 64 personnes se préparant à subir une intervention chirurgicale. L’un des groupes déclarait un apport élevé en calories, en matières grasses, en sucre et pour la plupart des micronutriments, tandis que l’autre se caractérisait par un apport global en nutriments nettement inférieur, notamment en ce qui a trait aux fibres et aux vitamines.
Malgré ces écarts, les deux groupes ne présentaient aucune différence majeure quant aux principaux indicateurs de santé, notamment la glycémie, le cholestérol, les triglycérides, la graisse corporelle, le rapport taille/stature ou la protéine C réactive, un marqueur d’inflammation.
Les résultats semblent indiquer que le principal motif de préoccupation sur le plan nutritionnel pourrait bien être ce que ces deux groupes ont en commun : les deux régimes alimentaires présentent les caractéristiques du mode d’alimentation occidental – une densité énergétique élevée, des quantités relativement importantes de glucides, de sucres et de matières grasses, ainsi qu’un faible apport en fibres.
« Il est possible que les personnes appartenant au groupe à forte consommation de sucre et de matières grasses mangent davantage d’aliments gras comme le bœuf plutôt que le poulet, ou même qu’elles mettent plus de sucre dans leur café », avance l’auteur source Simon Bacon, professeur au Département de santé, de kinésiologie et de physiologie appliquée. « Les personnes du groupe à faible consommation de fibres et de vitamines pourraient consommer moins de fruits et de légumes. »
« Ces résultats montrent que nous pouvons garder un message relativement simple et envisager des interventions plus générales plutôt que de se préoccuper d’habitudes alimentaires particulières avant une chirurgie. »», affirme Simon Bacon.
Différences et similitudes entre les habitudes alimentaires
Publiée dans la revue Obesity Surgery, l’étude portait sur des participants dont l’âge moyen était de 48 ans et dont l’indice de masse corporelle moyen était de 45, signe d’une obésité grave. Toutes ces personnes devaient subir une chirurgie métabolique et bariatrique.
Trois mois avant l’intervention, on a demandé aux personnes participantes de consigner leur consommation d’aliments et de boissons à l’aide d’une application pour téléphone intelligent. Fondée sur l’apprentissage automatique, l’application identifiait les aliments et en calculait la teneur en calories et en nutriments grâce à l’information contenue dans le Fichier canadien sur les éléments nutritifs, une base de données sur la composition des aliments. Puis des évaluateurs qualifiés, supervisés par un diététiste, vérifiaient les données alimentaires saisies afin d’en garantir l’exactitude.
L’analyse des données a été effectuée en tenant compte de l’âge, du sexe, de l’origine ethnique, de l’état matrimonial, du niveau de scolarité et du revenu, ainsi que des degrés d’activité physique et de l’indice de masse corporelle initial.
Outre la répartition des répondants en deux catégories générales, l’étude a mis en évidence des lacunes généralisées dans l’apport en nutriments d’origine alimentaire. En effet, environ 83 % des personnes participantes présentaient un apport en fibres inférieur aux niveaux recommandés, tandis que plus de 90 % d’entre elles avaient un apport en vitamine D d’origine alimentaire inférieur aux besoins moyens estimés. L’apport en sodium était également supérieur aux niveaux recommandés chez environ 60 % des femmes et 65 % des hommes.
Par ailleurs, les deux groupes présentaient des signes de syndrome métabolique élevés, notamment des taux de glycémie et de protéine C réactive supérieurs aux valeurs recommandées, signe d’inflammation générale dans l’organisme.
Jessica Burdick
Extrait d’une étude plus vaste
Les membres de l’équipe de recherche soulignent que cette étude, de petite envergure et de nature transversale, ne devrait pas être considérée comme une preuve que les habitudes alimentaires entraînent des changements dans la santé cardiométabolique au fil du temps. Toutefois, ajoutent-ils, elle s’inscrit dans une étude plus vaste qui sera publiée dans les prochains mois et offre tout de même des indications préliminaires pertinentes sur les habitudes alimentaires.
« Sur le plan clinique, ces résultats montrent qu’il n’est pas nécessaire d’entrer dans les détails ou de prévoir des messages trop nuancés, indique Simon Bacon. Cela signifie que nous pouvons nous en tenir à des recommandations relativement simples et envisager des interventions plus générales qui pourraient s’avérer bien plus utiles que de se préoccuper d’habitudes alimentaires particulières avant une chirurgie. »
La doctorante Jessica Burdick est l’auteure principale de l’étude. Ont effectué des recherches additionnelles dans le cadre de l’étude EMBRACE Tair Ben-Porat de l’Université de Haïfa, en Israël; Tamara Cohen et Patricia Acosta de l’Université de la Colombie-Britannique; Maximilien Vakambi et Tarek Allaw de Santé Québec Nord-de-l’Île-de-Montréal – Universitaire; ainsi que le Centre de médecine comportementale de Montréal.
L’étude a été financée par la Fondation de la famille Weston.
Lisez l’article : « Inter-Individual Differences in Dietary Clusters in Candidates for Metabolic-Bariatric Surgery and their Association to Cardiometabolic Health Status ».