Aller au contenu principal

Commodité, manque d’accès à l’eau potable et publicité sont les facteurs qui motivent la consommation d’eau en bouteille, observe une équipe de recherche de Concordia

Une étude menée auprès de 15 000 personnes a permis de cerner trois groupes de consommateurs, ce qui pourrait aider les décideurs à mieux cibler leurs efforts pour réduire l’attrait des bouteilles de plastique à usage unique
22 septembre 2026
|
Many plastic water bottles

Plus d’un million de bouteilles d’eau en plastique sont achetées chaque minute dans le monde. Cela représente plus de 1,3 milliard de ces bouteilles par jour et plus de 500 milliards par année. C’est une quantité considérable de plastique, dont une grande partie finit dans l’organisme humain et dans les sites d’enfouissement. Les répercussions sanitaires à long terme sont encore inconnues, mais des recherches préliminaires semblent indiquer l’existence de risques pour la santé humaine liés à l’accumulation de nano- et de microplastiques dans le foie, les reins et les intestins.

Or, qu’est-ce qui explique cette forte hausse de l’utilisation des bouteilles d’eau en plastique?

Dans le cadre d’un sondage mené auprès de plus de 15 000 personnes dans 81 pays, des chercheuses et chercheurs de l’Université Concordia ont constaté que la consommation d’eau embouteillée était attribuable à un ensemble de facteurs démographiques, infrastructurels et géographiques, notamment l’âge, le niveau de scolarité, l’accès à l’eau potable et l’exposition à la publicité.

Contrairement aux études antérieures sur les nano- et microplastiques, qui mettaient l’accent sur les risques que ces substances présentent pour la santé, cette nouvelle étude publiée dans la revue Journal of Cleaner Production examine les facteurs qui favorisent la consommation de bouteilles d’eau en plastique à usage unique, même lorsque les gens sont conscients des risques.

« Les résultats de l’enquête montrent que la sensibilisation ne modifie pas toujours les comportements », note l’auteure principale de l’étude, Sarah Sajedi (Ph. D. 2026). « Il y a bien d’autres facteurs qui entrent en ligne de compte. »

Le superviseur de thèse de Sarah Sajedi, Chunjiang An, professeur agrégé au Département de génie du bâtiment, civil et environnemental, est co-auteur de l’étude.

A woman and a man standing in a lab Sarah Sajedi et Chunjiang An: « Les résultats de l’enquête montrent que la sensibilisation aux risques ne modifie pas toujours les comportements ».

Les différences démographiques jouent un rôle

L’équipe de recherche a eu recours aux médias sociaux pour recruter les participantes et participants à l’étude. Ceux-ci ont répondu à un sondage de 25 questions portant sur leur consommation d’eau embouteillée et leurs habitudes de recyclage, leur utilisation de bouteilles à remplissages multiples, leur accès à l’eau potable, les raisons pour lesquelles ils utilisent des bouteilles en plastique, leur exposition à la publicité, leur sensibilisation aux enjeux environnementaux et sanitaires, ainsi que leurs caractéristiques démographiques. La plupart des personnes répondantes venaient des États-Unis et du Canada.

De manière générale, l’équipe de recherche a constaté que les jeunes répondants au niveau de scolarité élevé sont plus enclins à utiliser des bouteilles à usage unique que les répondants plus âgés, estimant que ces bouteilles sont à la fois plus pratiques et plus sûres, leur eau étant exempte de micro-organismes pathogènes. Les répondants plus âgés ont davantage tendance à se servir de bouteilles réutilisables, tandis que les jeunes sont plus nombreux à recycler leurs bouteilles.

« Il est intéressant de noter que 75 % des répondants pensent que les bouteilles d’eau à usage unique contiennent des nano- et microplastiques, et que 70 % d’entre eux croient qu’il existe un lien entre ces plastiques et le cancer, indique Sarah Sajedi. La sensibilisation est bien là, mais le message ne semble pas encore avoir entraîné un changement d’habitudes. »

L’étude a également permis de cerner trois groupes distincts de consommateurs d’eau en bouteille :

  • les voyageurs à l’esprit pratique, dont l’utilisation de ces bouteilles est principalement motivée par un souci de commodité et de mobilité;
  • les citadins « influencés », dont le comportement est davantage façonné par l’exposition aux médias et les normes sociales;
  • les consommateurs actifs et conscientisés, dont l’utilisation est étroitement liée aux besoins et aux circonstances du moment.

Selon l’équipe de recherche, la prise en compte de ces différents groupes pourrait aider les décideurs à concevoir des stratégies plus ciblées pour réduire la dépendance à l’égard des bouteilles de plastique à usage unique, plutôt que de traiter tous les consommateurs de la même manière.

L’étude souligne également l’importance de l’accès à l’eau potable. Près de 78 % des personnes répondantes déclarent se retrouver régulièrement dans des endroits dénués d’eau potable. Cet accès limité est une cause directe de la consommation d’eau embouteillée.

La publicité constitue un autre facteur important. Les personnes qui disent voir plus souvent des publicités d’eau embouteillée sont également plus susceptibles de consommer des bouteilles à usage unique. Cette corrélation est particulièrement marquée chez les jeunes répondants au niveau de scolarité élevé.

De plus, de nombreux consommateurs considèrent l’eau embouteillée comme plus sûre et de meilleure qualité que les autres sources d’eau potable. Selon l’équipe de recherche, cette perception semble également constituer un facteur important dans le comportement des consommateurs, qui les incite à opter pour l’achat et la consommation d’eau embouteillée.

Les solutions dépendent du contexte

Sur le plan des politiques publiques, l’équipe de recherche recommande d’aménager des infrastructures permettant le remplissage des bouteilles à usages multiples et de mener des campagnes de sensibilisation ciblées sur les microplastiques et la consommation durable d’eau. Elle préconise également un contrôle plus rigoureux de la publicité et des messages relatifs à l’eau embouteillée.

Les chercheurs affirment que les politiques devraient tenir compte des réalités locales. Dans les pays riches, la consommation d’eau embouteillée peut être motivée en grande partie par des raisons de commodité, les besoins liés aux déplacements et le mode de vie. Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, elle peut plutôt découler d’un accès limité à l’eau potable.

« Nos recherches montrent que les gens boivent de l’eau en bouteille pour différentes raisons; il n’existe donc pas de solution unique qui convienne à tout le monde », affirme Sarah Sajedi, qui est également cofondatrice d’ERA Environmental Management Solutions, un fournisseur de logiciels dans les domaines de l’environnement, de la santé et de la sécurité. « Mais presque tous les répondants ont déclaré que s’ils disposaient d’une source d’eau propre facilement accessible, ils éviteraient d’utiliser des bouteilles de plastique à usage unique. »

Cette étude a été financée par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada et l’Université Concordia.

Lisez l’article : « The plastic pulse: How global water consumption behaviors shape exposure to nano- and microplastics from single-use plastic water bottles »



Retour en haut de page

© Université Concordia