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Explorer le passé colonial de l’Université Concordia

Le rapport indique comment l’Université peut prendre acte de ses origines, notamment en ce qui a trait à ses liens avec des institutions qui ont façonné et appliqué des politiques préjudiciables aux peuples autochtones
30 septembre 2026
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Ce texte a été rédigé par Manon Tremblay, directrice principale du Bureau des directions autochtones à Concordia.

Peter Gossage, professeur émérite distingué au Département d’histoire, a contribué à la recherche.

Traumavertissement : L’article qui suit contient des références aux pensionnats autochtones, à la maltraitance envers les enfants, à l’esclavage et au racisme.

Le terme « pensionnats indiens » est officiellement employé dans la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens (CRRPI) ainsi que dans les documents historiques et juridiques faisant référence au système scolaire établi par le gouvernement fédéral en vue d’assimiler les enfants autochtones à la société canadienne.

« Comment concilier la présence d’un monument symbolisant le zèle missionnaire catholique et le racisme colonialiste avec les valeurs progressistes de l’Université et son engagement particulier à l’égard de la réconciliation avec les peuples autochtones? » – Peter Gossage, L’Université Concordia – 50 ans d’une histoire collective, 2024.

L’Université Concordia inaugurera aujourd’hui sa terrasse récemment rénovée, située derrière le pavillon Hall. Cette nouvelle terrasse se veut un hommage aux cultures autochtones : elle mettra en valeur l’art autochtone et favorisera un sentiment d’appartenance chez les membres des Premières Nations, les Inuits et les Métis qui fréquentent le campus, tout en offrant à l’ensemble de la communauté de Concordia un havre de tranquillité où se détendre, se retrouver entre amis et profiter du soleil.

Aujourd’hui, le 30 septembre, nous célébrons la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation ou, comme de nombreuses personnes autochtones préfèrent l’appeler, la Journée du chandail orange. Dédiée à la mémoire des enfants qui ne sont jamais rentrés chez eux après leur passage dans les pensionnats autochtones, cette journée est également destinée à soutenir les survivantes et survivants dont la vie a été bouleversée à jamais par leur expérience dans ces établissements.

Le choix du 30 septembre pour l’inauguration de la terrasse n’est ni arbitraire ni purement symbolique. Cette date marque également la publication tant attendue d’un rapport sur les liens entre Concordia et les ordres religieux qui ont activement pris part à la destruction des cultures, des religions et des langues autochtones en appliquant des politiques assimilationnistes approuvées par le gouvernement.

Depuis que la Commission de vérité et réconciliation a déposé son rapport final et ses 94 appels à l’action en 2015, les universités de tout le Canada ont réagi en élaborant leurs propres plans d’action et en mettant en place une infrastructure permettant de guider leurs établissements vers la réconciliation.

L’Université Concordia a publié son premier Plan d’action sur les directions autochtones en 2019 et a ensuite mis sur pied le Bureau des directions autochtones afin d’orienter les efforts menés dans l’ensemble de l’Université en matière de réconciliation et de décolonisation. Le plan recommande que l’Université mène une recherche critique sur l’histoire de Concordia. Ainsi, en 2021, le Bureau des directions autochtones a commandé une étude à Colby Gaudet (Ph. D. 2024), qui était à l’époque doctorant à Concordia et qui étudie les interactions entre la religion et le colonialisme.

Le rapport de Colby Gaudet, intitulé Explorer le passé colonial de l’Université Concordia : examen des relations passées et présentes de l’Université avec les peuples autochtones, est maintenant disponible en ligne. Il vise à faire la lumière sur le passé de Concordia, sa fondation et son association avec des acteurs clés ayant contribué à l’élaboration ou à l’application de politiques coloniales préjudiciables aux peuples autochtones.

Présence marquante au sein de la communauté montréalaise et résolument engagée à établir des relations mutuellement bénéfiques et respectueuses avec les communautés autochtones, l’Université Concordia reconnaît l’importance de mettre en lumière les principales conclusions de ce rapport.

L’Université tient également à inviter à une réflexion plus approfondie sur les effets dommageables persistants des environnements d’enseignement, d’apprentissage et de travail hérités du colonialisme de peuplement sur les membres autochtones du corps professoral, de l’effectif étudiant et du personnel.

L’Université Concordia : 52 ans d’histoire

L’Université Concordia a été fondée en 1974 à la suite de la fusion entre le Loyola College, établissement jésuite, et la Sir George Williams University.

Tout au long de son histoire, Concordia a connu une croissance constante : elle a considérablement enrichi son offre de programmes d’études et plus que doublé sa population étudiante. Elle a présidé à de nombreuses premières : premier doctorat en éducation artistique (1977) au Canada, création de l’Institut Simone de Beauvoir (1978), premier MBA exécutif du Québec (1985) et première majeure en études des peuples autochtones (2011).  

L’Université Concordia est devenue un établissement de recherche de calibre mondial qui s’est classé au premier rang en Amérique du Nord parmi les universités de moins de 50 ans et dont l’école de gestion a été nommée meilleure faculté de ce domaine au Canada. Concordia compte en outre parmi les plus importantes universités de recherche du pays.

Concordia figure aussi régulièrement au palmarès des meilleurs employeurs, et ses personnes diplômées sont devenues des leaders dans leur domaine et au sein de leur communauté; pionnières, elles ont ouvert la voie aux futures générations.

Malgré les réussites qui ont jalonné les 52 premières années d’existence de l’Université, ses liens directs et indirects avec des organisations qui ont joué un rôle déterminant dans le génocide culturel des peuples autochtones ont été délibérément passés sous silence.

Dans le récit de l’histoire de l’Université mis de l’avant dans ses communications, les valeurs proclamées des Jésuites ainsi que le discours dominant décrivant les Sœurs Grises comme bienveillantes et charitables ont été présentés comme des faits et sans aucune critique. Or, ce récit colonial unilatéral entre en contradiction avec l’expérience vécue par les Autochtones dans leurs interactions avec les membres de ces ordres religieux. 

La publication du rapport de Colby Gaudet constitue pour l’Université l’occasion de mener une réflexion plus approfondie sur sa complicité tacite dans l’effacement des voix autochtones.

Constats du rapport

Explorer le passé colonial de Concordia se concentre sur trois organisations, dont deux sont les prédécesseurs directs des établissements qui ont fusionné en 1974 pour former l’Université Concordia, à savoir la Young Men’s Christian Association (YMCA) pour la Sir George Williams University et la Compagnie de Jésus (les Jésuites) pour le Loyola College.

La troisième organisation abordée dans le rapport est celle des Sœurs de la Charité de Montréal, mieux connues sous le nom de Sœurs Grises, dont la maison mère a été acquise par l’Université en 2007.

Le rapport examine également la manière sélective dont l’histoire sociale des Sœurs Grises est présentée dans les organes de communication de Concordia. Il décrit comment l’Université a contribué à perpétuer le récit colonial largement admis sur l’œuvre caritative de ces religieuses et leur rôle clé dans l’histoire du Canada, sans faire mention de leur implication dans le système des pensionnats autochtones.

Voici un résumé de certaines des principales conclusions du rapport.

Les origines jésuites de Concordia

L’Université Concordia trouve ses racines dans la Compagnie de Jésus, ordre religieux catholique romain voué à l’enseignement. Les Jésuites ont participé activement à la mission coloniale française visant à convertir les peuples autochtones au christianisme et à les assimiler au sein de la colonie de la Nouvelle-France. Les premières écoles missionnaires jésuites ont servi de modèles au système des pensionnats autochtones, qui s’est intégré à la politique fédérale canadienne à partir de la fin du 19e siècle et pendant la majeure partie du 20e siècle.

Partout sur l’Île de la Tortue, les peuples autochtones ont été dépossédés de leurs terres en vertu de politiques telles que la doctrine de la découverte et le principe de terra nullius, selon lesquels les terres n’appartenant pas à des entités chrétiennes pouvaient être librement acquises. En Nouvelle-France, les jésuites sont devenus d’importants propriétaires fonciers, acquérant par concession royale près d’un million d’acres de terres dans la vallée du Saint-Laurent, territoire ancestral du peuple Haudenosaunee.

Les Jésuites ont pris possession de ces territoires à l’insu et sans le consentement du peuple Haudenosaunee. Pendant les décennies qui ont suivi, les Jésuites ont cédé d’importantes portions de leurs terres à des colons français, processus qui a donné lieu à l’expropriation du peuple Kanien’kéhà:ka.

Les jésuites comptaient également sur le travail forcé d’esclaves africains et autochtones pour faire fructifier leurs terres et gérer leurs écoles missionnaires, et ce, dans toutes les Amériques. Citons par exemple les grandes haciendas de la côte péruvienne appartenant aux jésuites, dont les Africains réduits en esclavage contribuent à faire vivre les collèges jésuites de Lima, de Carthagène et d’ailleurs.

Dans leurs rapports annuels (Relations des Jésuites de la Nouvelle-France), les Jésuites tenaient leurs supérieurs au courant des progrès réalisés dans la conversion religieuse des Autochtones. Fortement remaniées afin de plaire à un public plus large, ces chroniques contenaient des descriptions de martyres subis par les pères jésuites aux mains des Autochtones.

Ces rapports ont jeté les bases du récit historique canadien selon lequel les peuples Haudenosaunee et Wendat étaient des nations hostiles et violentes ayant une propension à commettre des actes de cruauté gratuite. L’accaparement des terres ancestrales et non cédées des Autochtones dès les débuts de la Nouvelle-France a ouvert la voie à l’aliénation coloniale de ces territoires, qui se poursuit encore aujourd’hui.

La fondation du Loyola College

Fondé en 1896, le Loyola College est en réalité le prolongement du programme classique en langue anglaise du Collège Sainte-Marie, établissement jésuite montréalais dont les origines remontent à 1848. En janvier 1900, un terrain est acheté dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce, de la ville. La construction du bâtiment commence en 1913 et s’achève en 1916, année où le Loyola College emménage dans ses nouveaux locaux.

Le bâtiment de l’ancien collège jésuite abrite aujourd’hui le pavillon de l’administration de l’Université Concordia, tandis que l’ancienne résidence des jésuites est désormais le pavillon JR.

Participation des Jésuites au système des pensionnats autochtones

Dans les années 1840, plusieurs jésuites quittent le Québec pour fonder des missions au sein de communautés autochtones situées plus à l’ouest, notamment à Walpole Island et à Wikwemikong, en Ontario. La mission de Wikwemikong devient rapidement une communauté chrétienne foisonnante, accueillant toujours plus de nouveaux jésuites venus d’Europe.

Afin d’assurer un financement continu de leurs écoles missionnaires de la part des autorités fédérales, les Jésuites adhèrent aux politiques sur l’éducation autochtone édictées par le ministère des Affaires indiennes. Le rapport Davin (1879), issu de ce ministère, établit certaines des premières politiques officielles relatives aux pensionnats autochtones au Canada. On y recommande d’établir ces écoles hors des réserves afin de réduire l’influence de la famille et des proches sur les enfants.

Pressés par le gouvernement fédéral, les Jésuites ouvrent en 1913 de nouvelles écoles non mixtes à Spanish, en Ontario. Communément appelées « pensionnats de Spanish », ces écoles constituent les seuls pensionnats autochtones gérés par eux au Canada. Cependant, tout au long de l’ère des pensionnats autochtones, les Jésuites dirigent également au moins 30 établissements de ce type aux États-Unis.

Au début des années 2000, à l’époque de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens, puis dans le cadre des enquêtes menées par la Commission de vérité et réconciliation, des survivantes et survivants des pensionnats de Spanish témoignent des mauvais traitements et de la négligence dont ils ont été victimes durant leur passage dans ces établissements.

En 2023, les Jésuites du Canada publient les noms de 29 de leurs membres « accusés de manière crédible d’abus sexuels sur mineurs » commis dans des établissements partout au Canada. Parmi ces jésuites, neuf étaient liés au Loyola College et à l’Université Concordia, et sept étaient affectés aux pensionnats de Spanish. Huit d’entre eux avaient également été affectés comme curés de paroisse dans diverses communautés autochtones du Québec et de l’Ontario.

Bon nombre des administrateurs et des enseignants des pensionnats de Spanish avaient des liens avec le Loyola College, où ils avaient fait leurs études ou enseigné pendant un certain temps. William Hingston, S.J., qui fut recteur du Loyola College de 1918 à 1925, était l’un d’eux.

Fils d’un éminent médecin qui avait occupé la fonction de maire de 1875 à 1877, William Hingston avait servi comme aumônier pendant la Première Guerre mondiale. On lui attribue le mérite d’avoir fait entrer le Loyola College dans l’ère moderne, présidant à une refonte en profondeur de ses programmes d’études. Il a également supervisé certains avancements au sein des pensionnats de Spanish en sa qualité de supérieur des Jésuites.

La résidence du pavillon Hingston (HA et HB) de l’Université a été nommée en son honneur.

Le Loyola College, qui fut un tremplin pour plusieurs jésuites qui allaient par la suite maltraiter des enfants autochtones ou superviser l’application des politiques assimilationnistes du gouvernement fédéral et du projet de conversion religieuse de l’Église catholique romaine, était inextricablement lié au système des pensionnats autochtones.

L’histoire des Jésuites de Montréal et du Loyola College est abordée à la section 3 du rapport.

Le YMCA et la Sir George Williams University

La Young Men’s Christian Association (YMCA) a été fondée par Sir George Williams en 1844. Il s’agit d’une organisation mondiale vouée à la jeunesse qui s’est donné pour mission de « mettre en pratique les valeurs chrétiennes grâce à des programmes favorisant la santé du corps, de l’esprit et de l’âme ». Au Canada, les sections locales du YMCA offrent des services et organisent des activités axées sur le développement des jeunes.

Les camps d’été, où des millions d’enfants de partout en Amérique du Nord passent leurs vacances, constituent un élément phare des programmes du YMCA. Les campeurs y sont régulièrement invités à « jouer aux Indiens » : à l’aide de costumes, d’activités et de rituels autour du feu de camp, on encourage les campeurs non autochtones à adopter et à reproduire des versions stéréotypées de la vie autochtone, en s’inspirant de symboles et de traditions volés aux premiers peuples.

Dans le cadre de ces camps d’été, le YMCA se livre à une appropriation culturelle tous azimuts, à une époque où les enfants autochtones sont arrachés de force à leurs familles pour être envoyés dans des pensionnats. Alors que les enfants non autochtones sont encouragés à se peindre le visage et à s’entraîner à pousser des cris de guerre dans des camps agrémentés de tipis et de totems, il est interdit aux enfants autochtones de parler leur langue ou d’exprimer le moindre aspect de leur culture.

La Sir George Williams University a été fondée par le YMCA de Montréal, organisme qui a contribué à tourner en ridicule les traditions autochtones et s’est rendu complice du renforcement de stéréotypes dévastateurs qui perdurent encore aujourd’hui.

Le chapitre 5 du rapport porte sur la Sir George Williams University et le YMCA. Y figure le chapitre 5.18, intitulé « Jouer aux Indiens » au camp.

Sainte Marguerite d’Youville et les Sœurs de la Charité

Les Sœurs de la Charité de Montréal communément appelées les Sœurs Grises, sont un ordre catholique romain fondé en 1737 par Marguerite d’Youville.

Née Marie-Marguerite Dufrost de Lajemmerais en 1701 à Varennes, Québec, Marguerite d’Youville épouse en 1722 François-Magdeleine You d’Youville, contrebandier et marchand d’esclaves. Les d’Youville sont des propriétaires d’esclaves notoires. Dans un inventaire des biens de François-Magdeleine You d’Youville effectué après sa mort, on mentionne un jeune esclave autochtone « âgé d’environ dix à onze ans ». Cet enfant devient la propriété de Marguerite d’Youville, devenue veuve.

À la mort de son mari, elle acquiert plusieurs esclaves. En 1738, elle comparaît devant les tribunaux en raison d’un litige concernant un esclave dont elle a hérité de son beau-père.

La congrégation des Sœurs Grises a originellement pour mission de venir en aide aux pauvres.

Sous la direction de Marguerite d’Youville, la nouvelle congrégation en plein essor finance ses activités grâce au travail d’esclaves, de prisonniers de guerre et de serviteurs sous contrat. Elle compte également sur le travail non rémunéré de mères célibataires, de travailleuses du sexe, d’orphelins et de personnes âgées qu’elle était censée aider.

Grâce à cette abondante main-d’œuvre gratuite, les Sœurs Grises excellent dans leurs nombreuses activités entrepreneuriales. Elles exploitent une brasserie et vendent du tabac ainsi que divers articles fabriqués par des esclaves.

Marguerite d’Youville possédera des esclaves autochtones jusqu’à sa mort, en 1777. L’Église catholique la canonise en 1990.

Le rôle des Sœurs Grises dans le système des pensionnats autochtones

Dans les années 1840, l’ordre prend une considérable expansion et devient un important fournisseur de services d’éducation, de soins de santé et de services sociaux au Canada et dans certaines régions des États-Unis. À cette époque, les Sœurs Grises commencent à étendre leurs activités vers l’ouest et fondent un nouveau couvent à Saint-Boniface, dans l’actuel Manitoba. Elles sont bientôt rejointes par un ordre catholique romain masculin, les Oblats de Marie-Immaculée, qui entreprennent d’étendre leur propre réseau missionnaire vers le nord-ouest du Canada.

Ensemble, les Oblats et les Sœurs Grises se mettent à œuvrer dans des pensionnats répartis dans les Prairies. De la fin des années 1870 jusqu’aux années 1980, les Sœurs Grises de Montréal travaillent comme administratrices, enseignantes, infirmières et membres du personnel dans au moins 22 pensionnats répartis au Canada et aux États-Unis, notamment ceux qui figurent dans la liste ci-dessous.

Ontario

  • St. Mary’s
  • St. Margaret’s (Fort Frances)

Manitoba

  • Pine Creek
  • Assiniboia

Saskatchewan

  • Muscowequan
  • Beauval (Île-à-la-Crosse)
  • Qu’Appelle (Lebret)

Alberta

  • Sacred Heart (Brocket)
  • St. Mary’s (Blood)
  • Holy Angels (Fort Chipewyan)
  • Lac La Biche
  • St. Albert (Youville)
  • Blue Quills (Sacré-Cœur)

Territoires du Nord-Ouest

  • Pensionnat de Fort Providence (Sacred Heart)
  • Fort Resolution (St. Joseph’s)
  • Aklavik (Immaculée-Conception)
  • Fort Smith (Breynat Hall)
  • Inuvik Roman Catholic (Grollier Hall)
  • Fort Simpson Roman Catholic (Lapointe Hall)
  • Fort Smith (Grandin College)

Nunavut

  • St. Mary’s (Turquetil Hall)

Dakota du Nord

  • Fort Totten Indian Boarding School (St. Michael’s)


D’autres écoles, notamment le tristement célèbre pensionnat de Sainte-Anne, dans le nord de l’Ontario, et l’école Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus à Fort George, au Québec, sont gérées par des congrégations affiliées. Mentionnons par exemple les Sœurs de la Charité d’Ottawa, qui voient vu le jour en 1845 en tant qu’antenne des Sœurs Grises de Montréal, pour ensuite obtenir leur autonomie officielle en 1854.

Les mauvais traitements physiques, psychologiques, spirituels et culturels infligés aux enfants autochtones dans les pensionnats ont été largement documentés par la Commission royale sur les peuples autochtones (1996) et la Commission de vérité et réconciliation (2015). Ces mauvais traitements, ainsi que les conditions d’hygiène déplorables, la malnutrition, le travail des enfants, les incendies fréquents et la propagation effrénée de la tuberculose et des maladies infantiles ont contribué à un taux de mortalité élevé qui fait toujours l’objet d’un suivi par le Centre national pour la vérité et la réconciliation.

Depuis 2021, des tombes anonymes sont découvertes partout au Canada sur les terrains d’anciens pensionnats autochtones.

L’Église catholique refuse encore aujourd’hui d’assumer la pleine responsabilité de ses actes. Les excuses présentées par le pape François lors d’une visite au Canada en 2022 ont été jugées insuffisantes par les survivants, leurs descendants et les leaders autochtones, notamment Murray Sinclair, ancien président de la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

Dans une déclaration publiée en réponse aux excuses, Murray Sinclair a écrit que plutôt que d’accepter la responsabilité institutionnelle, le pape s’est borné à rejeter la faute sur des acteurs individuels.

Plusieurs membres de l’Église catholique ont été jusqu’à affirmer que de nombreux élèves avaient vécu une expérience positive et bénéficié de l’éducation reçue dans les pensionnats. Ce discours a contribué à alimenter le racisme contre les Autochtones ainsi que le déni de l’existence des pensionnats et les théories du complot.

Les Sœurs Grises sont directement responsables des préjudices causés à des dizaines de milliers d’enfants autochtones partout au Canada et, par extension, à des communautés autochtones entières. À l’instar des Jésuites, elles ont joué un rôle actif dans l’application des politiques assimilationnistes du gouvernement canadien. Par leurs actes, elles se sont rendues coupables de génocide. De nombreuses personnes survivantes et leurs descendants ont vu leur vie bouleversée à jamais par les expériences de violence et de privation vécues dans l’enfance.

L’histoire des Sœurs Grises ainsi que leurs liens et leur implication dans le système des pensionnats autochtones sont abordés à la section 4 du rapport.

Une histoire sélective de Concordia

Dans le récit que l’on faisait de l’histoire de Concordia, la participation des Jésuites et des Sœurs Grises à l’oppression et à la tentative d’assimilation des peuples autochtones n’avait jamais été reconnue. Plus précisément, depuis l’acquisition de la maison mère des Sœurs Grises en 2007, l’histoire de la congrégation présentée sur le site Web de l’Université se limitait au récit colonial. On n’y trouvait aucune mention de l’implication de la congrégation dans la gestion des pensionnats autochtones.

Par exemple, dans un passage faisant référence au fait que les sœurs avaient été envoyées dans des collectivités isolées du Manitoba, de l’Alberta, de la Saskatchewan et des Territoires du Nord-Ouest pour y établir des refuges, des écoles et des orphelinats au milieu du 19e siècle, on omettait de faire état du pénible lien entre ces activités et les pensionnats autochtones. Ces renseignements ont depuis été en partie modifiés ou supprimés, conformément aux recommandations formulées à la suite du rapport dont il est ici question.

En 2014, à une époque où les enquêtes gouvernementales sur le système des pensionnats autochtones battaient leur plein et faisaient l’objet d’une intense couverture médiatique, les articles et le matériel promotionnel entourant l’inauguration du pavillon mettaient l’accent sur le patrimoine architectural et sur le rôle social et culturel prépondérant que jouaient autrefois les institutions religieuses au Québec. Aucune mention n’était faite de l’importante participation des Sœurs Grises à ce système.

Décrit sur le site Web de Concordia comme un « joyau architectural montréalais », le pavillon GN sert aujourd’hui principalement de résidence étudiante. Or, c’est depuis ce joyau architectural que des générations de religieuses catholiques ont été envoyées travailler dans divers pensionnats autochtones au Canada.

Le pavillon GN contient une crypte abritant les tombes de 232 sœurs grises qui ont autrefois vécu à la maison mère. Certaines de ces tombes renferment les restes de religieuses qui ont été directement impliquées dans la gestion des pensionnats autochtones.

Parmi tous les immeubles appartenant à Concordia, la maison mère des Sœurs Grises est celui qui suscite les réactions les plus viscérales chez les Autochtones. Elle est perçue comme le symbole de 150 ans d’oppression et de génocide culturel. Le bâtiment, son nom, la chapelle, la crypte, l’iconographie religieuse déployée à l’intérieur et sur le terrain, ainsi que ses désignations fédérale et provinciale en tant que bâtiment patrimonial d’une grande valeur historique sont autant d’éléments problématiques aux yeux de nombreuses personnes autochtones.

Le pavillon des Sœurs-Grises constitue un rappel permanent des enfants qui ont perdu la vie dans les pensionnats et du traumatisme intergénérationnel subi par les survivants et leurs descendants.

La version sélective de l’histoire des Sœurs Grises retenue par Concordia a causé un préjudice profond aux peuples autochtones. Pour que l’Université parvienne à une réconciliation durable avec ces peuples, il importe de présenter un récit historique exact qui tienne compte des points de vue autochtones. Il est également nécessaire de replacer le pavillon des Sœurs Grises et l’histoire de la congrégation dans le contexte du rôle prépondérant que celle-ci a joué au sein du système des pensionnats autochtones.

Vision d’avenir

Au cours de la dernière décennie, l’Université a pris des mesures pour tisser des liens avec les communautés autochtones et investi dans des programmes et des services visant à attirer des Autochtones au sein de son effectif étudiant, de son corps professoral et de son personnel et à répondre à leurs besoins. En explorant ses associations passées ainsi que le legs que constituent certains de ses édifices, l’Université Concordia se donne la possibilité d’effectuer d’une réflexion plus approfondie sur son histoire ainsi que sur son engagement en matière de réconciliation avec les peuples autochtones.

Ce travail est loin d’être terminé.

Pour parvenir à une véritable réconciliation, l’Université Concordia doit aménager des espaces où les Autochtones se sentent les bienvenus. Elle doit aussi explorer son histoire afin de comprendre et de reconnaître le rôle que ses établissements fondateurs et ses associations ont pu jouer dans l’asservissement, l’oppression et l’assimilation des Premières Nations, des Métis et des Inuits.

Au cours des 50 prochaines années, un engagement accru sera nécessaire pour faire entendre les voix autochtones, accorder la priorité à leurs préoccupations et faire de Concordia une université de choix pour les étudiantes et étudiants autochtones.


Lisez le rapport complet :
Explorer le passé colonial de l’Université Concordia
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Renseignez-vous sur la journée nationale de la vérité et de la réconciliation de même que sur les actions prises par l’Université Concordia dans une optique de réconciliation.

Consultez la liste des pensionnats et des victimes établie par le Centre national pour la vérité et la réconciliation.

 



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